Billet confiné 01

Pas inutile, quand on emploie subitement à tour de bras un mot habituellement peu usité de revenir à l’étymologie. d’aller voir à la source, quoi.

Alors, voyons… Confinement. Du préfixe latin (et non Marseillais comme on le croit souvent à tort) “con”, qui signifie “ensemble”, comme chacun sait, et du bas breton “fin’ment” qui veut dire “pas trop gros quand même non mais j’te jure”. Ce qui suggère un sens caché à ce vocable devenu si commun : “Tâchez de ne pas être trop épais ensemble”. Soit, pour faire plus concis : « faites tous bien gaffe sinon, vous risquez de le regretter ».

On retrouve cette construction syntaxique caractéristique, par exemple, dans le terme “considération”, littéralement “coupés ensemble” et qui peut se comprendre par “collectivement complètement sciés”, mais plutôt dans le sens figuré, du coup. Et que l’on pourrait adapter à notre vie moderne par cette maxime “arrêtez de couper ensemble les cheveux en quatre ”

Voilà, je crois que la preuve est faite de l’utilité du Latin, du Grec et du Transsibérien dans l’enseignement des Humanités. Autant de matières qui nous permettent à tous d’agir en pleine conscience : là encore, du préfixe latin “con” et de “scientia”, “connaissance”. Savoir ensemble et agir en connaissance de cause. Voilà, voilà… Bonjour chez vous et courage à tous !

#Coronavirus : Non-parution de TMV

⚠️ INFORMATION IMPORTANTE⚠️

#Coronavirus / Non-parution de TMV

 
C’est avec le cœur lourd que nous vous rédigeons ce message. Eu égard aux dernières mesures gouvernementales et à la situation sanitaire actuelle, il devient désormais quasi-impossible de diffuser TMV que ce soit dans la rue, de la main à la main, ou en dépôt dans les commerces habituels (bars, restaurants). Notre modèle de distribution, en tant qu’hebdomadaire gratuit et local, ne le permet pas dans une situation si particulière. Qui plus est, nos rubriques habituelles (pages culture, sorties, sport, resto, cinéma…) ne sont pour le moment plus réalisables.
 
Par conséquent, il n’y aura pas de TMV mercredi. La publication est momentanément suspendue.
 
Le moment est difficile pour tout le monde. Nous revenons le plus vite possible et espérons que vous comprendrez la situation délicate qui amène à faire ce choix. En attendant, prenez soin de vous et de votre santé, pensez aux autres, soyons toutes et tous responsables pour un chouette retour à la normale. 💪
➡️Nous restons évidemment disponibles sur nos réseaux sociaux ou par mail (redac@tmvtours.fr) si vous avez besoin de quoique ce soit ; vous pouvez aussi visiter notre site internet.
 
Cœur sur vous et courage ❤️ (Même l’astrologue de tmv vous aime !)

Les petits poucets

Les élections municipales, c’est comme la Coupe de France, en foot. Même les petits peuvent participer. Et, un peu comme les clubs amateurs, à part un moment de gloriole, ils n’ont pas grand chose à y gagner. Allez, un petit quiz : vous savez combien de Français sont candidats dimanche ? Dites un chiffre au hasard… Non, c’est plus ! 900 000.

900 000 femmes et hommes qui ne sont pas tous, vous pouvez m’en croire, des professionnels de la politique. Comme les petits poucets de Plougastel ou de Carquefou qui affrontent chaque année l’ogre PSG, la plupart ont un vrai métier à côté ou sont à la retraite.

Et, quand ils passent un tour et se retrouvent adjoint à la mairie de leur bourg, sûr qu’ils ne la volent pas leur (maigre) indemnité. Parce qu’un adjoint, plus encore un maire, c’est tous les jours qu’il doit se rendre à son bureau. Et les dossiers qui l’attendent, c’est technique comme la roulette de Zizou. Alors, dimanche, masque ou pas masque, solution hydroalcoolique ou pas, on va voter. Franchement, c’est bien le moins qu’on puisse faire.

Matthieu Pays

Corona-Charlie

Il n’avaient pas réussi. À coup de kalachnikov, à coup de bombes dans les rues, à coup de couteaux même, ils s’y étaient toujours cassé les dents. C’est bien ça qu’ils espéraient pourtant, les furieux de Daech. Nous empêcher de remplir les stades, de danser, serrés, jusqu’au matin.

Nous interdire de nous embrasser, de nous caresser la joue. Ils en rêvaient de nous clouer chez nous, dans la pénombre de nos solitudes, planqués derrière nos persiennes et scotchés à nos écrans à voir le monde en déformé. Nous ôter l’envie de nous réunir dans des salons, des conférences, des manifs, des festivals, c’était leur kif. Faire taire la voix plurielle, c’était ça le but, on le savait et on ne s’est pas fait avoir. Pas si cons.

Faisons gaffe quand même qu’un virus, d’accord un vicelard, un corona, y arrive à leur place sans même qu’on s’en rende compte. Alors, par pitié, les amis, sous le masque, et même si on ne se sert plus la main, on continue de se sourire. On reste nous-mêmes. On reste Charlie.

Matthieu Pays

La France à la carte

Moi, quand j’étais minot, à l’école où j’allais, il y avait des grandes cartes en couleur posées sur des rails accrochés aux murs. Elles tenaient par de gros œillets dorés et le maître ou la maîtresse pouvait faire coulisser les cartes pour afficher celle sur laquelle la classe devait plancher.

Elles étaient fabriquées pas loin d’ici, d’ailleurs, ces cartes, du côté de Montmorillon. Un geste et paf, on avait un topo sur la production nationale de charbon. Un mouvement de bras et zoup, les fleuves et rivières de France s’affichaient sous nos regards inquiets.

Elles sont un peu passées de mode ces jolies cartes illustrées. On les trouve encore parfois en brocante et on les achète pour la déco de nos maisons. Mais, quelque chose me dit qu’il va bientôt falloir penser à les ressortir, histoire de se rappeler comment c’était la France, avant.

Quand il y avait une ville qui s’appelait Le Havre, quand on pouvait partir en vacances sur l’île d’Oléron, quand les vignes de Saint-Emilion ne poussaient pas sur la plage. Allez, vous révisez cette semaine, et mercredi prochain : interro !

On s’est aimés comme on se quitte

Tu peux garder le pudding, je garderai le Paris- Brest. Tu peux garder la reine et Diana, il me reste Albert de Monaco et son rocher. Nous, on a la côte de granit rose alors, je te laisse le port de Douvres. Big Ben et Hyde Park, c’est pour toi. On a le Champ-de-Mars et les Invalides.

Bon, évidemment, pour les CD, il va falloir qu’on parle un peu. Il y a quand même des trucs qu’on a choisis ensemble. Bon, d’accord pour les Beatles, ils sont à toi. Garde aussi Elton John, pas de soucis. Mais bon, The Cure, Police et Cranberries, franchement, j’en ai payé au moins la moitié, non ? Et au fait ? Tu l’as mis où le Ken Loach ? Ben oui, juste à côté des Dardenne, quasiment Français, quoi ! Je te donne un Clavier et deux Jean Reno à la place, si tu veux.

Par contre, t’es gentil, tu me rends Jean-Jacques. Lui, j’en ai qu’un et le modèle ne se fait plus. Je te donne Daho en échange, si tu veux. Bon, ce qui est bien, c’est qu’on se quitte proprement, sans cri et sans drame. C’est vraiment mieux pour les enfants.

Matthieu Pays

Pourquoi tu tousses ?

Mais alors, c’est possible ! Un danger immédiat se fait jour et, comme un seul homme, l’Humanité prend les mesures qui s’imposent. Ce qui paraissait impossible quelques jours plus tôt semble soudainement frappé au coin du bon sens.

Placer une ville de 12 millions d’habitants en quarantaine, clouer tous les avions au sol, renoncer à des voyages touristiques qui, pourtant, font tourner la grande roue du capitalisme, tout cela se fait d’un coup d’un seul et tout le monde applaudit, en se collant un masque sur le nez.

Alors, si nous sommes collectivement capables de réagir avec une telle vigueur pour une pandémie qui fera sans doute plusieurs centaines de victimes de par le monde, je n’ose imaginer la réaction mondiale, massive et déterminée qui sera la nôtre face à un autre problème qui, selon les dernières études, devrait provoquer autour de 250 000 morts par an entre 2030 et 2050.

Alors, on se dit ça : on gère le coronavirus et on se met au réchauffement climatique ?

Matthieu Pays

Quinte de toux dans le tennis

Comme chaque année en janvier, le monde de la petite balle jaune débarque à Melbourne pour l’Open d’Australie. Mais attention cette année, l’homme à suivre ne s’appelle pas Nadal ou Djokovic, mais bien Brayden Schnur.

Comment suivre un joueur qui ne jouera pas le tournoi (car non qualifié) me direz-vous ? C’est très simple. Il ne vous aura pas échappé que l’accueil de ces millionnaires en tenue de sport (et d’un milliardaire depuis deux semaines : bravo Roger Federer !), a été éclipsé par les flammes destructrices qui ravagent l’Australie.

Écoutez la toux des joueurs sur les courts à cause de la qualité de l’air. Sentez le malaise s’installer en imaginant les forêts calcinées non loin de Melbourne, alors qu’ici, on joue au tennis.

Mais écoutez plutôt les grands joueurs répondre, hésitants, aux questions qui leurs sont posées sur la légitimité du tournoi dans ce contexte. Brayden Schnur (103e ATP) s’est posé en porte-parole de ce malaise et a récemment déclaré : « Federer et Nadal ne pensent qu’à eux ».

Jules Liévin

La cavale de Carlos

Plus rien n’arrête le nouveau roi du coup de théâtre. Après avoir visité les geôles japonaises, dans des conditions décrites par sa femme comme inhumaines – à deux doigts de le proclamer juste parmi les justes pour avoir subi un tel affront – Carlos Ghosn se fait la malle en douce pour rejoindre le Liban !

L’ex-patron de Renault-Nissan, libéré sous caution et assigné à résidence à Tokyo depuis avril, a manifestement de la suite dans les idées. Comme un petit sioux, Carlos a trompé la surveillance de ses gardes pour s’enfuir en avion privé en passant par la Turquie. Le lendemain, le 8 janvier, il dénonce devant la presse, visage tendu et traits tirés, un « coup monté » de la part de Nissan. Résultats des courses : le 9 janvier, Carlos est interdit par la justice libanaise de quitter le territoire.

Après avoir traversé la moitié du globe, le voilà coincé à domicile. Le pauvre homme, incompris de tous, est tel un poète romantique désespérant devant la vacuité de l’existence. Une seule solution Carlos : ouvre ton école d’art dramatique !

Marie-Élizabeth Desmaisons

« Compte » de Noël

Il était une fois, dans un village quelque part, vivait une très vieille dame très riche et très seule. Tous les monsieurs veufs de la contrée, attirés par l’odeur des fauteuils en cuir et du brandy tiède, chaque hiver, venaient toquer à la porte de son château pour lui demander par quel présents ils pourraient gagner son cœur.

Aux uns et aux autres, elle donnait les idées les plus extravagantes, les inspirations les plus abracadabrantesques. Et tous s’ingéniaient à dilapider ce qu’il leur restait de fortune pour la satisfaire, courant les drugstores et les internets de la planète.

Le jour de Noël, les cadeaux sans saveur s’entassaient dans la salle du trône sous l’oeil indifférent de la châtelaine. Puis, bien après les autres, alors que tous les chandeliers étaient éteints, vint un monsieur qui ne s’était pas annoncé. Timidement, il tendit à la dame un tout petit paquet. Comme elle ignorait ce qu’il contenait, elle le contempla de longues minutes avec des frissons dans les yeux. Jamais elle ne l’ouvrit et jamais elle ne se sépara du petit bonhomme qui n’aimait pas beaucoup le brandy tiède.

Matthieu Pays

Mourir, c’est interdit

Ils voient tout, les maires de France. Tout ce qui se passe dans la rue, dans une ville, dans une école et même parfois, dans le silence des foyers, tout finit par se retrouver sur leur bureau. Des moyens pour régler les problèmes, ils n’en ont pas beaucoup, mais les problèmes, ils les ont devant le nez.

À La Gresle, commune de 850 âmes du département de la Loire, le seul médecin accessible était celui du village voisin, lequel a récemment pris sa retraite. Alors, pour se faire soigner, des administrés vont jusqu’à Lyon, à plus de 75 km. L’autre jour, il a fallu plusieurs heures pour trouver un toubib pour constater un décès dans un Ehpad.

Alors, madame le maire en a eu marre. Face à l’absurdité de la situation, elle a choisi la seule arme possible : l’absurdité. Faute de soignants en nombre suffisant pour assurer les gardes, il est désormais interdit, par arrêté municipal, de mourir dans la commune les samedis, dimanches et jours fériés. Si les moribonds ne sont pas contents, qu’ils aillent se plaindre au Ministère de la Santé !

Matthieu Pays

Jour de grève

A la rédaction de tmv, on a pris un stagiaire. Ben oui, on est comme ça. C’était un garçon très bien qui nous avait été conseillé par des potes à France Bleu. Il avait déjà fait un stage chez eux et tout s’était bien passé. « Il a tout de suite su s’adapter à la culture de la maison », qu’ils nous avaient dit, les confrères.

Nous, normal, on veut l’impliquer dans la vie du journal, le garçon, on est bienveillants, tout ça. Alors on lui donne une petite brève à faire pour l’actu, histoire de jauger un peu la bête. Histoire de l’occuper un peu aussi, parce qu’à force de lui demander de nous amener du café, on avait un peu les nerfs en pelote devant nos écrans.

Au bout d’un bon petit moment, le gars vient me voir. Il me tend un papier et reste planté comme ça devant moi. Moi, plein de confiance et de confraternelle attention, je commence à lire les quelques lignes tapées en gros caractères sur la page blanche : “A la suite d’un mouvement de grève d’une partie du personnel, nous ne sommes pas en mesure de diffuser l’intégralité de nos contenus.” On apprend de ces trucs un jour de grève à Radio France !

Matthieu Pays

Rêve orange

Elle s’appelle Laure ou Claudine, Stéphanie ou Marie. Elle travaille à l’hôpital ou à l’école. Elle prépare les repas pour les enfants ou elle est la maîtresse d’une classe à double niveau dans un petit village du Poitou. Peut-être qu’elle n’a pas de travail ou peut-être qu’elle en a un et que ses collègues ne savent rien.

Elle est active dans une association. Elle fait de la musique ou elle aide aux Restos du coeur. Ou peut-être que non. Peut-être qu’elle reste à la maison et qu’elle essaie de s’en sortir. Elle vit à la campagne. Ou elle vit dans la banlieue d’une grande ville. Elle aime aller au cinéma ou elle préfère regarder sa série à la télé. Peut-être qu’elle ne saura jamais comment ça va se finir entre House et Jessica. Parce qu’elle sera morte avant le prochain épisode.

Lundi 25, c’est la journée mondiale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes. Il faut porter quelque chose de orange en signe de solidarité. OK, on va le faire. Mais ce qui serait vraiment bien, surtout, c’est qu’un voisin, un collègue, un ami, vous, moi peut-être, on arrive à sauver Laure ou Claudine, Stéphanie ou Marie.

Matthieu Pays

Espion, lève-toi !

Il faut savoir repérer les signaux faibles. Ce qui compte, ce qu’il faut vraiment regarder, c’est le changement d’attitude. Par exemple, votre ado est taiseux et s’exprime par mono syllabes. Ça, c’est normal. Mais, d’un coup, si vous le voyez marmonner doucement en penchant la tête vers son col et en regardant partout autour de lui, vous pouvez vous inquiéter.

Pareil si vous le voyez changer de code vestimentaire. Mettre des costumes sombres avec des cravates et des chemises blanches au lieu du jogging réglementaire, par exemple. Idem, passer sa vie sur les réseaux sociaux, c’est plutôt courant chez les jeunes. Mais si le vôtre affiche une page Excel en double écran : attention danger !

Et la menace est partout. Ils peuvent tous tomber dedans, pas seulement les gosses de riches dans les lycées des beaux quartiers. Ils vont chercher vos gamins à l’école, dans les salons sur l’orientation, sur internet… 1 200, ils seront à devenir des espions au service de la France, c’est programmé. Et ça peut arriver à tout le monde.

Matthieu Pays

Prix Goncourt (après quoi ?)

Il y a ceux qui font pousser des fleurs sur les trottoirs. Il y a ceux qui écoutent les infos dans leur casque connecté. Il y a ceux qui regardent la télé le soir après le dîner et il y a ceux qui préfèrent aller dîner en ville. Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon.

Il y a ceux qui briguent des mandats. Qui veulent être président. Président de quelque chose, ça fait joli dans les salons. Et puis, il y a ceux qui ne sont que simples sujets, sans objet précis, et qui se trouvent très bien comme ça. Il y a ceux sur les affiches et il y a ceux qui ne sont candidats à rien et qui en oublient même, parfois, de voter.

Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon. Il y a ceux qui sont dans les livres, il y a ceux qui les lisent et il y a ceux qui, parfois, les écrivent. Il y a ceux qui courent après les honneurs, qui s’en nourrissent, qui les affichent. Et puis, il y a ceux qui disent qu’un prix Goncourt, eh bien non, cela ne va pas changer vraiment la réalité de leur vie. Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon.

Matthieu Pays

Un point c’est tout

Point sur le i du mot Brexit. Relu, négocié, disséqué, point par point. Et poings levés dans les rues de Hong-Kong, depuis vingt semaines, déjà. Point chaud, manifestants sous les verrous. Point de nouveau à espérer. Il faut rentrer dans le rang : point à la ligne. Point sur les i du mot Chili, pays en guerre, dont on ne dit rien.

Point mort en Syrie, armées face-à-face et populations blessées. Un avenir en point de croix. Point de départ, en gare d’ici et d’ailleurs. Pas trop sûr d’être à l’heure à son point d’arrivée. Et tous ces points dans ces sondages, ces élections de par le monde. Peuvent-ils vraiment changer la vie ? Point de suspension.

Beaucoup de vies en pointillé, loin des journaux télévisés, des vies pas nettes, des avenirs flous. C’est compliqué de faire le point. Et dans un match, au point du jour, par un méchant dimanche de pluie, il manque un point et tout s’effondre. Ce n’est qu’un tout petit point dans le tableau. Un point de détail qui nous rappelle le mal que fait un point final.

Matthieu Pays

SOURIRE

Tandis que dans les faubourgs d’Ankara désertés par les soldats US, les Turcs écrasent les Kurdes sur les ruines d’un monde écroulé, tandis qu’un président au toupet orange s’agite dans son bureau ovale, tandis que les banquises craquent et que les glaciers fondent, tandis que le monde se fissure de partout comme une tartine de pain grillé, ils courent. Lui à Vienne, elle à Chicago.

Ils courent et ils semblent voler sur l’asphalte. Leurs semelles ne font que frôler le sol. Elle est anecdotique, leur course. Elle n’a pas d’importance. Elle ne fera pas taire les armes, elle ne changera pas l’air de la planète. Ils courent le marathon, le même week-end, chacun d’un côté de l’océan.

Et jamais un homme et jamais une femme ne l’a couru aussi vite. Cette homme et cette femme, Eliud et Brigid, kényans tous les deux, ont fait tomber, ce week-end, une des plus incroyables barrières humaines. Un marathon en moins de deux heures pour un garçon et en moins de 2 h 15 pour une femme. Qu’il nous soit permis d’y voir un sourire de la vie, dans une période qui en a bien besoin.

Matthieu Pays

Aïe, aïe, aïe

C’est la crise en Tunisie, l’effondrement, la grande peur, la fin du monde. Ce pays, qui fut le berceau des printemps arabes, a connu ce week-end un coup de Trafalgar, une de ces tragédies qui laissent dans les cœurs et dans les veines, une plaie béante.

Non, je ne parle pas de la mort du Président Essebsi, ni encore moins de celle du vieux dictateur Ben Ali dont la disparition a quand même fait moins de peine aux Tunisiens que celle de son ami Chirac à nos compatriotes. Je ne parle pas non plus des élections législatives dans le pays qui nous promettent une belle pagaille institutionnelle dans les mois qui viennent. Ça, quand on regarde la participation ce dimanche, on se dit que les Tunisiens s’en soucient comme de colin tampon.

Non, l’atrocité, c’est que ce week-end, dans une indifférence médiatique qui me sidère, le Sénégal a détrôné la Tunisie pour le titre de meilleur couscous du monde, lors de la 22e “Cous Cous Fest”, organisée en Italie. Tout ça pour une version avec du poulpe et de la mangue. Où va le monde, je vous le demande, ma bonne dame.

Matthieu Pays

BACK HOME !

Bon, Emmanuel, 2022, c’est demain, faut se bouger, maintenant. C’est bien beau de faire la Une du Time, de prononcer de beaux discours devant tes copains, de parler d’immigration en tapant sur la table et en faisant celui à qui rien ne fait peur…

Mais tout ça, c’est le vieux monde, c’est de la politique à papa, c’est la loose. Ce qu’il faut, Emmanuel – Monsieur le Président, pardon – c’est profiter des opportunités que te donne l’actu, faut être au taquet, mon vieux ! Par exemple, là. Tu es à New York pour l’ONU, le machin de l’ancien temps, tout ça. Bon, tu écourtes un peu (de toute façon, franchement, personne ne s’écoute, alors…) et tu te lances dans une grande tournée de sauvetage.

Cinq jours, cinq continents, tu ramènes à la maison tous les Français laissés sur le carreau par ce gros British de Thomas Cook. À l’arrivée, photo de groupe sur le tarmac du Bourget et selfie sur ton twitter. Et bam dans la face à Boris et à son Brexit. Et vlan 5 points de mieux dans les sondages. Le voyagiste se crashe et toi, tu t’envoles ! Ça, c’est du boulot !

Matthieu Pays

LA QUESTION DU JOUR

Je peux vous donner un petit conseil de vie, un truc simple, façon développement personnel, tout ça ? Quand une question vous taraude tellement que vous n’arrivez plus à dormir, à manger, à sourire, quand une question vous paraît tellement insoluble que vous y perdez votre latin et le peu de grec que vous savez, au lieu de vous user la santé à tenter d’y répondre, mettez-la sous l’oreiller.
Ou sous le tapis, comme vous voulez.

Et pourquoi donc, alors, faire cela ? me direz-vous plein d’une légitime méfiance ? Tout simplement parce que la question d’aujourd’hui sera la réponse à celle de demain. Je sais, c’est un peu puissant.
Prenez le temps d’assimiler… Et ça vaut pour les toutes petites comme pour les très grandes questions.

Un exemple ? Voici une question cruciale, posée par le Général de Gaulle aux Français, le 14 janvier 1963. Je cite : “Comment faire pour que l’Angleterre, tel qu’elle vit, tel qu’elle produit, tel qu’elle échange, soit incorporée au marché commun tel qu’il a été conçu et tel qu’il fonctionne ?” 50 ans plus tard, la réponse est limpide, non ?

M.P.

Le loto perd la boule

Vous vous rendez compte ? Elle sera bientôt à nous, la Française des jeux. À nous pour de vrai : on va pouvoir faire tout ce qu’on veut ! Non, parce que c’est quand même bien plan-plan, tout ça, la bou-boule qui tourne, les petits numéros, Jean-Pierre Foucault…

C’est la loterie à la papa, quoi. Si on rachète le bouclard, il faut innover, faire bouger tout ça.

Tiens, par exemple, une idée de gratte-gratte qui me vient comme ça : une carte du monde, si vous découvrez trois bombes rouges sur le même continent, c’est le jackpot !
Ou alors, tiens, Ouragan, une boule bleue qui tourne autour d’un continent, selon la côte où elle s’arrête, vous gagnez plus… ou moins. La Floride, c’est mieux que Cuba et Cuba c’est mieux que la République Dominicaine !

Encore mieux : La Boulette à Donald, à chaque tweet, vous engrangez des points, avec un bonus sur le nombre de like. Ça sera comme avant, les jeux d’argent vont toujours nous coûter aussi cher, mais au moins, on pourra rigoler en se faisant plumer !

Matthieu Pays

Le poumon, vous dis-je !

Le problème de notre monde, ce n’est pas la tête. Ce n’est pas qu’elle soit spécialement bien faite ou bien pleine, mais elle est là, la tête. Elle était même confortablement posée sur le coussin douillet de Biarritz, ce week-end.

C’est sûr, toutes sortes d’idées plus ou moins saugrenues ou avouables la traversent, de l’arrogance d’un président à la mégalomanie d’un autre, d’un rêve de grandeur à une nostalgie mal placée. Mais bon, la Terre ne va pas s’arrêter de tourner pour une petite migraine. Le problème de notre monde, ce n’est pas le cœur. Il a en, du cœur, le monde.
Ça cogne et ça se bat, partout et tous les jours.

Non, le problème de notre monde, c’est le poumon. Et le malade n’est pas imaginaire. Notre problème, celui qui arrêtera, un jour, notre course folle, c’est le gros trou que nous nous faisons dans la forêt amazonienne qui part en fumée sous nos yeux, dans la couche d’ozone, dans la calotte glaciaire.

Ne nous y trompons pas : c’est l’oxygène qui va nous manquer, pas les idées et pas les bonnes âmes.

Matthieu Pays

C’est les vacances !

ET UNE SAISON DE PLUS, UNE ! Voici donc venu le temps de notre petite pause estivale. Une fois de plus, nombreuses ont été les (belles) rencontres, les surprises et les bons moments.

Une fois de plus, vous avez été au rendez-vous, le mercredi, à prendre votre tmv sous le bras et piocher à droite à gauche, un horoscope, un reportage, une interview ou une critique ciné. Mais Tmv va maintenant enfiler son maillot et ses tongs (sans les chaussettes, pitié) pour quelques semaines de repos, avant de revenir à la rentrée. B

ien sûr, nous n’allons pas vous laisser comme ça, seul(e)s et fébriles, la main tremblante : pour ce numéro estival, voilà donc sept mini-tmv à grignoter tout au long des vacances jusqu’à notre retour, avec un paquet de bonnes idées et de sorties à faire si vous restez à Tours ou dans les alentours… et bien entendu, un horoscope plein de soleil en fin de journal. Bref, à consommer sans modération.

D’ici là, bel été à toutes et à tous et excellentes vacances ! Revenez en pleine forme.
Rendez-vous le 28 août !

La rédac’

 

DES LIGNES

DES LIGNES, c’est bien un truc d’humain ça, de tracer des lignes partout comme ça. Des lignes droites, gravées dans le sol et qui séparent deux pays pour toujours. Des lignes si puissantes qu’un président américain, juste en les franchissant d’un pas, croit entrer dans l’histoire. Des lignes tracées par les guerres et les traités, blanches pour la photo mais, le plus souvent, rouge du sang des hommes.

Ce n’est rien, une ligne, qu’un trait de peinture posé par terre, sur le goudron des frontières ou sur la pelouse d’un stade de foot. Et pourtant, ça change tout.
Si le ballon franchit la ligne blanche, c’est l’explosion. Des larmes pour les unes, le grand bonheur pour les autres. Si le pied n’est pas posé sur la ligne, plus rien ne va, il faut retirer le penalty.

Et vous savez quoi ? Des lignes, on en a même dans la tête. Les idées des hommes, noires ou vertes, bleues ou rouges, finissent toujours par suivre une ligne. Et même à tmv on a la nôtre, éditoriale, qui guide nos choix et nos journées.

Oui, mais voilà, si on efface les lignes, on ne peut plus jouer au ballon. Et puis, effacer l’histoire, quelle folie ! Alors, comme les enfants, jouons des lignes. Comme les artistes, dansons dessus et le monde, je vous assure, en sera plus léger.

Matthieu Pays

Baba au rhum

IMAGINEZ. Vous entrez chez votre pâtissier préféré, les papilles déjà émoustillées par la promesse des saveurs fruitées, sucrées, chocolatées qui vont s’offrir à vous.
Déjà, vous salivez à l’idée de ce dessert que vous allez rapporter pour votre déjeuner dominical en famille. Vous entrez chez votre pâtissier préféré et, en un mot comme en cent, c’est un peu la fête…

Et là, dans tous ses présentoirs réfrigérés, vous voyez quoi, alignés comme une armée de clones de l’armée impériale ? Une impressionnante collection de Paris-Brest. Que des Paris-Brest. Des Paris-Brest partout. À la place des éclairs, des opéras, des fraisiers, des Balzac, même : des Paris-Brest. Vous vous étonnez.

Vous questionnez. « Oui, mais les gens, ce qu’ils veulent, c’est des Paris-Brest », qu’il vous dit, votre pâtissier préféré. Dépités, vu que vous n’avez pas envie de renoncer à votre dessert du dimanche, vous grognez un peu et puis, vous achetez un gros Paris-Brest bien crémeux. C’est pas que vous n’aimez pas les Paris- Brest, mais bon, vous auriez bien aimé avoir le choix, rêver un peu, quoi…
Maintenant, arrêtez d’imaginer et remplacez le mot « pâtissier » par le mot « média » et « Paris-Brest » par « canicule ». Et bon appétit, bien sûr !

Matthieu Pays

Bac nouvelle génération

PARCE QUE LES SUJETS DU BAC DE PHILO 2019 AVAIENT UN GOÛT D’ACTUALITÉ… Et qu’une aide supplémentaire est toujours la bienvenue.

Sujet 1 : « Le travail divise-t-il les hommes ? » (Vous vous aiderez, dans votre réflexion, de la réforme des retraites étudiée par le gouvernement)

Sujet 2 : « La morale est-elle la meilleure des politiques ? » (Illustrez votre propos avec l’affaire Balkany)

Sujet 3 : « Les lois peuvent-elles faire notre bonheur ? » (Soulignez votre analyse avec les dernières déclarations d’Emmanuel Macron se montrant sceptique quant à la loi Asile et Immigration)

Sujet 4 : « Est-il possible d’échapper au temps ? » (Ne soufflez pas la réponse au bachelier de 77 ans, le plus âgé de 2019)

Sujet 5 : « Reconnaître ses devoirs, est-ce renoncer à sa liberté ? » (Document ci-joint : Violences policières, l’utilisation du LBD a connu une hausse de 203 % en France.)

Sujet 6 : « Seul ce qui peut s’échanger a-t-il de la valeur ? » (Conseil : ne parlez pas des deux policiers mis en examen pour trafic de drogue)

Commentaire de texte : « Récemment, la classe politique s’est insurgée des propos polémiques de la chanson « Doux pays » du rappeur Nick Conrad, mais pas de la tenue d’un concert néo-nazi en Bretagne pour célébrer l’anniversaire d’Hitler. Expliquez pourquoi. »

Aurélien Germain

COMME UN ARBRE DANS LA VILLE

PRENEZ UN BÉBÉ CHÊNE, UNE JEUNE POUSSE PROMETTEUSE QUE QUELQU’UN, dans une exploitation forestière du nord de la France, choisit entre des milliers d’autres pour lui donner un destin exceptionnel. Il sera l’arbre que la présidence de la République lui a commandé pour être offert au président américain à l’occasion d’un voyage présidentiel outre-Atlantique.

Le symbole du chêne, tout ça, on ne vous fait pas un dessin. Et voilà la jeune pousse choyée, mise en pot et à la place de choix dans l’avion présidentiel. On la bichonne pour qu’elle soit la plus belle, la plus saine, la plus vivace de sa génération.

Et vient le jour de gloire, deux présidents, pelle à la main qui font mine de lui creuser son trou. En fait, pour de vrai, il est prêt depuis longtemps le trou, mais c’est pour la photo.
Et la photo, elle fait le tour du monde, le petit chêne s’imprime sur les journaux du monde entier. Puis, les feux de la rampe s’éteignent, les grosses voitures officielles repartent. On laisse l’arbuste tout seul dans son coin. Mais pas longtemps.

Un peu plus tard, on vient le déplanter et le remettre dans un autre pot, à la va-vite, sans terre et sans eau. Puis, on le met en quarantaine, au Guantanamo des organismes vivants, des fois qu’il ait fait rentrer sur le précieux sol américain quelque saleté venue d’Europe. Et on l’oublie. Le chêne de l’amitié, planté en grandes pompes, sous les sourires et les flashs, en avril 2018, meurt dans un entrepôt comme une mauvaise herbe. Symbole, vous avez dit symbole…

Matthieu Pays

JOUR DE FOIRE

ALEXANDRE PARCOURT DE SON REGARD PERÇANT LES ALLÉES DE LA FOIRE DU TRÔNE. Il marche d’un pas faussement nonchalant entre les vendeurs de pommes d’amour et les stands de barbe-à-papa.

À la ceinture, un talkie dernier cri et, sous sa veste en cachemire, dans son holster en cuir de Cordoue, un Magnum 357 factice qu’il espère ne pas avoir à sortir aujourd’hui. Depuis qu’on lui a confisqué le sien, Alexandre n’est plus le même. Il est comme perdu. Lui, qui a tant fait pour son pays, comment ont-ils pu lui faire ça ?

Sans bonne sécu, il n’y a pas de bon candidat, il n’y a pas de bon président. Il le sait bien, Manu. Il a cette dette envers lui et il le sait. Marcel, c’est un forain qui en a, lui au moins, c’est sûr. Ils se sont tapé dans la main, ils ont fait ça à l’ancienne.
Il sait qu’on ne peut pas doubler un gars comme Alexandre, Marcel. Alors y’a la confiance. Au bout de l’allée, la grande roue attire les badeaux et les gamins surexcités. Ça grésille dans le talkie. « Alex, Alex ! Ici central. Tu peux checker à la billetterie entrée sud. On nous a signalé un vol de doudou. »

Alexandre accélère le pas. Juste quand il passe devant le grand chamboultout, la tête d’un petit Laurent Wauquiez en chiffon est dégommée par un gamin en costume bleu. Ça ne le fait même pas sourire, Alexandre.

Matthieu Pays

A voté !

JE LES AI VUS À DEUX SUR UN VÉLO, LUI DEVANT, ELLE ACCROCHÉE À LUI, BALANÇANT SES JAMBES EN AVANT COMME SUR UNE BALANÇOIRE. Ils roulaient en zigzaguant un peu et en riant beaucoup, chahutés par les pavés de la rue Colbert. Ils venaient de se casser le nez à l’école primaire Anatole-France où, ils en étaient sûrs, se tenait leur bureau de vote.

Ils faisaient le tour du quartier, à la recherche d’une mystérieuse rue des Jocobins dont ils ignoraient jusqu’à l’existence. Smartphone en main, ils n’avaient pas tardé à revenir sur leurs pas, découvrant que la rue en question se trouvait à deux pas de leur point de départ.

« C’est au gymnase Anatole-France, en fait… » Ils avaient laissé sans l’attacher le vélo à l’entrée du bureau. Lui s’était rendu compte en entrant qu’il avait oublié sa carte d’identité chez lui. Il avait voulu renoncer et elle avait dit, non, vas-y cours, tu as le temps. Il était revenu un peu plus tard, essoufflé mais ravi. Il restait dix minutes avant la fermeture du bureau, on était large. Ils s’étaient demandé comment faire, quels bulletins prendre ?

Les prendre tous ? « Pas écolo, tous ces papiers. » Ils avaient bien ri en entrant chacun dans leur isoloir. Ils s’étaient approchés de leur bureau, un peu intimidés. « Il faut aller où ? », « C’est écrit là, sur ta carte, regarde ! ». Et puis, ils avaient accompli pour la première fois le petit rituel républicain : l’identité, l’enveloppe, la signature. Et le monsieur, avec un petit regard complice avait dit : « A voté ».

Et cela, pour eux, voulait dire : « Est devenu adulte », « Peut faire entendre sa voix ». Rien de moins.

Matthieu Pays

Nom de Zeus !

— « MARTY, NOM DE ZEUS ! LE MONDE DE 2019 EST DEVENU UN ENFER ! Si nous ne faisons rien, les réseaux sociaux vont dévorer les cerveaux de vos enfants, les hommes vont assécher la planète et le Tours FC va finir en troisième division de district. Et toi, Marty… »
— « Quoi Doc, qu’est-ce qui m’arrive dans le monde de 2019 ? »
— « Il vaut mieux ne pas le savoir, cela pourrait avoir des conséquences
intergalactiques catastrophiques et conduire à l’implosion de la galaxie. Mais c’est que ce n’est pas beau à voir. Monte dans la machine, nous partons immédiatement !
— « Mais Doc, nous partons où ? »
— « La vraie question est : nous partons quand ? Dans les années 80, Marty, c’est là que tout à commencé. Le premier Mac Classic, le Club Dorothée, les plats lyophilisés, la Golf GTI, Dallas à la télé, le tournant de la rigueur ! Il faut créer un nouvel espace-temps, une réalité alternative, dans laquelle tout cela n’arrive pas. Alors, les algorithmes ne prendront pas le pouvoir et la planète pourra respirer ! »
— « Et pour le Tours FC, doc ? »
— « 1983, Marty, dernier match de la saison à la Vallée du Cher. Il faut absolument empêcher Delio Onnis de quitter le club. Tout part de là ! En voiture, nom de Zeus ! »

FICTION (enfin espérons…)

14 MAI 2039. C’est de son hydro-plateforme amarrée quelque part en mer de Béring et dont la position est un des secrets les mieux gardés du monde, que Mark Zuckerberg a fait ce matin, jour de son 55e anniversaire, une déclaration universelle via les réseaux mondiaux qu’il contrôle.

« C’est avec fierté et un grand bonheur que je proclame aujourd’hui et unilatéralement, la naissance FaceWorld en tant qu’État indépendant », a déclaré le patron, entre autres, de Facebook, Instagram et Whats’App. Cette déclaration vient confirmer une situation de fait, puisque FaceWorld contrôle plus de 90 % de l’activité mondiale sur les réseaux sociaux et que ses revenus échappent très largement à toutes les règles fiscales des pays où l’entreprise est déployée.

Son chiffre d’affaires global, de 6 200 milliards de dollars, place le groupe en troisième position des pays les plus riches du monde. Dans sa déclaration, le dirigeant autoproclamé indique qu’il ne revendique aucune place dans les instances internationales existantes, précisant qu’il ne reconnaît pas leur légitimité et ne soumettra à aucune de leurs injonctions. FaceWorld ne dispose que d’une armée symbolique, mais le nouvel État contrôle de fait l’intégralité de la circulation des informations dans le monde.

Mark Zuckerberg est donc assis sur un puits de pétrole qui ne semble pas prêt de se tarir.

Matthieu Pays

MERCI FRED

L’AUTRE SOIR, IL Y AVAIT FRED VARGAS À LA GRANDE LIBRAIRIE et ce n’est pas très souvent qu’elle vient à la télévision, Fred Vargas. Ce soir-là, elle n’était pas là pour présenter son dernier Adamsberg. Elle en a vendu cinq millions en dix ans, merci, elle n’a pas besoin de ça. Non, elle était venue pour un essai qu’elle a écrit en urgence absolue, à la suite de l’échec de la Cop 24, en décembre dernier et qui s’intitule L’Humanité en péril. Parce qu’elle est chercheuse, en fait, Fred Vargas. Des années au CNRS, spécialité archéozoologie.

Et, sur le plateau, elle a fait tout ce qu’il ne faut jamais faire à la télé. Elle a monopolisé la parole, elle n’a pas répondu aux questions, elle s’est embrouillée, elle s’est prise au sérieux et, crime absolu à l’ère cathodique, elle n’a pas été très rigolote. C’était pénible à suivre, brouillon, agaçant, même parfois. Mais sincère. Sans formatage. Et c’est pour ça qu’on l’a écoutée. Pour ça, justement, que le message est passé. Enfin. Elle n’était pas venue participer à une émission de télévision.

Elle était venue lancer un cri d’alarme. Sans éléments de langage, mais avec son bagage de femme, d’artiste et de scientifique. L’abbé Pierre, en 1954, en quelques mots de fureur, avait fait changer le regard des Français sur la pauvreté, sur le mal-logement. Fred Vargas, en quelques minutes à la télé, a fait pareil avec l’urgence climatique. Merci Fred.

RECONSTRUCTIONS

À L’IDENTIQUE OU MISE AU GOÛT DU JOUR ?

En bois ou en béton ? Les projets de reconstruction de Notre-Dame s’empilent et la fine fleur de nos architectes rivalise de talent et d’inventivité pour répondre à l’appel de grandeur lancé l’autre jour par notre Président. Tmv, vous le savez, n’hésite jamais à s’engager et à entrer dans le débat et si nous pouvons apporter notre pierre à l’édifice, à notre modeste niveau, il est de notre devoir national de le faire. Voici l’idée : au lieu de choisir entre toutes ces propositions qui sont chacune un des reflets du génie français, si on les adoptait toutes ?

Concrètement : on refait la charpente et on installe un système de clips pour la flèche. Comme ça, on peut alterner. Et les possibilités sont infinies : Baccara, pour son anniversaire, peut nous faire une belle flèche en cristal. Patrick Roger nous en fait une version en chocolat pour Noël. En forme de fusée pour célébrer un nouveau lanceur Ariane…

Infini, on vous dit. Après, pourquoi pas, on met aussi la rosace et les vitraux dans le thème avec des verres amovibles. Et, chaque fois que les touristes viendraient à Paris, Notre-Dame serait, comme dit le poète ni tout à fait la même ni tout à fait une autre. Magique !

Matthieu Pays

La leçon des pierres

IL Y A QUOI, DEUX MOIS, QUELQUES SEMAINES, j’y suis passé devant la vieille dame de Paris. Avec des amis, nous avions flâné sur les quais de la Seine et nous avions soudainement décidé de nous offrir une glace sur l’île Saint-Louis.

Nous sommes restés quelques minutes sur le parvis de Notre-Dame, levant la tête pour guetter les grimaces des gargouilles, slalomant entre les files de touristes et les vendeurs à la sauvette. Et je me souviens avoir eu envie d’entrer. Mais le long serpent polyglotte qui s’étirait devant la façade majestueuse m’avait découragé et, une fois de plus, j’avais reporté à ma visite à plus tard. Je ne reverrai plus comme je l’ai connue la nef de la cathédrale Notre-Dame.

En une nuit, le moment est passé et ce que je croyais pouvoir remettre à demain s’est soudainement évaporé. Et, curieusement, au matin de cette nuit d’incendie, ce n’est pas aux pierres que j’ai pensé. C’est aux gens.
À ceux que l’on imagine tellement à portée de main, à portée de cœur que l’on ne prend plus la peine de les visiter. À ceux que l’on aime, bien sûr, mais que l’on ne fait finalement que croiser. À ceux que l’on reverra, un jour. Chacun tirera de la catastrophe de Notre-Dame l’enseignement ou la morale qu’il voudra. Moi, j’en retiens une leçon de vie : il ne faut jamais remettre une visite à demain.

Matthieu Pays

LA LEÇON DES PIERRES

IL Y A QUOI, DEUX MOIS, QUELQUES SEMAINES, j’y suis passé devant la vieille dame de Paris. Avec des amis, nous avions flâné sur les quais de la Seine et nous avions soudainement décidé de nous offrir une glace sur l’île Saint-Louis. Nous sommes restés quelques minutes sur le parvis de Notre-Dame, levant la tête pour guetter les grimaces des gargouilles, slalomant entre les files de touristes et les vendeurs à la sauvette. Et je me souviens avoir eu envie d’entrer. Mais le long serpent polyglotte qui s’étirait devant la façade majestueuse m’avait découragé et, une fois de plus, j’avais reporté à ma visite à plus tard. Je ne reverrai plus comme je l’ai connue la nef de la cathédrale Notre-Dame. En une nuit, le moment est passé et ce que je croyais pouvoir remettre à demain s’est soudainement évaporé. Et, curieusement, au matin de cette nuit d’incendie, ce n’est pas aux pierres que j’ai pensé. C’est aux gens. À ceux que l’on imagine tellement à portée de main, à portée de cœur que l’on ne prend plus la peine de les visiter. À ceux que l’on aime, bien sûr, mais que l’on ne fait finalement que croiser. À ceux que l’on reverra, un jour. Chacun tirera de la catastrophe de Notre-Dame l’enseignement ou la morale qu’il voudra. Moi, j’en retiens une leçon de vie : il ne faut jamais remettre une visite à demain. Matthieu Pays