Interview : Manuel Benguigui pour son roman Un Bon rabbin

Le 19 juin, Manuel Benguigui était à la Boîte à Livres pour recevoir, en présence du jury, le Prix du roman tmv pour « Un bon rabbin », paru au Mercure de France. Rencontre à livre ouvert et à bâtons rompus.

Comment êtes-vous venu à l’écriture ?
J’ai commencé à vouloir écrire vers l’âge de 18 ans et j’ai commencé à écrire vraiment passé mes 20 ans. Et pendant une dizaine d’années, je me suis beaucoup regardé écrire. Je n’étais pas assez exigeant envers moi-même et tout ce que je faisais était comme gravé dans le marbre. À partir de l’âge de 30 ans, j’ai eu beaucoup plus d’exigences et d’assiduité au travail. J’ai appris à modifier et à jeter, ce que je ne faisais pas avant. Et, à partir de ce moment-là, mon travail a commencé à se métamorphoser en récits plus complets, plus aboutis.

Et pourquoi le roman, plus qu’une autre forme d’écriture ?
J’ai toujours eu le goût du narratif, de l’histoire. Ce que j’aime, c’est arriver par le roman, à plier le monde. Le principe du roman, c’est que l’auteur se transforme en un démiurge absolu. On fait ce que l’on veut avec le monde. Et cela ouvre des portes à tout ce qu’il y a dans mon esprit.

Ce roman a pour cadre la religion juive. Aurait-il pu, tout aussi bien, se jouer dans une communauté catholique ?
Oui, j’aurais pu décrire les mêmes choses avec un curé. Cela fonctionne aussi. C’est d’ailleurs, quand on le lit bien, un roman qui est presque plus chrétien que juif. On peut considérer que Chlomo se sacrifie pour sauver Jacob.
Or, la notion de sacrifice, elle est beaucoup plus chrétienne que juive. Il est d’ailleurs arrivé que je sente, plus ou moins clairement, que le contexte de ce roman, mon nom, mon origine, que tout cela faisait une boucle qui me cantonnait à un quelque chose de fermé, un roman communautaire. Alors que vraiment, le roman communautaire, ça ne m’intéresse pas du tout. La question de l’identité, oui. Mais pas l’identité telle qu’on la définit souvent aujourd’hui : une religion, une origine… Pour moi, la vraie question identitaire, c’est : « Qui suis-je vraiment en tant qu’être humain ? »

Avant de partir dans l’écriture, saviez-vous où le chemin allait vous conduire ?
Ça m’ennuierait que le chemin soit déjà tout tracé et de ne plus avoir qu’à l’illustrer. Le plus souvent, quand je commence une histoire, j’ai le point final. La dernière scène de ce roman, je l’ai eue très tôt. En revanche, le reste du chemin s’élabore au fil de l’écriture. Je sais où je vais, mais je ne sais pas comment je vais y aller. Parfois, je butte sur un événement par lequel j’ai décidé de passer. Alors soit je change d’événement, soit je me débrouille pour que ça colle dans le récit.

Ce roman, finalement, parle du Bien et du Mal. Pourquoi avoir choisi de vous frotter à ce thème éternel de la littérature ?
Je ne travaille jamais en me disant que je vais parler de tel ou tel thème. Ca ne marche pas, en général. Ca donnerait un essai et je n’ai pas envie d’écrire un essai.
J’écris une histoire et, au bout d’un moment, je me rends compte que certains thèmes ressortent d’eux-mêmes. La question de la morale m’intéresse, bien sûr, mais à aucun moment je n’avais envisagé d’écrire une intrigue pour illustrer un thème. Mais pour autant, pour qu’un roman fonctionne, il faut que le lecteur y trouve un peu plus que la simple histoire qui est racontée.

Un bon rabbin, jusque dans son titre, est un roman ironique et drôle. pourquoi ce choix d’un récit à ce point teinté d’humour ?
J’ai du mal à écrire quelque chose qui soit totalement dénué d’humour. Par exemple, j’ai beaucoup de mal avec les gens qui ne comprennent pas le second degré. Ce n’est pas complet s’il n’y a pas d’humour, c’est dommage. Dire que l’on ne peut pas exprimer des choses fortes et vraies avec de l’humour, cela m’atterre littéralement.
On peut faire usage de l’humour comme on fait usage d’un autre élément de rhétorique, d’une figure de style. C’est dans la palette et j’ai vraiment du mal à ne pas l’utiliser. Longtemps, je me suis questionné : peut-on vraiment être pris au sérieux s’il y a des moments drôles dans un texte ? Car souvent, on a tendance à considérer qu’un grand livre ne peut pas être drôle. Mais peu à peu, je m’affranchis de cette idée que l’humour n’est pas compatible avec le littéraire et ce n’est pas toujours facile à faire accepter.

Prix du roman tmv : et le gagnant est…

Le sixième prix du roman tmv a été décerné à Manuel Benguigui, pour Un bon rabbin, paru au Mercure de France. Le discours, de Fabrice Caro (Gallimard) obtient un Prix spécial du jury, auquel participaient trois de nos lecteurs.

Un conte moral, pas très moral, un concentré d’humour un peu noir quand même, une écriture au cordeau et un sens du non-conformisme qui fait plaisir à lire.

Voilà, résumé à gros traits, ce qui a fait la différence lors de la délibération de remise du sixième prix du roman tmv, dans un salon ouaté de l’Hôtel de l’Univers, mercredi 5 juin, à l’heure du déjeuner.

Un bon rabbin, troisième roman de Manuel Benguigui plonge le lecteur dans le quotidien d’une groupusculaire communauté juive qui fréquente avec une assiduité absolue, une pauvre synagogue menacée de délabrement.
Chlomo, le rabbin respecté, veille sur ce petit monde avec une bienveillance apaisée. Jusqu’au jour où un Jacob dont on ignore tout, vient lui demander les clés du lieu de culte pour pouvoir venir prier dans la solitude des premières heures du jour.
Intrigué, l’homme de foi finit par accepter. Venir en aide à cette âme perdue entraînera le rabbin loin, très loin des rivages de la morale commune.

Bref et dense, sous ses airs de ne pas y toucher, le nouveau Prix du roman tmv est de ces textes qui s’impriment dans l’esprit du lecteur. Il est truffé de références taquines et de clins d’oeil malicieux. Une très belle découverte.

Sans oublier…

Egalement très apprécié du jury, Le discours, de Fabrice Caro, que l’on connaît surtout pour la bande-dessinée Zaï, zaï, zaï, zaï, est distingué d’un prix Spécial. Du point de départ, le personnage principal est sollicité par son futur beau-frère pour prononcer un discours lors du mariage de sa sœur, l’auteur tire une suite de scénettes très drôles.
Il passe en revue les turpitudes de l’amour, les souvenirs d’enfance et les relations familiales souvent compliquées.

⇒RENDEZ-VOUS
Manuel Benguigui viendra recevoir le Prix du roman tmv le mercredi 19 juin, à 10 h 30, à la librairie La Boîte à Livres. Il rencontrera les membres du jury et tous les lecteurs de tmv.
On vous attend !

Eric Maravélias : au bout du noir

Dans son deuxième roman, Au nom du père, paru en février dans la Série noire, Éric Maravélias décrit la société telle qu’il la voit. Une fable pessimiste et onirique.

PAUSE_PORTRAIT_MARAVELIASSon premier roman, La Faux soyeuse, inspiré de son parcours personnel, avait provoqué en 2015 un séisme dans le milieu littéraire ; Éric Maravélias se savait attendu pour son deuxième opus.

Publié au bout de cinq ans d’écriture et de péripéties dans le monde de l’édition, Au nom du père est moins âpre mais tout aussi sombre. « Ce sera sans doute mon dernier livre », explique-t-il.

Autodidacte, lecteur compulsif, dévorant Montaigne comme Chase, Eric Maravélias lit par passion, écrit par pulsion et avoue avoir perdu la flamme. Après la musique, la poésie et la sculpture, il trouve aujourd’hui son moyen d’évasion en composant.
« En ce moment, c’est Bach, seulement Bach. Il y a toute la musique, dans Bach ! » Son roman Au nom du père est une fiction dans laquelle il décrit la société telle qu’il la perçoit : « Un monde où l’on a banni le père, Dieu, les repères, dans lequel tous les personnages sont en quête d’amour. Cristalle, la pauvre gosse, qui ne sait même pas ce que c’est, Dante, qui achète l’amour en s’offrant des filles, Akhan qui n’aime plus sa femme… Parce qu’au fond, l’amour, c’est ce qu’on cherche tous, non ? »

« Ce monde irrespirable existe déjà »

L’histoire ? Dans un Paris dantesque, écrasé par la pollution, la corruption et les trafics d’influence, Dante, un vieux mafieux, se bat contre un ami perdu et un fils nié. L’histoire finira mal, on s’en doute. Au nom du père se lit comme un conte noir, dans lequel il n’y a pas de héros mais une galerie de personnalités déglinguées, une volonté de l’auteur qui souhaitait composer des personnages secondaires forts.

« Des critiques parlent de dystopie, mais ce monde irrespirable existe déjà et ceux qui ne le voient pas n’ont jamais mis les pieds hors de leur quartier. Liberté, égalité, fraternité ? Aujourd’hui, ce ne sont que des concepts. Paris est entouré de camps géants, toutes les démarches se dématérialisent, on est tous ligotés par notre carte bleue… Le cash deviendra bientôt la chose la plus précieuse. C’est ce cash, un sac plein de billets, qui noue le destin de mes personnages. » PAUSE_POLAR

Enfant du bitume, Éric Maravélias a aujourd’hui quitté Saint-Pierre-des-Corps pour vivre à la campagne avec sa compagne. Un besoin de retrouver l’essentiel, de se protéger. Il maçonne, jardine. N’écrit plus. « Je n’ai pas envie de jouer, de faire semblant, de faire mon beau quatre fois par jour sur les réseaux sociaux. On demande aux écrivains publiés de se mettre en scène comme des produits. Mais c’est ce qu’on écrit qui devrait intéresser les gens, rien d’autre. Construire un mur, planter des légumes, c’est du concret. Ça me semble plus utile. »

>Au nom du père, Gallimard,
384 p., 21 euros.
> Bande-son pendant l’écriture de cet article : Mischa Maisky plays Bach Cello Suite No.1 in G.

Prix Maya : une récompense littéraire animaliste

BD et roman seront récompensés le 22 juin par Le Prix Maya, récompense littéraire animaliste. Une première à Tours… et ailleurs !

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(Photo Facebook Prix Maya)

C’est une première en France et elle aura lieu à Tours.
Le Prix Maya sera la première récompense littéraire animaliste du pays qui récompensera des ouvrages servant et faisant avancer la cause animale.

« Ce prix est dédié à l’éléphant Maya, libérée en juillet 2018 de l’univers des cirques par la mobilisation citoyenne et associative », précise, dans un communiqué, l’équipe organisatrice également aux manettes de la Vegan Place de Tours.

Au menu du Prix Maya ? Une sélection de romans et de bandes-dessinées avec un jury trié sur le volet et, bien sûr, engagé dans la cause animale : Isabelle Attard (docteure en archéozoologie et ancienne députée), Yolaine de la Bigne (journaliste et fondatrice de l’Université d’été de l’animal), Laurent Baheux (photographe animalier), Audrey Jougla (de l’association Animal Testing) et Sarah Merlo (association One Voice).

Soutenu par L214, Utopia 37 et L’Association végétarienne de France, le Prix Maya aura lieu le 22 juin, lors de la Vegan Place.

> facebook.com/prixmaya ou prixmaya.org

Un bouquin, des pépètes et un cacatoès !

On n’est pas objectif, mais on assume ! Le roman d’Elisabeth, Les Pépètes du cacatoès (City Éditions) on l’aimait déjà avant d’en avoir lu la première ligne, parce que Elisabeth, c’est notre copine-qu’onbosse-avec et qu’on l’aime aussi. Sa première interview de romancière est pour nous (et elle décoiffe !).

Interview / Spécial copinage (bah ouais)

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(Photo Crédit : Gin Pineau)

C’est quoi cette histoire de cacatoès, pourquoi pas un boa constrictor ou un gibbon à mains blanches ?
J’avais peur d’effrayer les enfants. Je me suis dit qu’un cacatoès, c’était plus consensuel. En même temps, un cacatoès, ça fait beaucoup de bruit et ça peut être drôle si plein d’enfants en réclament à leurs parents, du coup.

Donne-moi trois bonnes raisons de ne pas lire ton roman.
Déjà, c’est écrit par une journaliste (une journaliste de tmv, en plus !) et les gens détestent les journalistes. Deuxième raison, c’est écrit par une provinciale et on sait bien que tout ce qui vient de province est quand même assez insignifiant. J’habiterais Saint-Germain-des-Prés ça vaudrait peut-être le coup, là, franchement, c’est gâché. Et troisième raison, c’est écrit par une femme et, par définition, une femme ça n’a pas de cerveau. Et puis, dernière raison : c’est une comédie et la comédie, ça n’intéresse vraiment personne.

Et si, malgré tout, on avait quand même envie de le lire, qu’aurais-tu envie de nous dire avant ?
Ben… Merci, déjà. Vous ferez plaisir à mes enfants. Et aussi, que si Instagram et l’art contemporain vous intriguent, si vous aimez les plats locaux et de saison et les histoires qui finissent bien, vous avez fait le bon choix.

Comment aimerais-tu que les lecteurs le lisent, ton roman ?
Puisque c’est un livre improbable, j’aimerais qu’ils le lisent dans les endroits les plus improbables de la planète. Par exemple, la tête en bas, perché dans un arbre. Mais bon, ils le lisent comme ils veulent, en même temps, je ne serai pas là pour les surveiller, ils peuvent le lire dans leur canapé.

As-tu, sérieusement, envisagé l’hypothèse d’un succès ?
Non. Je me suis juste dit que j’allais écrire toutes les nuits pendant trois mois, que j’allais faire suer une vingtaine d’éditeurs et j’étais à peu près sûre que ça ne marcherait pas. En fait, l’objectif, c’était juste de boire un coup avec des copains et écrire un livre, c’est quand même une bonne raison pour boire un coup. Et si jamais ça marche (car on n’est jamais à l’abri d’un succès…), eh bien ça me fera une occasion de reboire un coup.

Si ce roman était adapté en film, tu verrais qui dans les rôles principaux ? Les-pepetes-du-cacatoes
Je verrais bien Michael Douglas dans le rôle du grand-père, ça pourrait être assez drôle. Et Catherine Deneuve dans le rôle de Mathilde, la fille. Et puis Jean-Hugues Anglade, il est de la région, ça me rendrait super fière de l’avoir dans le film.

C’est un livre drôle, puisque c’est une comédie et réconfortant puisque c’est écrit dessus. L’as-tu écrit dans un but thérapeutique ?
Absolument. Je suis d’ailleurs en attente de l’accord pour le remboursement du livre par la Sécu. C’est un livre qui n’est pas toxique, qui n’a pas d’effet secondaires, qui a une empreinte carbone raisonnable car imprimé en France par un imprimeur labellisé Imprim’ vert et qui est très bon pour la santé. Donc, si je n’obtiens pas l’accord, je vous encourage à lancer une pétition sur change.org, adressée à Agnès Buzyn pour exiger son remboursement.

Pour finir et sans langue de bois, doit-on croire ce que l’on commence à voir circuler sur les réseaux sociaux ? Seras-tu candidate à la mairie de Tours en 2020 ?
Je ne souhaite pas communiquer sur ce sujet pour le moment. Disons que j’entends des choses, j’écoute ce qu’on me dit. Il y a un désir d’autre chose, je le perçois bien. Mais il est vraiment trop tôt pour en dire plus.

(N’oubliez pas… Le second degré n’est pas qu’une température !)

Propos recueillis par Matthieu Pays / Photo : Gin Pineau

>> Les Pépètes du cacatoès, d’Elisabeth Segard. City Editions / 256 p. Disponible à La Boîte aux livres, à la Fnac, Cultura et autres librairies. Bref, partout !
>> Le résumé du livre : 
Le jour où Adalbert de Sainte-Sévère meurt brutalement, ses trois héritiers découvrent avec effarement son testament. Leur grand-père lègue sa fortune à son superbe cacatoès aux plumes roses. À moins que les petits-enfants relèvent son dernier défi : monter leur propre entreprise et ainsi prouver qu’ils ne sont pas juste des adultes trop gâtés ! Seulement, Victorien, Mathilde et Arthur sont passionnés par beaucoup de choses… mais pas franchement par le travail. Entre boîtes de nuit, soirées poker, et shopping, leur vie s’écoule paresseusement.
Comment récupérer l’héritage sans renoncer à leur mode de vie ? C’est le début d’une drôle d’épopée, au cours de laquelle l’esprit de famille (et un cacatoès…) s’avéreront bien utile. Et qui sait, au bout de l’aventure, peut-être gagneront-ils quelque chose de bien plus précieux qu’un héritage…

Polar sur Loire : troisième édition

En deux ans, Polar sur Loire est devenu le point de convergence des plumes du Val de Loire. Samedi 24 novembre, vingt-trois auteurs seront réunis salle Ockeghem pour rencontrer leurs lecteurs.

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(Photo © Serge Bodin/Polar sur Loire)

Historiques, futuristes, comiques ou carrément flippants : les romans noirs présentés ce samedi à Tours ont tous un point commun, la région. « Tous les auteurs vivent ou écrivent sur le Val de Loire, explique Claudine Chollet, l’une des organisateurs.

L’idée du salon est née en discutant avec Denis Soubieux au Chapiteau du livre ; nous avons réalisé que nous étions beaucoup d’écrivains de polars en Touraine et avons décidé de créer un salon qui permette aux adeptes de ce genre de rencontrer des auteurs locaux. »

Les romancières Nicole Parlange et Béatrice Egémar les rejoindront dans ce projet et dès la première année, la rencontre trouve son public. Le choix de la salle Ockeghem, centrale et pleine de charme, contribue au succès. Du coté des auteurs, ils apprécient unanimement l’ambiance bon enfant, la proximité avec les visiteurs et la possibilité de se rencontrer entre « collègues ». « Tous les auteurs sont les bienvenus, souligne Denis Soubieux, pourvu qu’ils nous contactent directement et qu’ils aient un lien avec la région. En revanche, la taille de la salle limite le nombre d’inscrits à 24. »

Des romanciers présents les deux premières années ont ainsi accepté gentiment de céder leur place à de nouveaux venus. Au menu de cette troisième édition : dédicaces et échanges, bien sûr, mais aussi des directs sur les radios locales, une table ronde sur le thème des couleurs du polar et deux causeries avec les invités d’honneur, Éric Giacometti et Éric Yung.

La petite équipe, qui tient à rester indépendante, n’a pas souhaité demander de subventions. Elle est soutenue par l’association Signature Touraine, un viticulteur local et la Caisse d’Epargne. Preuve que la manifestation commence à rayonner : la cinémathèque a organisé cette année une projection en écho au salon et la médiathèque de la Riche a consacré la journée du 17 novembre à des lectures autour de Polar sur Loire.

> Sur Internet et sur Facebook

LES AUTEURS PRÉSENTS

Gino Blandin, Emmanuel Bonhomme, Jérémy Bouquin, Norbert Chadourne, Christian Chaillet, Claudine Chollet, Monique Debruxelles, Jean-Noël Delétang, Alain Denis, Michel Douard, Béatrice Egémar, Vianney Frein, Sylvain Gillet, Jean-Luc Houdu, Jean-Noël Lewandowski, John Erich Nielsen, Nicole Parlange, Dominique Play, Jean-Paul Robert, Jean-Michel Sieklucki, Denis Soubieux.

LES ANIMATIONS

> 11 h : « La couleur dans le polar » , table ronde animée par Cécilia, du blog littéraire Between in the Books
> 15 h : Rencontre avec Éric Giacometti, animée par Chloé, du blog littéraire Somewhere Over the Tea pot.
> 16 h : Rencontre avec Éric Yung Un libraire indépendant assure la vente des ouvrages.

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Plongée dans le noir avec les auteurs de polar

Ils étranglent, découpent ou kidnappent des centaines d’hommes, de femmes et d’enfants chaque année… pour le plus grand plaisir de leurs lecteurs. Qu’est-ce qui fait vibrer les auteurs de polars ?

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On dit d’Agatha Christie qu’elle est la femme à qui le crime a le plus rapporté. Quarante ans après sa mort, Le Masque, son éditeur français, en vend chaque année 50 000 exemplaires. Un roman sur quatre vendu en France est un polar et Quai du Polar, à Lyon, a réuni 80 000 passionnés en 2017.

Ce succès ne date pas d’hier, rappelle le sociologue et romancier Michel Moatti : Conan Doyle a ressuscité Sherlock Holmes sous la pression populaire ! « Le policier fonctionnait bien, puis le néo polar est arrivé en apportant une autre dimension, des personnages plus ancrés dans la société. Avec le thriller, le genre est devenu plus violent, peut-être une manière d’exorciser le réel, de s’accoutumer et d’apprivoiser la mort. »

Ce roman n'a ni auteur ni titre. Il est d’autant plus drôle de voir un deuxième tome publié avec cette accroche : « par l’auteur du livre sans nom »
PAS D’AUTEUR ET PAS DE
TITRE – LE LIVRE SANS NOM
Oui, ce roman présente cette
double particularité. Il est d’autant
plus drôle de voir un deuxième
tome publié avec cette accroche : « par l’auteur du livre sans nom »

Horrifique, économique, historique, fantastique ou humoristique, le polar est devenu une planète à lui tout seul. Mais à quoi rêvent ses auteurs ? Cofondatrice du Salon Polar sur Loire, Claudine Chollet est tombée dans le polar par hasard, en écrivant un « Poulpe ». « J’ai écrit sans aucune pression et je me suis tellement amusée que que j’ai décidé de continuer. » Elle imagine alors le personnage de Polycarpe Houle et bâtit une série de cosy mystery à la sauce tourangelle, un genre qui plaît de plus en plus. Quel qu’il soit, le polar exige une intrigue serrée et une ambiance.
C’est ce qui a poussé Hervé Commère à le choisir. « Je suis parti dans tous les sens quand j’ai écrit mon premier roman, nous confie-t-il en riant. Je me suis dit qu’avec un polar, je serai obligé de suivre le fil. » Cet auteur plusieurs fois primé est guidé par une seule envie : celle de raconter des histoires. « Certains confrères pensent changer le monde, je n’ai pas du tout ce sentiment, même si je décris parfois des enjeux sociaux. Je veux juste embarquer le lecteur dans une histoire haletante. »

Ce plaisir dans l’écriture est revendiqué par tous les auteurs que nous avons rencontrés. « Ce qui est intéressant, c’est de monter cette histoire qui vous appartient », explique Nicole Parlange, auteure de romans historiques. « J’écris d’abord pour ma femme, pour moi, et si le lecteur s’est marré, ça me suffit », affirme Michel Douard. Rédacteur pour des agences de communication, il est devenu romancier pour fuir les contraintes. « En France, on a du mal à mélanger les styles, analyse-t-il, mais la vie n’est pas simpliste. Elle est dure, oui, mais aussi très drôle, tendre… »

L’AUTEUR QUI N’EXISTE PAS – RICHARD CASTLE Il a sa page sur le site Babelio et sur Wikipédia, on le trouve dans toutes les librairies… mais il n’existe pas. Ou plus exactement, Richard Castle est le héros d’une série à succès, transformé en auteur, comme une mise en abîme. Son 3e roman gagnera même la tête des ventes aux États- Unis ! Le véritable écrivain qui lui prête sa plume, lui, reste inconnu.
L’AUTEUR QUI N’EXISTE PAS –
RICHARD CASTLE
Il a sa page sur le site Babelio et sur Wikipédia, on le trouve dans toutes les librairies… mais il n’existe pas. Ou plus
exactement, Richard Castle est le héros d’une série à succès, transformé en auteur, comme une mise en abîme. Son 3e roman
gagnera même la tête des ventes aux États-
Unis ! Le véritable écrivain qui lui prête sa plume, lui, reste inconnu.

Malgré les contraintes narratives, les auteurs de polars se sentent plus libres, y compris d’aborder des thèmes qui dérangent. À l’heure où les éditeurs s’interrogent sur l’embauche de sensitivity readers, le polar apparaît comme une terre de liberté et fait (presque) tout passer. Sergio Luis, un auteur tourangeau qui connaît un beau succès par le bouche à oreille, aime « décrire les situations qui grattent. Le polar offre un imaginaire infini, il permet de naviguer entre les relations humaines. Quand on me dit qu’un thriller, ce n’est pas du Zola, je réponds : non, et ce n’est pas du tout mon but, même si je fais très attention au style et j’essaie de progresser dans mon écriture à chaque roman. J’ai atteint mon but quand un lecteur éteint sa lampe de chevet à 2 heures du matin parce qu’il voulait connaître la fin de mon roman. »

« Beaucoup considèrent encore le polar comme de la sous-littérature. J’ai envie de leur dire : ouvrez un polar. »

Éducateur le jour et écrivain la nuit, Jérémy Bouquin défend l’accessibilité du polar. « Ce genre est populaire et doit le rester. La lecture est tellement élitiste ! Le lecteur n’a pas peur d’ouvrir un polar parce que c’est une littérature du réel, qui mélange les faits-divers et une écriture simple, avec des personnages accessibles. On y trouve du sang, du sexe, de l’humour… ça parle à tout le monde. »
Le ludique peut avoir un côté pédagogique, rappelle-t-il : « Le polar embrasse tous les genres et tous les secteurs. Tom Clancy, Gérard de Villiers, abordent des sujets géopolitiques bien réels et très documentés, Jean-François Parot fait entrer le lecteur dans une période historique. »

Pour Claire Bréton, responsable du rayon Noir à La Boîte à livres, la grande force des auteurs de polar est de savoir raconter des histoires. « Le lecteur veut déconnecter. Ces romanciers sont plus irrévérencieux, ils osent le politiquement incorrect et leurs œuvres sont moins psychanalytiques que dans la littérature blanche. » Les personnages ne doivent pas être simplistes pour autant car ils sont la clé de l’œuvre et il faut leur donner un verbe propre, souligne Jérémy Bouquin.

FAUSSES COUV’, VRAIES PRINCESSES NOUVEAU LOOK POUR UNE NOUVELLE VIE L’illustrateur Astor Alexander s’est amusé à intégrer les princesses Disney à des polars des années 50. Un exercice de style réussi, à retrouver sur son compte instagram : astoralexander. Et c’est génial !
FAUSSES COUV’, VRAIES PRINCESSES NOUVEAU LOOK POUR UNE NOUVELLE VIE
L’illustrateur Astor Alexander s’est amusé à intégrer les princesses Disney à des polars des années 50. Un exercice de style réussi, à retrouver sur son compte instagram : astoralexander. Et c’est génial !

« Beaucoup considèrent encore le polar comme de la sous-littérature. J’ai envie de leur dire : ouvrez un polar », s’indigne Marie-Eve Descombes. Auteure du blog Mademoiselle Maeve et jurée pour plusieurs prix littéraires nationaux, elle a plongé dans le roman à mystères dès qu’elle a su lire. « Ellory, Franck Bouysse, Sandrine Collette… ont une vraie écriture. La construction psychologique des criminels comme des victimes est essentielle et le roman noir suit les évolutions de la société. Armand Gamache, l’inspecteur canadien créé par Louise Penny est loin du flic alcoolique et largué. »
Elle ne juge pas pour autant les clichés rédhibitoires. « Certains livres sont comme des pantoufles, tu sais où l’auteur va t’emmener. Il y a un certain snobisme à dénigrer les auteurs populaires mais l’essentiel est d’avoir du plaisir à lire. Et c’est triste de devoir défendre ses goûts ! »
Michel Moatti regrette lui aussi cette barrière artificielle : « Jean-Patrick Manchette, publié dans la Série noire, a un excellent niveau littéraire et méritait largement un prix, Modiano est souvent proche du roman d’angoisse. » Ce snobisme va parfois très loin. Pierre Lemaître, l’auteur du best seller Au-revoir là-haut, avoue avoir quitté le polar « pour devenir enfin un écrivain » et gagner la reconnaissance du milieu littéraire.

Pourtant, si « Gaston Leroux rêvait d’égaler Flaubert, c’est le Mystère de la chambre jaune qui l’a fait entrer dans l’Histoire », sourit Claudine Chollet. Et bien des héros de « blanche » ont disparu quand Miss Marple et Sherlock Holmes ont survécu. Noire ou blanche, quand la littérature est bonne, elle est bonne.

Chroniques culture #61

Cette semaine dans nos chroniques culture, une plongée effarante dans le porno amateur avec le dernier ouvrage de Robin d’Angelo, du polar, mais aussi de la BD, le DVD de Sans un bruit et la mini PlayStation qui débarque bientôt.

PAUSE_ECRANS_DVDLE DVD
SANS UN BRUIT
Dans un monde post-apocalyptique, la population doit désormais vivre sans dire un mot, sous la menace de créatures monstrueuses qui attaquent au moindre bruit. Thriller high-concept par excellence, Sans un bruit s’était taillé un joli succès — mérité — lors de sa sortie en salles. Réjouissant et efficace, aussi audacieux que flippant, le film de et avec John Krasinski se retrouve en DVD/Blu-ray et se revoit avec plaisir, tant son côté angoissant et sa mise en scène habile plongent le spectateur dans un moment de tension. L’éditeur a eu la bonne idée de prolonger la version Blu-ray avec des suppléments abordant les coulisses de la production, les effets visuels et, bien sûr, le montage son, véritable « personnage » de Sans un bruit.
A.G.

LES LIVRES
PAUSE_ECRANS_LIVREJUDYJUDY, LOLA, SOFIA ET MOI
Une claque, un livre qui secoue, un ouvrage dur. « Judy, Lola, Sofia et moi » (éditions Goutte d’or), c’est tout ça à la fois. Durant 320 pages, le journaliste Robin d’Angelo raconte son année passée en immersion dans le monde du porno amateur français. De ce récit intime écrit à la première personne, Robin d’Angelo livre une vision hallucinante, une plongée brutale, parfois très sordide, dévoilant aussi bien les conditions dégradantes imposées aux jeunes femmes qu’un univers où le droit du travail est parfois plus que limite.
Sans tabou, sans fard, le livre dissèque ce monde où le consentement est une notion malmenée, y donne quantité de détails (l’infiltration de l’auteur est réussie et va parfois… très loin), aborde le phénomène Jacquie et Michel (pas si glorieux…) et la concurrence, révèle des témoignages glaçants (le producteur Pascal OP, une actrice totalement paumée). C’est passionnant, marquant, féroce et rude.
A.G.

FLUCTUAT NEC MERGITOURS PAUSE_ECRANS_LIVREFLUCTUAT
Il était professeur d’Histoire, il est désormais retraité… mais surtout écrivain ! Le Tourangeau Jean-Noël Delétang a repris la plume pour ce nouvel ouvrage, inti-tulé Fluctuat Nec Mergitours (éditions Le Geste), clin d’oeil à la locution latine et, bien sûr, devise de Paris. L’auteur revient ici à son style de prédilection, le polar, qu’il avait déjà adopté dans son premier ouvrage en 2017 (Trois petits Tours et puis s’en va). Emmené par deux policiers joliment dessinés, l’inspecteur Abert et son jeune collègue Karim, le livre de Delétang place son intrigue autour de la rue de la Scellerie. C’est en effet là qu’un meurtre vient déranger la paisible vie de ses résidents. Fluctuat Nec Mergitours, outre son écriture fluide, vaut surtout pour son côté tourangeau (oh, allez, soyons chauvins !) qui imprègne chaque page… jusqu’à la couverture.
A.G.

PAUSe_ECRANS_LIVREPAROLELA PAROLE DU CHACAL
Clarence Pitz vient de signer un habile « ethno-thriller » (ou thriller anthropologique) avec La Parole du chacal (éditions Le Lys Bleu) ! Transportant littéralement son lecteur au coeur du Mali, l’auteure belge a le mérite de signer un récit palpitant dans un exercice pourtant périlleux, celui du huis-clos. Axant son propos sur le peuple des Dogons, Clarence Pitz offre une histoire riche en rebondissements et en angoisse, dans laquelle elle distille une grosse dose de culture (on sent ses connaissances en anthropologie). L’écriture est affûtée, précise, et le rythme haletant. Une bonne découverte !
A.G.

Les BD PAUSE_ECRANS_BD
Avec « La Plus belle femme du monde » (La Boîte à Bulles), William Roy et Sylvain Dorange livrent un magnifique portrait de l’actrice et inventrice, Hedy Lamarr. Avec cette bio sensible et magnifiquement restituée, ils rendent un hommage poignant à cette femme libre et d’exception qui, dans un Hollywood des année 40 schizophrène et puritain, transfigura à jamais le 7e Art.
Les héros de « Double 7 » (Dargaud) nous emmènent en 1936 à Madrid, où face aux troupes de Franco s’agitent révolutionnaires de tout bord. Cette plongée sombre, héroïque et sentimentale est magnifiée par le talent des deux auteurs Yann et André Julliard.
Avec « Polaris ou la nuit de Circé » (Delcourt), on plonge avec Vehlman et De Bonneval dans une enquête policière passionnante sur fond de pratiques érotiques. Un petit chef d’oeuvre, à l’instar du T3 « Les Frontières » (Casterman) de la saga Le Reste du Monde de Jean-Christophe Chauzy. Avec ses scènes d’apocalypse et l’élan qu’il donne à ses personnages, on est littéralement bluffé par cet auteur qui mériterait plus grande reconnaissance.
Hervé Bourit

MINI PLAYSTATION
LES JEUX DÉVOILÉS
Le 3 décembre sortira la PlayStation Classic (99,99 €), version mini de sa toute première console sortie en 1994. Sony vient enfin d’annoncer les 20 jeux qui seront gravés dans son modèle retro. Il s’agit de : Battle Arena Toshinden, Cool Boarders 2, Destruction Derby, Final Fantasy VII, Grand Theft Auto, Intelligent Qube, Jumping Flash !, Metal Gear Solid, Mr. Driller, Oddworld : L’Odyssée d’Abe, Rayman, Resident Evil, Revelations : Persona, Ridge Racer Type 4, Super Puzzle Fighter II Turbo, Syphon Filter, Tekken 3, Tom Clancy’s Rainbow 6, Twisted Metal, Wild Arms.

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Avec Livre Passerelle, des histoires qui rapprochent

Vingt ans que l’association tourangelle Livre Passerelle raconte dans tout le département que le livre et la littérature sont essentiels au développement de chacun ! Vingt ans qu’elle transporte ses valises d’albums là où on ne les attend pas.

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Tout le monde écoute la lecture de Va-t-en-guerre, de Thierry Dedieu, au Seuil Jeunesse.

Vendredi matin, 9 h 30, à la Protection Maternelle et Infantile (PMI) des Rives du Cher, installée au pied des barres d’immeubles. Christine arrive. Elle tire une grosse valise, remplie d’albums jeunesse. Délicatement, elle l’ouvre bien grand, comme une invitation à plonger dedans.

Elle en sort quelques livres qu’elle dissémine dans la pièce. La salle d’attente est encore vide.
Puis arrive un couple avec une petite fille de 18 jours. Tout le monde se salue. Ils s’installent. Christine attend quelques instants puis s’approche de la famille, avec un grand sourire : « Voulez-vous que je vous raconte une histoire ? ». Et c’est parti. Alors que d’autres familles arrivent, l’animatrice, les enfants et les parents se liront des albums, piochés au hasard par l’un, minutieusement choisis par l’autre. Un moment de plaisir et de partage.

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Patrick et Anne-Sophie ont rendez-vous à la PMI pour leur fille Abbigaël. Ils découvrent les livres de l’association

Voilà ce que fait l’équipe de Livre Passerelle depuis sa création en 1998. Elle lit des albums aux bébés et à leurs parents dans les lieux qui les réunissent. Comme Christine, Dominique va tous les lundis à la PMI de Rochepinard-Bouzignac. Marie-Françoise lit tous les mois à la Petite Maison, le Comité d’aide aux détenus de la maison d’arrêt de Tours. Le mardi, Sarah anime un atelier de lecture pour ados à la médiathèque de La Riche. Elles lisent également chaque semaine à la sortie de certaines écoles. Avec 5 salariées (Christine Barbier, Sarah Goyer, Émeline Guibert et les deux fondatrices Catherine Métais et Dominique Veaute) et 80 bénévoles, l’association intervient dans une quarantaine de lieux en Indre-et-Loire.

LE POUVOIR DE COHÉSION

Malika, Syrienne, arrivée en France dans les années 1990, se souvient de ses rendez-vous hebdomadaires avec Livre Passerelle : « Quand mes enfants étaient jeunes, on allait à la PMI de Bouzignac, le mercredi matin, sans rendez-vous. Et la dame des livres venait. C’était magnifique. On s’amusait. La salle était pleine. Il y avait au moins 20 enfants. Et elle lisait. Parfois, les médecins venaient écouter aussi. Nous, on ne venait pas pour le médecin. On venait pour la dame. J’ai emmené mes 4 enfants jusqu’à l’âge du collège. » TMV 181024 Livre passerelle 5

Maintenant, elle y emmène sa petite-fille et retrouve le même plaisir à partager les lectures de l’association. Au-delà des bienfaits de la littérature, c’est le pouvoir de cohésion du livre et plus largement de la culture que cherche à faire vivre Livre Passerelle. « L’album, outil de création, de recherche et de lien social », c’était justement le thème du colloque qu’elle organisait le 13 octobre dernier, à l’espace Jacques-Villeret.

Pour lancer cette journée de réflexion, Catherine Métais et Dominique Veaute sont revenues en images sur 20 ans d’actions. Une série de photos attire plus particulièrement notre attention. Sur un premier cliché, un adolescent, clairement récalcitrant, se fait conter « Comment on fait les bébés ? » de Babette Cole. Sur le suivant, même scène, mais un rictus est apparu sur son visage. Il faut dire que le livre est particulièrement drôle. Sur ceux d’après, l’adolescent s’est emparé du livre, sourire aux lèvres et le lit à d’autres enfants. Manifestement à plusieurs reprises ! Mission accomplie pour Livre Passerelle…

Mais l’association n’est pas du genre à s’asseoir sur ses lauriers. En perpétuelle réflexion pour faire valoir au mieux les droits culturels pour tous, elle a créé en 2016 l’atelier Passerelle. Tous les vendredis, de 14 h à 15 h, l’association propose une séance de lecture d’albums à voix haute, ouverte à tous et totalement gratuite, à la bibliothèque Paul-Carlat. Pendant une heure, par petits groupes, les participants vont soit lire des histoires, soit les écouter, juste pour le plaisir de… les lire et de les écouter.

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« C’est vraiment une idée géniale, constate Frédéric Terrier, éditeur, typographe et directeur des Mille univers, partenaire de Livre Passerelle. Et le plus étonnant, c’est ce que ça fonctionne merveilleusement bien. Ce sont des gens de divers horizons sociaux et culturels, des réfugiés, des fonctionnaires, des retraités, de partout dans le monde, qui n’avaient pas de passion spéciale pour la littérature jeunesse et qui se retrouvent autour de l’album. Ils n’ont a priori rien d’autre en commun. Mais autour de l’album jeunesse, Livre Passerelle arrive à faire société. Et ça, c’est exemplaire. Ça pourrait être un projet gouvernemental : le livre jeunesse pour faire société. »

Une bonne idée, mais comme toute association de loi 1901, Livre Passerelle passe un temps fou à remplir des dossiers de subventions pour rémunérer ses salariés, acheter ses livres (pour soutenir les librairies), entretenir sa camionnette littéraire, etc. Autant de temps qu’elle ne passera pas sur le terrain. À bon entendeur…

Texte : Jeanne Beutter

Voyage au cœur de la littérature jeunesse

La bibliothèque centrale de Tours abrite depuis peu le Centre de ressources en littérature pour la jeunesse, appelé Centre Patrice Wolf. Mais qu’est-ce que c’est ? Une mine d’or ! Tout simplement le meilleur et l’incontournable de la littérature de jeunesse, du début du XXe siècle à nos jours.

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Les Trois Brigands, Le Prince de Motordu, Mathilda, Petit bleu et petit jaune… Ces célèbres titres vous rappellent quelque chose ? Alors pourquoi ne pas les relire ? Ou les découvrir si vous ne les connaissez pas.

Tous, et bien d’autres pépites de la littérature de jeunesse, sont au catalogue des bibliothèques et médiathèques de la Ville.

Certes, l’emprunt nécessite une inscription payante (11,50 €), mais la consultation sur place, elle, est totalement gratuite et sans limite de temps. Et de consultation il est question au Centre Patrice Wolf. Inauguré dans l’intimité le 18 novembre dernier, il donne accès, sur rendez-vous uniquement, à la crème de la crème de la littérature de jeunesse.
On y trouve tout d’abord ce que la section jeunesse de la centrale cache – ou plutôt conserve – depuis son ouverture en 1937. Fortes d’une politique de conservation précoce, les différentes équipes de bibliothécaires qui se sont succédé ont, au fil des années, sélectionné et protégé dans leurs « magasins » les plus belles œuvres de fiction et de documentaires de l’édition jeunesse : 20 000 ouvrages de grande valeur. Plus de 300 livres d’artistes, soigneusement rangés dans les réserves, deviennent également consultables. Toujours sur demande et non en accès libre. Car ce sont des pièces rares, souvent numérotées, d’une grande beauté et d’une grande fragilité.

Enfin, le Centre Patrice Wolf donne également à voir les 15 000 titres récemment offerts à la bibliothèque par l’ancien animateur radio éponyme (lire l’interview ci-contre). Pour consulter tout ça ? Pas le choix. Vous devez prendre rendez-vous à cette adresse centrepatricewolf@bm-tours.fr
Vous serez ensuite reçus dans une salle dédiée, sur la mezzanine. Ne soyez pas surpris. Les 36 000 bouquins n’y sont pas. Seul le millier de livres de références sur la littérature de jeunesse, ses auteurs, son édition, y est rangé. Ceux que vous aurez demandés auront été préparés par l’une des bibliothécaires. Facile et pratique.

Textes et photos : Jeanne Beutter

⇒INTERVIEW DE PATRICE WOLF

 « Un livre pour enfants est une oeuvre d’art »

Patrice Wolf ne lisait pas quand il était petit. Ça ne l’intéressait absolument pas. Et pourtant, il est devenu l’un des plus grands critiques de livres pour enfant. Après 20 ans passés au micro de l’émission « L’as-tu lu mon p’tit loup » sur France Inter, il a décidé de faire don à la bibliothèque municipale de Tours de 15 000 ouvrages de sa collection personnelle.

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Pourquoi ce don ?
Pendant 30 ans, j’ai conservé l’ensemble des documents sur lesquels j’ai travaillé pour La vie du rail tout d’abord, puis pour mon association Astéroïde et enfin pour France Inter. Et comme j’ai toujours oeuvré pour le service public, j’ai souhaité tout simplement lui rendre ce qu’il m’avait donné. Le service public de la littérature, c’est la bibliothèque. Je suis installé à Tours depuis plus de 20 ans. En plus, j’ai appris récemment que c’était l’une des premières villes françaises à avoir accueilli une bibliothèque enfantine, en 1937. C’était donc tout à fait indiqué.

Qu’y trouve-t-on de singulier ?
Ce n’est ni tout ce que j’ai accumulé au cours de ma carrière, ni tout ce que j’ai chroniqué. Il s’agit d’une sélection des livres que j’ai pu repérer depuis mes débuts en tant que critique de livre pour enfants depuis 1974. Chacun représente, selon moi, une avancée dans l’histoire du livre de jeunesse. Par leur auteur, leur histoire, leur construction, le thème abordé, la façon de le traiter, ils marquent une réelle différence avec ce qui a été fait auparavant. Voilà ce qui caractérise ce fonds. C’est un regard professionnel sur la littérature de jeunesse, sur une trentaine d’années.

Vos livres viennent s’ajouter aux différentes collections patrimoniales de la bibliothèque pour former le nouveau centre de ressources qui porte votre nom. Quel en est l’objectif ?
En France, il y a relativement peu de banques comme celle-ci, qui permette à des chercheurs, à des étudiants, à tous les professionnels de la littérature et aux amateurs de pouvoir se référer à l’histoire du livre de jeunesse, à tous ses courants, ses créateurs, etc. De ce point de vue-là, Tours devient donc une référence. Évidemment, pour faire vivre ce centre, pour le valoriser, il faut quelques subsides. Cependant, cela ne nécessite pas des sommes énormes. Il faut en avoir conscience. À l’échelle d’un budget municipal, ce n’est quasiment rien.

Un livre pour enfant, c’est avant tout une oeuvre d’art, un produit culturel. J’ai toujours essayé de bien mettre en évidence le travail des auteurs, des illustrateurs, des éditeurs et tout ce qui fait que c’est une oeuvre d’art en tant que telle.

Prix jeunesse de la Ville de Tours : résultats

À l’occasion des Assises du journalisme, la Ville de Tours et la Bibliothèque municipale ont décerné ce vendredi le Prix Jeunesse Ville de Tours qui couronne un ouvrage documentaire destiné aux enfants. Cinq ouvrages étaient en lice face à un jury d’enfants et d’adultes. Verdict, après un débat très vivant.

PRIX ACTU DES JUNIORS

PRIX_ECOLOGIEC’EST QUOI L’ÉCOLOGIE ?
Le jury des enfants représentés par 3 classes (les élèves de CM2 de l’école Stéphane Pitard, les élèves de 6e du collège Léonard de Vinci et les élèves de 5e du collège Saint Martin) ont choisi à l’unanimité ce livre collectif. La maquette claire, les illustrations rigolotes et vivantes, les explications limpides et détaillées, les ont convaincus. « Le sujet nous concerne », ont-ils argumenté. Chez les adultes, certains l’ont trouvé un peu simpliste parfois, mais assez complet. Intéressant : les renvois, pour croiser les infos.
Collectif, avec Sophie Dussaussois et les illustrations de Jacques Azam, éd. Milan, 128 p., 7,90 € – À partir de 9 ans.

PRIX ACTU DES ADULTES

 

PRIX_JOURNALISTESLES JOURNALISTES NOUS CACHENT-ILS DES CHOSES ?
La deuxième partie du jury, composé de bibliothécaires et de journalistes, a élu ce petit ouvrage ultra-pédagogique dont les illustrations de Ronan Badel rappellent celles du New Yorker. Clair, complet, bien écrit, il est né des questions posées par des enfants et des adolescents aux auteurs lors de rencontres. Sans langue de bois ni complaisance, les auteurs expliquent la réalité de ce métier souvent décrié mais toujours utile. Le livre a d’ailleurs remporté le Prix des Assises. Le glossaire en fin d’ouvrage est un plus.
David Groison, Pierangélique Schouler, illustrations de Ronan Badel, éd ; actes Sud, 78 p., 16,50 € – De 7 à 77 ans.

ILS N’ONT PAS ÉTÉ CHOISIS…

LA DÉCLARATION UNIVERSELLE DES DROITS DE L’HOMME PRIX_DROITS
Ce livre-objet met en scène les grandes notions de la Déclaration des droits de l’Homme. Les grandes notions des 30 articles sont mises en scène par des images en volume, comme autant de messages symboliques à inscrire dans l’esprit de chacun. Mais malgré sa maquette superbe, il n’a convaincu aucun des jurés. Il reste toutefois parfaitement adapté pour décorer ou animer un CDI, une bibliothèque.
Jean-Marc Fiess, éd. Albin Michel, 15 € – À partir de 6 ans

PRIX_CULTURESI J’ÉTAIS MINISTRE DE LA CULTURE
Ce livre grand format a surpris adultes comme enfants. Si les illustrations ont été jugées « effrayantes » ou « trop tristes » par les enfants, la démonstration par l’absurde d’un monde sans culture déroulée au fil de l’ouvrage a séduit une partie des adultes. Pas vraiment un livre à lire, plutôt un excellent outil pédagogique pour les enseignants, pour leur permettre de parler du sujet, ou d’introduire les arts plastiques. Bonus : l’affiche-manifeste détachable à la fin du livre.
Carole Frechette et illustrations de Thierry Dedieu, éd. Hongfei, 40 p., 14,50 € – À partir de 7 ans.

LE HANDICAP, POURQUOI ÇA ME CONCERNE ? PRIX_HANDICAP
C’est quoi un handicap ? Tous les handicaps sont-ils visibles ? Le handicap, ça concerne qui ? Peut-on aller à l’école avec un handicap ? Les handicapés ont-ils des super-pouvoirs ? Ce livre avait l’ambition de répondre aux questions concernant le handicap. Mission manquée, selon le jury : adultes comme enfants ont trouvé le livre triste, ennuyeux, culpabilisant et trop administratif.
Sylvie Baussier et Clémence Lallemand, éd. Fleurus, 9,50 € – À partir de 9 ans.

 

Nouvel élan (vert) pour la littérature jeunesse

Du 29 novembre au 4 décembre prochain, se tiendra à Montreuil le 33e Salon du livre et de la presse jeunesse. Parmi les 200 exposants seront présentes les éditions corpopétrussiennes de l’Élan vert qui fêteront leurs 20 ans en 2018.

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9 h 30. Dans leurs bureaux de Saint-Pierre-des- Corps, Julia et Amélie nous accueillent. Glwadys est déjà derrière son ordinateur. L’équipe de l’Élan vert est presque au complet. Chloé est à Paris. Jean-René à Niort. Partout, des livres, des cartons, des couleurs. Pas de doute, on est bien chez un éditeur jeunesse.

Créée en 1998, la maison de l’Élan vert s’est d’abord spécialisée dans la traduction d’ouvrages pédagogiques venus d’Angleterre et du Québec. Pendant huit ans, elle affine son implantation dans le milieu scolaire. Mais en 2007, changement de cap. « On avait envie de créer nos propres albums, de se tourner vers le grand public, tout en restant capables de pénétrer dans les écoles et les bibliothèques », raconte Amélie Léveillé, fondatrice et directrice éditoriale.
Objectif atteint avec la collection Pont des arts, créée cette même année 2007 et publiée en partenariat avec le réseau Canopée, éditeur de ressources pédagogiques. Car la collection a l’avantage de faire découvrir une oeuvre et son artiste, non pas par la voie du documentaire, mais par la fiction. Chaque album raconte une histoire, écrite par un auteur à partir d’un tableau, d’une sculpture, d’une photo ou autre. Elle est ensuite mise en image par un illustrateur contemporain.
« Nous suivons cette collection depuis le début, explique Gaëlle, libraire jeunesse au Centre culturel Leclerc de Blois. Au départ, elle était surtout connue des enseignants, mais petit à petit, elle s’est élargie au grand public. »

Aujourd’hui, c’est elle qui fait la notoriété de l’éditeur. « L’Élan vert est vraiment connu et reconnu pour cette collection, témoigne Hélène, libraire chez Libr’enfant à Tours. Le reste de leur production est beaucoup plus discret. » Pourtant, la maison d’édition dispose d’un catalogue généraliste de quelque 120 ouvrages (hors Pont des Arts). De la petite enfance à l’humour en passant par les cahiers d’activités, on gravite autour des thèmes classiques de l’album jeunesse : colère, amitié, nature, etc.

« Depuis 20 ans, on se construit, on travaille notre matière, on grandit, résume Amélie Léveillé. Ce qui fait qu’aujourd’hui, on n’est certes peu connu mais nos livres se vendent. En France et à l’étranger. On connaît actuellement un développement économique important. C’est maintenant que ça se passe pour l’Élan vert. » Pour 2018 et ses 20 ans, l’éditeur entend sortir de l’ombre. De nombreux projets sont dans les tuyaux. Attention, petite exclu rien que pour vous : les collégiens auront leur propre série !

Par Jeanne Beutter

Ô populaires zombies !

De White Zombie à The Walking Dead, en passant par les jeux vidéo et la littérature, le zombie est partout. Petit panorama, évidemment non-exhaustif, de la figure du mort-vivant dans la culture populaire.

Rien ne sert de courir, il faut pourrir à point

C’est l’histoire d’une bande de potes. La vingtaine d’âge, l’envie dévorante de prendre une caméra, mais des producteurs qui leur ferment la porte au nez. Cette bande de potes, c’est celle de George A. Romero qui veut réaliser, un beau jour de 1968, La Nuit des morts-vivants, parabole de la société américaine et critique sociale et politique acerbe.  téléchargement
À cette époque, le cinéaste aux grosses lunettes n’est pas un fanatique de l’horreur, loin de là. Mais rien de mieux qu’une production dans le genre pour être rentable. Leur budget ? 114 000 $. Le film en rapportera… plusieurs millions ! Bref, l’un des films indépendants les plus rentables de l’histoire du cinéma. Prends ça, Luc Besson.

Le « papa des zombies » s’en est allé en juillet 2017 : Romero est mort à 77 ans mais n’est pas ressorti de sa tombe, l’oeil hagard et le gémissement rauque.
En revanche grâce à lui, la figure zombiesque est définitivement entrée dans la culture pop. Son chef d’oeuvre s’est rapidement retrouvé dans le domaine public (le distributeur s’est trompé dans le titre et a oublié le copyright qui devait courir jusqu’en 2064…). Un mal pour un bien, puisque le monde entier a pu découvrir, profiter et s’amouracher des zombies qui, 50 ans après, hantent encore le cinéma, la BD, l’art, la culture au sens large.

[youtube]https://www.youtube.com/watch?v=1RJ8DyjiNBo[/youtube]

Si l’épidémie mondiale s’est développée avec Romero, les croqueurs de cervelle commencent à plaire dès les années 30. Le pionnier White Zombie, de Victor Halperin, ouvre la marche en 1932. Un titre tellement chouette que Robert Bartleh Cummings, alias Rob Zombie dans le monde de la musique metal, l’utilisera pour son groupe en 1985. White Zombie et son gros rock testostéroné aura un succès fou.

Michael Jackson est une légende

En 1954, Richard Matheson accouche sur papier de Je Suis une légende. Ce roman de science-fiction rempli d’infectés et de morts-vivants, relatant le destin du dernier homme sur Terre, inspirera le cinéma en ‘64, ‘71 et 2007, mettant en scène tour à tour Vincent Price, Charlton Heston et Will Smith.
C’est d’ailleurs – attention subtile transition – ce fameux Vincent Price qui s’occupe des voix additionnelles sur Thriller, de Michael Jackson, dans les années 80. Le clip culte issu du tube du King of Pop s’empare également de la figure du mort-vivant avec la « zombie dance », chorégraphie devenue mythique (qui ne l’a pas dansée en soirée, avec 3 grammes dans chaque œil ?).

Thriller

Tourner la page

Depuis, c’est la foire à la saucisse. La figure du zombie s’est diversifiée et popularisée. Dans le manga High School of the dead, tout débute lorsque le jeune Takashi aperçoit un de ses profs se faire dévorer par un mort-vivant, avant que les infectés se propagent. Dans Guide de survie en territoire zombie, Max Brooks – déjà auteur de World War Z – propose un manuel pour éviter de se faire « bouffer la cervelle et grignoter le gigot lors de vos balades », en rappelant que la tronçonneuse et le marteau restent des armes efficaces en cas d’attaque.

D’un tout autre style, Zombies ! Une histoire illustrée des morts-vivants est un ouvrage d’une grande précision et très bien documenté de Jovanka Vuckovic. Piochant dans les origines du vaudou haïtien et les références littéraires dans certains romans de Mary Shelley et Edgar Allan Poe, le livre exhume ensuite séries B, cultures alternatives des années 60 ou encore bandes-dessinées et jeux-vidéo.
Car ce véritable filon, l’industrie du jeu-vidéo l’a bien exploité. L’an dernier, elle a dégagé plus de 2,5 milliards de dollars sur les franchises à zombies. On citera, pour les plus connues, Call of Duty et les terrifiants Resident Evil. Mais les gamers ont aussi pu se faire grignoter par Left 4 Dead, Dead Rising, The Last of us, voire le cartoonesque Plantes contre zombies, dans lequel le joueur doit protéger son jardin (!) contre l’invasion de morts-vivants…
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Même l’art a, parfois, essayé d’obtenir sa part du gâteau (les frères Chapman, enfants terribles et provoc’ de l’art contemporain, avaient présenté une armée de zombies nazis au White Cube de Londres).
Mais c’est incontestablement le cinéma qui reste le plus gros consommateur.

Morts-vivants et moutons zombies

Gourmand – profiteur, diront les mauvaises langues (donc nous) – le 7e Art a accouché d’une pelletée de productions à intérêt variable, pépites ou pétards mouillés. Romero restant le maître incontesté, on pourrait toutefois en citer un paquet : les dignes héritiers comme Dernier train pour Busan ; les zombies nerveux de 28 Jours plus tard ; la « comédie romantique » barrée de Shaun of the Dead ; les morts-vivants gnan-gnan de Warm Bodies ; la fable SF écolo The Last Girl ; le stupide Attack of the Lederhosen Zombies… ou des déclinaisons totalement folles comme Black Sheep et ses moutons-zombies (le second degré n’est pas qu’une température…), ou bien Dead Snow et ses Nazis zombies sortis de la glace.

Alors, que ce soit dans une veine totalement déjantée (Bienvenue à Zombieland) ou plus sérieuse (Maggie, façon mélo avec Schwarzenegger), que ce soient des monuments du genre (l’excellent Dawn of the Dead en 2004, de Romero) ou des bouses intergalactiques (la farce foutraque World War Z, ses ridicules zombies et son Brad Pitt buveur de Pepsi), le mort-vivant a quitté son monde restreint de l’horreur pure pour s’ouvrir à un cinéma plus mainstream.

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Le petit écran ne s’y est pas trompé non plus : il suffit de voir la longévité de The Walking Dead, plus ou moins bien calqué sur le fantastique comic book d’origine, son spin-off Fear The Walking Dead, ou encore le surprenant Les Revenants, série 100 % made in France. Désormais, le zombie est partout. Ciné, télé, livres, mangas, jeux-vidéo… jusque dans nos rues avec les fameuses Zombie Walks, ces marches avec des participants grimés.
Toujours avide de chair fraîche humaine, il se nourrit de nous pour nourrir la culture populaire.

Le zombie est bien trop humain pour qu’on ne puisse pas ressentir un poil d’empathie et de sympathie pour lui. L’opération séduction fonctionne du tonnerre. Entre l’homme et le zombie, c’est le grand amour, finalement.

Aurélien Germain

Londres : un road trip spécial Harry Potter

Harry Potter a 20 ans : tmv vous emmène à Londres, sur les traces du sorcier le plus célèbre de la planète. Let’s go !

HARRY POTTER FÊTE SES 20 ANS !
Eh oui, 20 ans déjà que le premier tome de la saga est sorti, ça ne nous rajeunit pas. Pour l’occasion, Bloomsbury, l’éditeur de J.K. Rowlings, sort une édition collector aux couleurs des quatre maisons de Poudlard. Et tmv part à Londres le temps d’un week-end pour célébrer le petit sorcier devenu grand. Harry Potter and the Philosopher’s Stone, House editions chez Bloomsbury, à partir de 7,99 £ l’exemplaire (harrypotter.bloomsbury.com)

(Photo CLM)
(Photo CLM)

LA VISITE DE POUDLARD — EUH, DES STUDIOS, PARDON
Oui, on vit encore dans le déni et pour nous, la visite des studios de tournage Warner Bros est en fait une vraie visite à Poudlard. Prévoir 3 h 30 pour la visite et le temps de trajet en plus. Jusqu’au 12 novembre, il y a une expo spéciale sur la magie noire, et à partir du 18 novembre et jusqu’au 28 janvier 2018, c’est Poudlard sous la neige pour Noël.
>Tarifs : adulte : 39 £ ; enfant : 31 £ ; famille (2 adultes + 2 enfants ou 1 adulte + 3 enfants = 126 £, gratuit pour les enfants de 0 à 4 ans).
> wbstudiotour.co.uk

 

(Photo Warner Bros Studios)
(Photo Warner Bros Studios)
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(Photo CLM)

SE PRENDRE EN PHOTO QUAI 9 3/4
S’armer de patience en plus de son écharpe, sa cape et sa baguette magique, car il y a souvent la queue, à côté du Harry Potter Shop de la gare de King’s Cross. On y trouve le fameux signe « Platform 9 3/4 » et le chariot à moitié enfoncé dans le mur. La boutique est bien sûr une vraie caverne d’Ali Baba (notre photo) avec vêtements et accessoires en tous genres. En ressortant, on passe devant la gare de St Pancras, qui figure dans deux des films et dont la façade évoque instantanément l’univers d’Harry Potter.
>Platform 9 3/4, gare de King’s Cross, harrypotterplatform934.com

DORMIR DANS LE DORTOIR DE GRYFFONDOR
Bon, OK, pas tout à fait, pour des raisons évidentes de droits. Mais le Georgian House Hotel a très bien répliqué l’ambiance Poudlard dans ses Wizard et Enchanted Chambers. Côté tarifs, comptez à partir de 259 £ / nuit, petit-déjeuner inclus, pour 2 personnes. Il y a cinq chambres en tout pour les apprentis sorciers, dont une pour 4 personnes — à partir de 329 £ /nuit, petit-déjeuner inclus — et une autre pour 6 — à partir de 349 £ /nuit, petit-déjeuner inclus).
>35-39 St George’s Drive, London, SW1V 4DG / georgianhousehotel.co.uk

DÉCOUVRIR L’UNIVERS DE MINALIMA
Cette petite boutique au départ éphémère a la peau dure et c’est tant mieux ! Miraphora Mina et Eduardo Lima ont dessiné la lettre de Poudlard que reçoit Harry Potter, les couvertures de journaux des films, les couvertures des manuels scolaires utilisés par les sorciers… et tant d’autres choses, dont la carte du Maraudeur. Dans cette boutique-musée aux différentes ambiances selon les pièces que l’on pénètre, on est enveloppé de cet univers et on peut se procurer des reproductions officielles de nos œuvres préférées. Le paradis des vrais fans.
>26 Greek Street, Soho, 12 h-19 h tous les jours, entrée gratuite (store. minalima.com/house-of-minalima)

 

(Photo CLM)
(Photo CLM)

S’OFFRIR UNE POTION MAGIQUE POUR L’APÉRO
Tant qu’on est dans le coin des gares, on s’arrête au Booking Office, le bar du St Pancras Renaissance Hotel (qui est, comme son nom l’indique, situé dans la gare de St Pancras), pour y boire un cocktail/ potion magique. Au menu, un élixir d’amour ou un Minty Toad for the Road, servi dans une grenouille de chocolat.
>The Mystic Elixirs and Potions Cocktails, jusqu’à février 2018, de 5 à 14 £. Lundi-mercredi : 6 h 30-minuit ; jeudi-samedi : 6 h 30-1 h du matin ; dimanche : 7 h-minuit (stpancraslondon.com/en/restaurants- and-bars/pick-your-poison)

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(Photo British Library)

ALLER VOIR L’EXPO DE LA BRITISH LIBRARY
Pour fêter les 20 ans du premier Harry Potter, la British Library (c’est à quelques pas des gares de King’s Cross et St Pancras, profitez-en !) organise une exposition, Harry Potter : A History of Magic, où l’on peut découvrir des salles interactives et des pièces inédites.
>Du 20 octobre 2017 au 28 février 2018. Tarifs : adulte : 16 £ ; senior : 11 £ ; étudiants et enfants : 8 £ ; gratuit pour les moins de 4 ans.
>PACCAR Gallery, The British Library, 96 Euston Road, London NW1 2DB.

 

UN ESCAPE GAME POUDLARDESQUE AVEC ENIGMA QUESTS
Pour les plus anglophones, il existe dans Londres un escape game d’une durée d’une heure, avec formules et potions à concocter pour s’en sortir à temps. Si vous n’avez jamais reçu votre lettre pour Poudlard, c’est l’occasion ou jamais de prouver que vous la méritez !
>School of Witchcraft and Wizardry chez Enigma Quests, 90 £ pour 3 joueurs, 108 £ pour 4, 120 £ pour 5. 2-12 Wilson Street, London EC2M 7LS, métro Moorgate ou Liverpool St. (enigmaquests.london)

 

(Photo Enigma Quests)
(Photo Enigma Quests)

 

UN DÉTOUR PAR LE CHEMIN DE TRAVERSE
Leadenhall Market est un marché couvert victorien absolument délicieux — ce n’est pas pour rien que des scènes des films se passant au Chemin de traverse y ont été tournées. Chez les Moldus, on achète plutôt des fleurs, du fromage et des livres que des baguettes magiques et des hiboux mais ça n’en est pas moins un endroit très agréable pour déjeuner ou prendre le thé. Leadenhall Market, Gracechurch St., London EC3V 1LR, situé entre les stations de métro Bank, Monument, Aldgate et Tower Hill.

ON REFAIT SA GARDEROBE DE SORCIER CHEZ PRIMARK Image10
Si les prix du Harry Potter Shop vous semblent prohibitifs, rendez-vous chez Primark qui propose depuis cet été une collection assez complète de vêtements, pyjamas, linge de lit, accessoires de décoration (y compris pour Noël), mugs, chaussures, sacs et bijoux pour tous les goûts — et toutes les maisons, même si Gryffondor et Serpentard sont plus largement représentées. La collection est en boutique au moins jusqu’à la fin de l’année et des nouveautés sont régulièrement mises en rayon.
>Oxford Street East : 14-28 Oxford Street & 3 Tottenham Court Rd, London, W1D 1AU, métro Tottenham Court Rd ; Oxford Street West: 499-517 Oxford Street, London W1K 7DA, métro Marble Arch.
>Pour découvrir la collection, taper Harry Potter dans le champ de recherche sur primark.com

ACCIO LES BILLETS D’AVION !
Évidemment on oublie la poudre de cheminette, trop peu fiable, et on agite plutôt sa baguette internet pour trouver des billets d’avion Ryanair au départ de l’aéroport de Tours, à partir de 10 € l’aller-retour. Petite astuce, si vous réservez plus d’un mois à l’avance, le Stansted express ne coûte « que » 21 £ au lieu de 32 £ pour l’aller-retour.
> ryanair.com

CLM

Boîte à livres : le Prix de lecture

Mardi 12 septembre, la Boîte à livres dévoilait aux enseignants la sélection de son 6e Prix de lecture. Cette année, 3 727 élèves de Tours et des environs en seront les jurés.

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En pleine rentrée littéraire, le Ministre de l’Éducation nationale annonce vouloir « soutenir, promouvoir et étendre les initiatives destinées à susciter le goût de la lecture ». On a quelques idées pour lui ! À Tours de Bulles, Polar sur Loire, Quinzaine du livre jeunesse, Chapiteau du Livre ne seraient pas contre un petit coup de pouce !
Tout comme La Boîte à livres qui lance, en ce mois de septembre, une nouvelle édition de son Prix de lecture.

À l’origine Prix des Embouquineurs lancé au niveau national en 2002 par un groupement de libraires, il est devenu, en 2012, Prix de la BAL, 100 % Boîte A Livres, 100 % local. Cette année, pour la 6e édition, 218 classes issues d’une cinquantaine d’établissements y participent : publics et privés, élémentaires essentiellement, mais aussi collèges et lycées.
Les élèves ont jusqu’au mois de mai pour lire 5 livres sélectionnés par Sarah, Camille et Véronique, les libraires du rayon jeunesse. À la fin de l’année, les jeunes lecteurs seront appelés à voter pour leur ouvrage préféré et invités à assister à l’annonce des résultats lors d’un goûter au 1er étage de la librairie

. « On ne veut surtout pas les faire travailler, explique Camille. Le but de ce prix est de leur faire découvrir la lecture plaisir, de leur montrer qu’on peut lire autre chose que les livres de l’école, qu’ils se rendent compte de la diversité de l’offre. La lecture, c’est pour apprendre oui, mais c’est surtout pour rigoler ! » Côté enseignants, libre à eux d’exploiter le Prix comme ils l’entendent : fiches de lecture à Paul Bert, dessins pour l’école des Grands champs, etc. Une seule consigne : faire durer le plaisir de la lecture ! Cerise sur le gâteau : en fin d’année, la librairie offre à tous les participants… un livre bien sûr !

Jeanne Beutter

Ils vont vous consoler de la rentrée (ou pas)

La rentrée de septembre, c’est dur dur. Tmv vous propose un panorama de l’école vue à travers la musique, le cinéma ou encore la littérature. De France Gall aux Pink Floyd, en passant par Ducobu et La Guerre des boutons.

L’ÉCOLE ? CE SACRÉ CHARLEMAGNE… OU PAS !

« Qui a eu cette idée folle, un jour d’inventer l’école ? C’est… ce…sacré Charlemagne. » Vous l’avez probablement chantée au moins une fois dans votre vie : la chanson Sacré Charlemagne, de France Gall, est sortie en 1964. Gros carton de la période yé-yé, elle contribue à répandre une idée reçue née des dizaines d’années auparavant. Charlemagne a inventé l’école ? Pas franchement.

Explications : fut un temps, lorsque Kev Adams et Justin Bieber n’existaient pas (le bon vieux temps), Égyptiens, Grecs et Romains allaient déjà à l’école. L’enseignement, certes pas comme on le conçoit aujourd’hui, a donc cours depuis l’Antiquité. En Grèce, par exemple, l’écolier y accédait dès 7 ans pour apprendre le calcul et l’écriture. Les petits Romains, eux, s’instruisaient sur la place publique. Contrairement à ce que d’aucuns imaginent, le Moyen Âge aussi a poursuivi l’apprentissage en école. Sauf que cela était réservé aux privilégiés…

Venons-en donc à notre ami Charlemagne. C’est en 789 que ce coquinou, qui ne sait d’ailleurs pas écrire, intervient. Cette année-là, il fait publier un capitulaire modifiant le rôle du clergé et pose alors les bases de l’école obligatoire pour tous et accessible au plus grand nombre (Jules Ferry, en 1881, fignolera l’école de la République, telle qu’on la connaît maintenant). Des établissements sont ouverts dans les campagnes et les monastères. Charlemagne veut que son peuple soit cultivé et éduqué, il vient de donner une nouvelle vie à l’école.
Son oeuvre, finalement ? Simplement la propagation de l’instruction. Une idée pas si folle, n’est-ce pas France Gall ?

[youtube]https://www.youtube.com/watch?v=Rkx3dTwqEtk[/youtube]

DUCOBU, LE HÉROS ZÉRO

NEWS_DOSS_DUCOBU« Quelle belle cueillette nous fîmes : quelques hyménomycètes, des hypholomes, des helvelles, des polypores versicoles… » ÇA, c’est la dictée atroce qui – running gag oblige – revient dans tous les tomes de la bande dessinée L’Élève Ducobu, signée Godi et Zidrou. La dictée donc, bête noire d’un paquet d’entre nous, à l’époque où nos petits derrières douillets squattaient les bancs à échardes de l’école (comment ça, on exagère ?).
La hantise, aussi, du fameux Ducobu, roi des cancres et héros de cette excellente BD. L’élève, vêtu de son éternel pull à rayures, enquille les zéros et rivalise d’idées pour tricher et copier. Sa voisine de classe, c’est Léonie Gratin. Elle enchaîne les 10/10, est parfaite en tout, même en matière principale : lécher les bottes de Monsieur Latouche, l’instit’ insupportable et sadique (mais il y a forcément un tout petit mini-coeur sous son uniforme terne, voyons). Bref, L’Élève Ducobu, ce sont 23 albums, plus de 2 millions d’exemplaires vendus, et surtout l’occasion, en 48 pages, de replonger dans l’ambiance de l’école et de rappeler des souvenirs à certain(e)s. Cancre ou bon élève, vous étiez quoi, vous ?

> Mais on oublie : l’adaptation cinématographique. Le film Ducobu, sorti en 2011, se la joue comédie sympathique, mais n’arrive pas à la cheville de son modèle dessiné. Si les tout jeunes Vincent Claude et Juliette Chappey, adorables comme tout, font le job dans leurs rôles respectifs de Ducobu et Léonie, le reste tombe à plat (coucou Élie Semoun en professeur Latouche) et les gags, ronflants, ne parleront qu’aux 7-10 ans. Pour le reste, la sentence du conseil de classe est tombée : peut mieux faire.

PARCE QUE DES FOIS, L’ÉCOLE C’EST BIEN…

Le regretté Robin Williams y tient l’un de ses plus grands et plus beaux rôles : celui de John Keating. Dans Le Cercle des poètes disparus, il joue cet étrange mais fascinant professeur de lettres anglaises. Refuser l’ordre établi et bouleverser son mode de pensée via la poésie, voilà le mot d’ordre. Ce film, réalisé par Peter Weir, basé sur un enseignant anti-conformiste, est intimiste et touchant. Les dialogues sont savoureux (« C’est dans ses rêves que l’homme trouve la liberté. Cela fut, est et restera toujours la vérité. »).
Un film beau. Tout simplement.

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ANOTHER BRICK IN THE WALL II : RÉVOLTE À L’ÉCOLE NEWS_DOSS_PINKFLOYD

L’école, ce n’est pas votre truc ? L’autorité scolaire encore moins ? Alors, mettez un petit Another Brick in the Wall (part II) et poussez les potards au maximum. Cette chanson contestataire par excellence a secoué la planète en 1979. Pink Floyd vient de sortir son mythique The Wall et la « partie 2 » résonnera dans les cages à miel de milliers de jeunes des dizaines d’années après. Pendant près de 4 minutes, Roger Waters y déroule sa vision de l’enseignement. Le musicien ayant toujours détesté l’école conventionnelle et ses professeurs, il torpille l’ensemble dans une chanson devenue culte et fusille la rigidité des règles scolaires, ainsi que les châtiments corporels qui sévissaient dans l’enseignement en Grande-Bretagne dans les années 50.
Un « We don’t need no education » hypnotique, un cri de marche « Hey Teacher ! Leave them kids alone », un rythme inattendu de la part du groupe (l’idée du tempo, dansant et limite disco, avait été soufflé par leur producteur), un second couplet marquant et marqué par une chorale d’enfants (leur son a été gonflé par 12 à l’enregistrement !), des bruits de cour de récré et un prof qui crie… Tout concourt à faire d’Another Brick in the wall Part II un hymne légendaire, LA « protest song ».

> Pour dormir moins bête : en 1980, la chanson a été utilisée par 100 000 étudiants noirs d’Afrique du Sud en grève, qui protestaient contre l’Apartheid sévissant dans les écoles. En réaction, le gouvernement l’a interdite. Motif ? Incitation à l’émeute et chanson « jugée préjudiciable à la sécurité de l’État ».

[youtube]https://www.youtube.com/watch?v=HrxX9TBj2zY[/youtube]

PUNK À LA RÉCRÉ

Quoi de mieux qu’un petit Rock’n’roll high school, des Ramones ? Cette chanson punk, enregistrée pour le film flop du même nom (sorti en France sous le titre Le Lycée des Cancres…), est un hymne pour les « anti-bahut ». Le mot d’ordre ? On s’en fout, on serait bien mieux ailleurs qu’à l’école. Il suffit de traduire les paroles. Petit extrait : « J’en ai rien à faire de l’Histoire / je veux juste me faire quelques gonzesses / je déteste les profs et le principal. » De véritables poètes.

[youtube]https://www.youtube.com/watch?v=c5vh0QHUA1w[/youtube]

BRASSENS ET LE TITRE INÉDIT

La chanson s’appelle La Maîtresse d’école. Vous aurez beau chercher dans les tréfonds de YouTube, vous ne trouverez jamais l’originale de Georges Brassens. C’est l’un de ses derniers textes, un titre inédit qui a cependant été repris par une palanquée de chanteurs, Le Forestier en tête.
Et quel dommage de n’avoir jamais pu écouter l’extraordinaire Brassens scander ces vers délicieux, où il raconte ses premiers émois amoureux avec sa jolie maîtresse d’école aux méthodes pédagogiques plutôt… originales, le premier de la classe ayant droit à « un baiser libertin, un patin » ! Délicieusement poétique et bourré d’humour.

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POUR LES COQUINOUS (ET UN POIL REBELLES)

En 1984, le guitar-hero Eddie Van Halen publie Hot for teacher (ceux qui ont séché les cours d’anglais en 4e iront sur Google pour la traduction). Dans cette chanson aux paroles potaches/lubriques/coquines (ne rayez pas la mention inutile), Van Halen raconte à quel point il fantasme sur sa prof. Le clip, éloquent à souhait, finit d’illustrer un titre rock et énergique qui prouve que certains ont tout de même bien été contents d’aller en cours…

[youtube]https://www.youtube.com/watch?v=LetJHQ_V05o[/youtube]

> L’anecdote qui tue : en 2012, un étudiant à l’Université d’Oakland, visiblement fan de sa prof (et de Van Halen), a été renvoyé pour avoir écrit une thèse intitulée « Hot for teacher ». Il a donc décidé de poursuivre l’école en justice, réclamant en même temps 2,2 millions de dollars. Le juge a rejeté sa plainte.

> Si vous êtes plus Eddy Mitchell qu’Eddie Van Halen : les plus réservés opteront pour sa chanson Ma Maîtresse d’école. Moins libidineux que Hot for teacher, mimi et poétique, le Schmoll, comme on le surnomme, y raconte son enfance à l’école, où « quelqu’un possédait [s]on coeur » : sa « maîtresse aux yeux si doux » dont il était fou. Moh !

POUR LES ÉNERVÉS DE LA RENTRÉE

> Côté musique, Back to school de Deftones (l’un des fondateurs du nu metal) devrait permettre à certain(e)s de crier un bon coup avant la rentrée. La chanson, insolente comme il faut, est une vaste moquerie vis-à-vis de l’enseignement scolaire vu ici comme une machine à concevoir des gens tout bien, tout beaux.
> Michel Sardou, un punk avant l’heure ? En 1972, Michou enregistre Le Surveillant général, pamphlet bien énervé contre les internats. Un titre dans lequel son ancien surveillant général justement en prend pour son grade : « Je n’oublierai jamais le regard de vipère / Que m’avait lancé ce vieux rat » (et bim) balance Sardou qui, lui, ne pensait qu’aux jeunes femmes. Quelques années plus tard, dans Les Deux écoles, il s’en prend à l’école libre. Idem avec Le Bac G, où il démolit ce « bac à bon marché dans un lycée poubelle », sans débouchés. À croire que l’artiste n’a pas franchement aimé sa scolarité et l’école. L’ironie de la vie veut que maintenant, les soirées étudiantes se finissent généralement avec Les Lacs du Connemaaaarraaaa, beuglé avec deux grammes dans chaque œil.

> Côté ciné, méfiez-vous des jolies filles. La preuve avec la sublime Megan Fox dans le film Jennifer’s Body. Personne ne résiste à cette beauté fatale au lycée ? Pas de bol, la demoiselle est en fait possédée par un démon et se transforme en mangeuse d’hommes. Littéralement. Bon ap’ !
> La vie n’est pas rose pour Carrie. Elle va même devenir rouge, lorsqu’elle se fait renverser un seau de sang de porc dessus lors du bal du lycée. Il faut dire que la jeune Carrie est la tête de turc des filles du collège. Mais lorsque ses pouvoirs surnaturels se déclenchent, plus personne ne fait le malin (à part le diable). Carrie, le roman du maître Stephen King, est époustouflant. Son adaptation ciné par Brian de Palma est extraordinaire. À vous de choisir !

[Retrouvez l’intégralité de notre dossier dans le numéro 263 de tmv]

HongFei Cultures : entre la Chine et la Loire

Installée au cœur de la Touraine depuis quatre ans, la maison d’édition HongFei Cultures est née à Paris en 2007. Elle fête cette année ses dix ans de création d’albums pour enfants.

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À l’entrée d’Amboise, avenue de Tours, la Loire est toute proche. Au numéro 73, un portail de guingois s’ouvre sur le jardin de l’ancienne maison de vigneron, où se sont installées les éditions HongFei Cultures. Créées il y a 10 ans, par Chun-Liang Yeh, Chinois installé en France, et Loïc Jacob, originaire de Champagne, elles font partie de ces nombreux petits éditeurs qui parsèment le territoire français et cultivent leur particularité, défendent leur indépendance.
« À l’époque de la création d’HongFei, nous constations que, dans la littérature de jeunesse, la Chine était traitée de manière très stéréotypée, explique Loïc Jacob, sous le regard attentif de Chun-Liang Yeh. On y retrouvait généralement la panoplie du Chinois telle que les Européens l’imaginent, sous son aspect le plus exotique : l’homme coiffé de son chapeau ou la petite fille malheureuse à protéger. Ce n’est pas un problème en soi. Mais nous voulions nous démarquer de cela et faire résonner dans nos livres, d’une part la rencontre de nos deux cultures et d’autre part le rapport aux autres, à la différence. »

Les deux créateurs de HongFei Cultures.
Les deux créateurs de HongFei Cultures.

Mais comment transmettre au mieux cette interculturalité ? En la pratiquant tout simplement. En mêlant textes de littérature chinoise, anciens ou contemporains, et illustrations d’artistes français. « Nous sélectionnons toujours des écrits d’une très grande qualité littéraire, raconte Chun-Liang Yeh, éditeur mais également auteur. Je m’efforce de les adapter pour les enfants tout en restant fidèle au texte d’origine. »

Viennent ensuite le long travail de collaboration avec l’illustrateur puis la mise en page, le choix du papier, l’impression… Au fil des années, se sont ajoutés au catalogue des titres sans lien avec la Chine mais ayant à cœur de transmettre les mêmes valeurs d’ouverture et d’altérité. « En réalité, il n’est pas toujours question de ce pays dans nos livres, précise Loïc Jacob. On parle d’amour, de mort, de paysages, de jardins, mais avec un certain regard. Nos personnages sont d’abord des hommes, des femmes ou des enfants avec une âme, des émotions. Il se trouve qu’ils sont souvent Chinois. N’importe quel lecteur, enfant ou adulte, peut s’y reconnaître par empathie, fut-il à l’autre bout du monde. »

UN SUCCÈS ET LA RECONNAISSANCE

En 10 ans, les albums de HongFei Cultures ont su séduire les professionnels et ont trouvé leur lectorat. Bibliothécaires, libraires, critiques et parents reconnaissent la qualité des ouvrages. Implantée à Amboise depuis 2013, HongFei s’est rapidement intégré au réseau professionnel local. Ciclic, l’agence régionale du Centre pour le livre, l’image et la culture numérique lui confirme chaque année son soutien. L’association Livre Passerelle en a fait son partenaire pour identifier les illustrateurs qu’elle reçoit en résidence. Les libraires sont attentifs à la dizaine de parutions annuelle.
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Les raisons d’un tel engouement ? « Une démarche intéressante et particulière, assure Danielle, libraire chez Libr’enfant à Tours. Nous n’aimons pas forcément tout, évidemment, mais nous les suivons de près et sommes rarement déçues. Il y a un travail énorme et une vraie recherche derrière chaque album. » À l’instar de « Te souviens- tu de Wei ? » dans lequel on découvre l’histoire des travailleurs chinois appelés à prendre part à l’effort de guerre entre 1916 et 1918 en France. Dans « Mamie Coton compte les moutons », c’est l’amour qui est abordée de manière subtile. « L’autre bout du monde » interpelle le lecteur sur le lien entre les générations à travers l’histoire tendre de Langlang.
« Il est important de ne pas simplement re-connaître, au sens de connaître à nouveau, les différences mais de reconnaître réellement la diversité. Personnellement, je ne suis pas très inquiet de voir des gens arriver des quatre coins de le planète et de les voir se fréquenter. » Les quelque soixante-dix albums du catalogue de HongFei vont bien dans ce sens, invitant le jeune lecteur à « envisager » l’autre et l’ailleurs.

Jeanne Beutter

> Retrouvez le parcours de cet éditeur au travers d’une exposition intitulée « HongFei Cultures, 10 ans d’édition. Un métier. Une maison. » Du 6 juin au 29 juillet, à la Médiathèque des Fontaines

> Carte blanche est donnée à Mélusine Thiry, artiste plasticienne éditée par HongFei Cultures, en présence de Chun-Liang Yeh et de Loïc Jacob. Samedi 17 juin à 17 h, à la Médiathèque des Fontaines

> La dernière parution des éditions HongFei a été conçue à Tours, lors de la résidence de Valérie Dumas, portée en 2016 par l’association Livre Passerelle. L’auteure et son mari Jean-Pierre Blanpain signent un album sincère et doux. Une histoire de pierre de rêve… « Miss Ming » est disponible en librairie, depuis le 1er juin 2017.

Nota Bene passe de Youtube au papier

Sur YouTube, ses vidéos qui racontent l’Histoire de façon divertissante cartonnent. L’autodidacte Benjamin Brillaud, tête pensante de Nota Bene, passe au papier : le Tourangeau vient de publier son premier livre, Les pires batailles de l’Histoire.

Benjamin Brillaud, de Nota Bene, et son joli tshirt chaton (Photo tmv)
Benjamin Brillaud, de Nota Bene, et son joli tshirt chaton (Photo tmv)

En septembre 2015, vous disiez dans tmv que la meilleure façon d’intéresser les gens à l’Histoire, ce n’était pas en les écrasant de dates mais en racontant histoires et anecdotes. Vous êtes toujours sur la même ligne ?
Oui mais cela se fait toujours en contextualisant. C’est la technique de la carotte : c’est une méthode, mais j’insiste sur le contenu. L’anecdote attrape et emmène l’internaute ou le lecteur vers un horizon plus large. J’ai récemment fait un épisode sur Marignan. Marignan, 1515, oui bon d’accord. Mais quel est le contexte, et contre qui a eu lieu la bataille ?

Vous avez lancé Nota Bene en 2014. Deux ans après, voilà un livre. Un passage obligé pour les youtubeurs ?
Non… J’ai écrit ce livre car des éditeurs sont venus me voir. J’ai eu de la chance, car quatre ou cinq se sont montrés intéressés. C’est une chance. Surtout quand on voit à quel point il est difficile de se faire éditer. Cela aurait été bête de laisser passer ça. Et puis c’était un rêve de gosse de faire un bouquin ! Là, c’est un défi. C’est tellement différent d’une vidéo.

Quatre ou cinq éditeurs, c’est bien !
Il ne faut pas se leurrer. Comme je l’ai dit dans une interview à Télérama, ils ont aussi vu le potentiel commercial. Mon défi, c’était de faire le meilleur ouvrage qui soit. Je me suis énormément concentré sur ce livre. J’en suis sorti épuisé !

Dans chaque chapitre, il y a plusieurs parties…
Je voulais dynamiser l’ensemble. Il y a les faits, mais il y a aussi un bout de fiction historique. Un petit passage concret pour nous plonger dans la bataille. On peut greffer ça à l’histoire principale. Il y a aussi « Pendant ce temps-là, dans le monde » : là, j’ai essayé de m’ouvrir.

Les Pires Batailles de l'histoire J’ai d’ailleurs trouvé ça très intéressant. Vous y abordez tout ce qu’il s’est passé dans le monde pendant ce temps. Pourquoi cette réflexion ?
L’Histoire, ce n’est pas que la France. J’avais envie de ça dès le début. D’explorer ! Quand je parle de la bataille à Azincourt : oui, okay, mais… ailleurs ? Qu’est-ce qu’il se passait ? Les batailles sont des « carottes », il faut comprendre ce qu’il se passe avant. Par exemple, concernant la Baie des Cochons, il faut aborder les relations passées entre États- Unis et Cuba.

Pourquoi ce thème des « pires batailles » ?
Au début, il y avait plusieurs projets. Mais celui-là s’inscrivait le mieux en livre. Bon, ça reste un titre, hein… (sourire) Des batailles qui ont mal tourné, il y en a partout, sur tous les continents, sur toutes les périodes. Ce sont des situations dramatiques et parfois « rigolotes » qui peuvent intéresser les gens.

Le livre semble bien plus sérieux que les vidéos YouTube…
Oui. Je n’ai pas voulu faire de la blague pour faire de la blague. Je voulais plus de sérieux et parfois, des situations plus légères quand on les analyse avec le recul. Voir que, derrière ça, il y a du concret, des hommes, une histoire politique, économique…

On peut penser aux chapitres du siège de Courtrai ou du Port de Helder notamment, mais dans tout le livre, vous vous attachez à des faits pas si connus que ça.
Oui, il fallait un mix de batailles connues comme Azincourt ou Marathon et de faits moins connus du public. Je vise un large public. L’ouvrage est léger sur la forme. Les abonnés YouTube vont apprécier, mais les autres aussi. Je ne suis pas historien. J’ai envie de toucher tous les publics et je suis demandeur des retours. Tout ça, c’est un bébé de 10 mois de travail ! Je ne veux pas décevoir, c’est un exercice nouveau pour moi.

En parlant d’historiens, comment réagissent-ils face à l’autodidacte que vous êtes ?
Très bien, généralement. Ils savent que ce ne sont pas des cours, mais que l’objectif est de faire s’intéresser à l’Histoire. Que les gens s’ouvrent… La force de Nota Bene, justement, c’est que je ne suis pas historien.

Le choix des batailles a-t-il été difficile ?
Oh oui. Il y en avait tellement… Et il me fallait beaucoup de sources. J’ai notamment voulu parler de la Bataille de la Falaise rouge, mais il n’y avait pas assez de sources occidentales. Et je ne parle pas vraiment chinois ! (rires) Au départ, il y avait 20 batailles, mais j’en ai gardé 15 pour mieux les développer.

Ah, un volume 2 alors ?
Pourquoi pas ? Là, je vais plutôt me reconcentrer sur mes vidéos, sur Nota Bene. J’en suis à 418 000 abonnés, ça a beaucoup augmenté. Certains formats de vidéos engrangent 200 à 300 000 vues.

L’an dernier, vous disiez que Nota Bene, c’était « votre bébé, votre vie, votre métier ». Vous en vivez ?
Oui. Grâce à la pub, mais aussi au financement participatif et surtout, je développe des relations avec les institutions pour des partenariats. Nota Bene

Vous allez participer aux Salons de Choiseul bientôt. Qu’est-ce qui nous attend ?
Euuuh (rires)… J’ai tellement de choses en ce moment ! (il fouille son portable) Ah oui, c’est le vendredi 18 ! Je vais parler de Youtube et l’essor de la culture populaire auprès des jeunes. Il y a de plus en plus de jeunes sur la création de programmes. De nos jours, beaucoup d’entre eux se disent que la physique ou l’Histoire, c’est cool, ils se déplacent aux conférences, etc. Il y a un renouveau de la culture populaire sur le web. L’accès à la culture est hyper important.

Nota Bene, un livre, le succès…Et maintenant ?
Mon planning est bouclé jusqu’à l’an prochain, je souhaite que ça continue. Il y aura aussi le festival d’Histoire à Montbazon que j’organise les 22 et 23 juillet. J’adore ça. Il y a de gros projets de web documentaire en cours, d’ici mi-2017. J’ai hâte !

> Rencontre et dédicace à La Boîte à livres le 14 novembre, à 19 h 30.

> Conférence aux Salons de Choiseul, le 18 novembre à 14 h 30 (inscriptions sur lessalonsdechoiseul.wordpress.com)

> La chronique du livre Les Pires batailles de l’Histoire, à retrouver ICI.

[youtube]https://www.youtube.com/watch?v=ejr4n9a33gc[/youtube]

L’amour par les (gros) mots !

Manon Moncoq, jeune étudiante en anthropologie à Tours, est aussi éditrice. C’est elle qui a réédité l’excellent Dico des gros mots cachés dans les mots, de sa maman Edith. Au-delà d’un parcours étonnant, une belle histoire d’amour entre une fille et sa mère.

Manon Moncoq, avec les livres réédités (Photo tmv)
Manon Moncoq, avec les livres réédités (Photo tmv)

C’est l’histoire d’un livre. Coquin mais malin, insolent mais savant. C’est l’histoire d’une fille et de sa mère. C’est une histoire de mots, d’amour, de vie. Manon Moncoq a 21 ans. Elle est étudiante en anthropologie à Tours. Mais elle aussi et déjà éditrice. Elle édite Edith. Sa maman. Auteure, par ailleurs, du jubilatoire Dico des gros mots cachés dans les mots.
Pour tout comprendre, il faut remonter dans le temps. Direction les 4 ans de Manon. À cette époque, elle est « en mode pipi caca zizi », comme elle le dit. Sa mère l’habille d’une salopette et lui dit qu’il y a deux gros mots cachés dans son pantalon. Si elle les trouve, elle peut lui dire dans le creux de l’oreille. « Il y a salope et pet ? », ose Manon. « Vite, cache-les dans tes poches, car les gros mots, ce n’est vraiment pas beau. Et si tu veux en dire, tu n’as qu’à dire ceux qui sont cachés dans les mots normaux », lui répond sa maman Edith. L’idée de son fameux dico était née. L’ouvrage paraîtra en 2008, en auto-édition. Un petit trésor, fondé sur des bases étymologiques et des définitions très personnelles et qui dévoilent « la fesse cachée des homonymes », comme l’écrit Edith. Canne à pet, corps nichons, ou encore con joint et précis pisse… Autre exemple ? « Chie ouah ouah : de l’argot chier “ emmerder ’’ et de ouah ouah “ aboyer ’’. Petit chien de merde. »

(Dessin David Gouzil)
(Dessin David Gouzil)

Le petit ouvrage cartonne. Dévoilant même sa grivoiserie sur Canal +, encensé par l’animatrice Daphné Bürki. Edith, ancienne directrice de création dans la pub « qui rêvait d’être écrivain », dixit sa fille Manon, voit son oeuvre devenir collector. Et puis arrive 2011 . La voix de Manon devient plus sourde quand elle raconte. Écrit en son propre nom après une cessation d’activité 8 ans auparavant, la justice décide qu’Edith n’a plus le droit de commercialiser son livre. Retiré de la vente. Un coup de massue terrible. « J’avais 16 ans. Pour moi, ce n’était pas possible. C’était une injustice. J’ai attendu d’être majeure pour l’éditer. Je l’ai fait pour elle, pour notre histoire », se souvient Manon.

En 2014, boulimique de lecture, amoureuse des mots, la toute jeune Manon se retrouve donc propulsée à la tête de Tache d’encre, sa maison d’édition rien qu’à elle. Un monde qu’elle ne connaît pas du tout. Chronophage, alors qu’elle doit aussi jongler avec ses (longues) études. Après un passage par Poitiers, Manon est aujourd’hui en master d’anthropologie à Tours. Son objectif ? Décrocher le doctorat.
Alors concilier l’édition et les cours, « c’est difficile certes, mais ma mère m’a toujours tiré vers le haut ». De toute façon, Manon, qui partage sa vie avec Châtellerault (normal, sa maman y est), s’est donnée à 200 % dans cette aventure. « Le monde éditorial est dur. En 2016, c’est laborieux. Mais c’est une richesse », dit-elle. Avant de rappeler de nouveau que derrière tout ça, il y a aussi « mon amour pour ma mère ». « C’est l’un des plus beaux cadeaux que je lui aie fait », souffle-t-elle. Fin 2014, Manon permet donc à sa mère de rééditer son célèbre dico. Une sorte de best-of, cette fois agrémenté d’illustrations. « Interdit aux personnes majeures sans esprit », comme le dit Manon dans un sourire. Une sortie qui sera assombrie par le drame de Charlie Hebdo quelques jours plus tard. La date de sortie du deuxième opus, en novembre 2015, tombera pendant l’horreur du Bataclan. Double peine.

DES MAUX AUX MOTS

(Dessin Laurence Bastard)
(Dessin Laurence Bastard)

Manon est toujours aussi fière de sa mère. De « ce projet fou ». Parvenir à éditer ce Dico des gros mots cachés dans les mots. Deux cent trente pages cachottières à souhait. Enquillant les coquineries, les drôleries et l’amour de l’étymologie. Vingt dessinateurs, recrutés sur Facebook, illustrent la chose. Zéro censure. Manon déteste ça de toute façon. « On défend la cause de l’artiste qui est aujourd’hui bafouée », ose-t-elle. Alors ici, le subversif côtoie le salace, le caustique s’acoquine avec la gauloiserie. « Totale liberté. C’est leur premier jet ! »

Finalement, Manon Moncoq, 21 ans, étudiante et éditrice, c’est qui, c’est quoi ? Le symbole de l’amour d’une fille pour sa mère ? Oui. Parce que Manon a voulu faire de cette aventure un projet commun par tous les moyens. Effacer les sales années et montrer à tout le monde à quel point celle qu’elle considère comme sa « meilleure professeure » réussit à « faire parler les mots ». « Elle m’a ouvert les yeux sur la littérature. Elle aime la poésie qu’il y a dans une phrase. Mais au-delà de ça, je suis très proche de ma maman. L’édition du Dico a concrétisé nos relations. Nos parents sont très importants. Je me demande parfois comment certain(e)s peuvent les rejeter », ajoute Manon, visiblement touchée, les yeux qui brillent.

Le futur, les projets ? Manon hésite. Ne sait pas trop. « On en discute beaucoup », tient-elle tout de même à souligner. En attendant, avec cette saga du Dico, c’est une jolie page qui s’est tournée. La claque de 2011 et de la première version retirée du commerce est passée. Pensant à sa mère, la fille susurre : « On a eu notre revanche… »

> Le dico des gros mots cachés dans les mots, d’Edith (Tache d’encre éditions). 22 €.
> Ledicodesgrosmotscaches.com

(Dessin Christian Creseveur)
(Dessin Christian Creseveur)

Polar sur Loire : ça va saigner !

Polar sur Loire, c’est le 5 novembre à Tours ! Les amoureux/ses de littérature vont se régaler.

Oubliez la douceur de vivre, le long fleuve tranquille qui berce la Touraine, ses petits châteaux coquets, son vin doux et ses rillons. La région a une autre spécialité, plus piquante : l’auteur de polars. Et ils sont bien plus nombreux qu’on ne le croit !
Avec zéro subventions mais beaucoup d’énergie, trois d’entre eux ont décidé de tenir salon pour la première fois ce 5 novembre, salle Ockeghem, dans le Vieux Tours. Un lieu emblématique de la ville mais assez intime pour un rendez-vous chaleureux, car les organisateurs refusent de créer une manifestation avec des auteurs « en rang d’oignons ».

Pas de prix, pas de ruban rouge, mais une rencontre à la bonne franquette pour permettre aux amateurs de polar de papoter avec vingt-deux plumes acérées (comme Adrian Mathews, invité d’honneur, ou encore Béatrice Egémar, Jean-Paul Pineau, Jérémy Bouquin, Michel Douard, Michel Embareck…)
Et il y en aura pour tous les goûts : thriller, roman noir, espionnage, historique, fantastique ou carrément délirant, le polar, comme la poésie, est une littérature complète à elle toute seule. Certainement la recette de son succès, puisqu’on la dévore de 7 à 77 ans. Comment ne pas souhaiter longue vie à Polar sur Loire ?

>Le 5 novembre. Gratuit.
> Plus d’infos sur polarsurloire.hautetfort.com

polar sur loire

Tours de sang : la face cachée de la ville

Vous aimez les histoires mignonnettes, qui se finissent bien, avec des cœurs et des paillettes ? Eh bien… tant pis ! Tours de sang, un roman entièrement réalisé par les étudiants de l’Esten, s’inspire des faits divers sanglants de Touraine. Ambiance !

(Illustration : Yann Morfoisse)
(Illustration : Yann Morfoisse)

« Oubliez sa culture si riche, ses châteaux si grands, et sa Loire si belle. Faites place à la pure horreur. » La phrase, extraite de la quatrième de couverture, annonce la couleur. Celle du sang. La Touraine façon faits divers et histoires pas franchement joyeuses, c’est ça, Tours de sang. L’idée vient des étudiants de l’école Esten Sup’édition, à Tours. Un projet éditorial scolaire qui a fait trimer une quinzaine d’élèves, âgés de 18 à 25 ans, pendant des mois.
Le résultat ? Un ouvrage de 115 pages qui sort ce mercredi 26 octobre, notamment à La Boîte à livres.

Si l’an dernier, leurs camarades avaient accouché d’un livre pour enfants (Contes et légendes de Touraine), ce n’est pas peu dire que la nouvelle promo a pris le contre-pied total. « Cette idée d’un roman sanglant, c’est aussi une manière de marquer une certaine originalité », confirme Éloïse Douillard, l’une des étudiantes du projet. « La seule chose que l’on s’est imposée, c’était de ne pas traiter de faits divers trop récents, afin de ne pas heurter certaines sensibilités ou personnes. »

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Tours de sang (éditions Incunables 2.0). 12,90 €

Ici, on s’inspire davantage des histoires réelles (et bien glauques) qui se sont déroulées au cours de ces derniers siècles. En les réécrivant : « Au début, trois d’entre nous ont fait des recherches sur des faits divers et des affaires criminelles en Touraine, pour en faire un synopsis qu’ils ont ensuite remanipulé. Les écrivains recevaient le sujet et devaient rédiger leur nouvelle à partir de ça », résume Éloïse. En découlent donc douze histoires, où le lecteur finit par cogiter pour retrouver de quels faits divers elles s’inspirent. Pas de vraies identités, mais parfois, quelques indices.

La nouvelle « C’est enfant que l’on apprend » ? Le détail de l’adresse nous rappelle Zeiro Finatti, alias le Monstre de la rue du Cygne, assassin de prostituées en 1924. « Un plat bien mystérieux » ? Pas de doute, celle-ci fait référence à l’affaire Sylvie la dépeceuse, en 1988. « Étaler juste un fait brut n’était pas une bonne idée. Le fait de romancer la chose, c’était plus compliqué à écrire, d’autant qu’il fallait se mettre dans la peau du personnage. Mais c’est plus surprenant aussi », argumente Éloïse.

Dotés d’une enveloppe de l’école de 4 000 €, les étudiants ont dû se débrouiller de A à Z. Et gérer le budget. Le prix qu’ils ont fixé pour leur livre sera réinjecté dans les projets futurs de l’Esten. Pour le reste, ils ont pu compter sur un imprimeur allemand, « emballé par le projet », et l’éditeur Sutton pour la distribution des 600 exemplaires. Pour fêter la sortie de Tours de sang, la fine équipe se fend aussi d’une soirée de lancement avec apéro dînatoire, vendredi 28 octobre (18 h, au Campus, entrée libre). Son nom ? La Blood party. Évidemment.

> toursdesang.fr ou facebook.com/toursdesang  

Prix roman tmv : and the winner is…

Notre blogueuse Mademoiselle Maeve vous fait découvrir les cinq romans qui étaient en lice pour le sprint final. A vous de les lire et de vous faire votre idée !

PRIX DU ROMAN TMV / LE GAGNANT :

LES GRANDES ET LES PETITES CHOSES, DE RACHEL KHAN (éditions Anne Carrière) Image5

Sous le nom de Nina Gary, Rachel Khan raconte son histoire. Celle d’une jeune fille de dix-huit ans qui cherche sa place entre un père Gambien qui refuse qu’elle reproduise les clichés de ses origines, un grand-père juif polonais qui lui a transmis sa religion et sa mère qui a été traumatisée par la guerre. Difficile de trouver sa place au milieu de toute cette richesse culturelle et de ses propres envies : la fac de droit, l’athlétisme, les premiers émois… Les grandes et les petites choses est une belle découverte, un excellent premier roman qui lui vaut le prix du roman tmv. La Tourangelle a trouvé sa voix en même temps que sa voie.

Et sinon :

UN AUTRE MONDE, MICHKA ASSAYAS Image4
(Rivages)
Le journaliste spécialiste du rock – il a notamment travaillé pour France Inter, France Musique et Les Inrockuptibles et écrit plusieurs ouvrages sur le sujet – revient sur sa carrière et sur le groupe qu’il a créé avec son fils pour se rapprocher de lui alors qu’il sentait qu’un fossé se creusait entre eux. Une immersion dans l’histoire de la musique post-punk que les amateurs de la scène musicale des années 80 et 90 apprécieront. En revanche, les non mélomanes se sentiront peut-être un peu décontenancés face à toutes les références musicales de l’auteur.

Image8VICTOR HUGO VIENT DE MOURIR, JUDITH PERRIGNON
(l’Iconoclaste)
22 mai 1885, Paris est en deuil, Victor Hugo vient de mourir. En attendant les funérailles, la ville retient son souffle et son chagrin. Sa famille, le peuple, les politiciens, tout le monde se retrouve orphelin. Le roman de Judith Perrignon raconte les quelques jours qui se sont écoulés entre le décès d’Hugo et ses funérailles. Victor Hugo vient de mourir, dans un style très agréable à lire, permet de réaliser à quel point l’homme était apprécié, à quel point son absence laisse un trou béant dans le coeur de tous les Parisiens. À noter aussi, l’esthétique du livre et la belle mise en page des éditions L’Iconoclaste qui rend la lecture vraiment agréable.

L’APPEL DES ÉLÉPHANTS, MARTINE LE COZ Image6
(Michalon)
L’appel des éléphants immerge le lecteur dans le quotidien d’Anil, un cornac indien qui se rend au Botswana pour enseigner le métier de dresseur d’éléphants dans un centre touristique. Sur place, le jeune homme va se retrouver confronté au massacre des éléphants, traqués pour leurs défenses. Le rythme du roman est très lent au départ – on s’imagine très bien en balade sur le dos d’un éléphant avançant au pas et l’on espère qu’il accélérera un peu avant la fin. Eh oui, ouf !, l’intrigue finit par accrocher le lecteur qui ne peut pas s’empêcher de se prendre d’affection pour les personnages principaux du roman : les éléphants.

Image9SANS ÉTAT D’ÂME, YVES RAVEY
(les Editions de minuit)
John Lloyd a disparu. Sa petite amie fait appel à Gu qu’elle connaît depuis l’enfance pour essayer de retrouver son fiancé américain. Mais Gu, amoureux de Stéphanie, n’a pas vraiment envie de voir réapparaître son rival. Lorsque le frère de John débarque, les choses se corsent. Sans état d’âme est un roman court (moins de 130 pages), écrit dans un style très épuré et précis. On retrouve un peu l’esprit des polars ruraux, taiseux – les amateurs de Franck Bouysse apprécieront. On peut seulement regretter que la fin arrive un peu vite et qu’on la voit arriver d’un peu loin…

> Retrouvez tous les coups de coeur de mademoiselle maeve sur son blog : http ://mademoisellemaeve.wordpress.com

Encore merci à nos partenaires : La Boîte à Livres en tête, bien sûr, avec qui est née l’envie de ce prix, mais aussi le Cabinet d’avocats Vaccaro, le Crédit Mutuel, Fil Bleu Kéolis, L’hôtel de l’Univers, toujours fidèles au poste et prêts à remettre le couvert.

Les légendes de Touraine se racontent aux enfants

Vingt-et-un élèves de l’Esten, l’école multimédia spécialisée dans l’édition et la communication, ont travaillé dur pour sortir Contes et légendes de Touraine. Un ouvrage qu’ils ont réalisé de A à Z, entre aventures épiques et univers fantastique, le tout à la sauce tourangelle…

L'ouvrage sort ce 21 octobre (Photo tmv)
L’ouvrage sort ce 21 octobre (Photo tmv)
(illustration extraite du livre Contes et légendes de Touraine)

Il était une fois des étudiantes et étudiants de l’Esten, à Tours, passionnés par le patrimoine tourangeau. Âgés de 18 à 24 ans, ils s’aimèrent beaucoup, travaillèrent dur et eurent beaucoup d’enfants. Cinqcents au total (oui, ça fait un paquet de bébés) qu’ils appelèrent « Contes et légendes de Touraine ». Parce que c’est vraiment ça dont ont accouché les élèves : un gros bébé de 100 pages. Un chouette ouvrage, sous la bénédiction du directeur de l’Esten Emmanuel Roc, qui sera vendu à Tours et aux alentours. Le résultat de mois de travail pour ces élèves de première année.
« C’est un projet éditorial scolaire : il fallait que l’on réalise un livre, avec pour seule contrainte, de parler de la Touraine. On s’est rendu dans des librairies et on a remarqué que ce qui marchait le mieux, était le marché de l’enfance. Comme la région compte beaucoup d’histoires, le choix était fait… », raconte Julie Allain. Elle est l’une des « chefs » du projet. Le mot n’est pas très joli, mais soyons fous, utilisons-le. Parce que 21 élèves qui se concertent, réfléchissent et bossent ensemble, ça peut vite tourner au grand n’importe quoi. « Les profs sont là pour nous chapeauter, bien sûr, mais on est lâchés dans la nature ! », sourit Julie.

Visiblement, ils ont survécu puisque leur Contes et légendes de Touraine est dans les bacs. Et c’est un livre magnifique. Pro jusqu’au bout de la reliure. Au sommaire, quatorze histoires : du célèbre Fritz l’éléphant à Guipé le pigeon blanc d’Ussé, en passant par la Fontaine des amoureux. « On a effectué un sacré travail de recherche pour toutes ces légendes. Jusqu’à lire des livres en vieux françois. Impossible de faire appel à de vrais auteurs, ils étaient trop chers ! » Alors les étudiants à l’aise avec leur plume se lancent dans la rédaction. Les autres se répartissent la maquette, les dessins (10 à 15 heures par illustration !), les couleurs. « On a tout fait tout seul », souffle Julie. La classe a même été jusqu’à démarcher un créateur de typographie au Danemark ! « On allait payer et en fait, il a adoré le projet. Il nous a permis d’utiliser sa typo gratuitement ! » L’impression, elle, s’est faite en Italie car les tarifs étaient plus bas.

UN LIVRE POUR TOUS

Pas peu fière du travail réalisé par ses coéquipier(e)s et elle, Julie est hyper enthousiaste. Nous montre l’ouvrage. Tourne les pages en souriant. Il y a plein de couleurs, de vie. Les textes se mêlent au dessin. Coeur de cible ? Les 7-8 ans. Si les parents pourront lire ces légendes tourangelles à leurs enfants, ils pourront aussi leur laisser le livre : le format a été adapté pour que les petits puissent le tenir entre leurs mains. Au final, un ouvrage pour les jeunes. Et surtout pour tout public.

(illustration extraite du livre Contes et légendes de Touraine)
(illustration extraite du livre Contes et légendes de Touraine)

Parce qu’après leurs recherches, les étudiants de l’Esten ont bien vu que certaines légendes étaient un peu… trash, dirons-nous. Exemple ? Le coeur Navré, au hasard. Situé près de la rue Colbert, à Tours, ce passage était en fait le chemin emprunté par les condamnés à mort qui allaient se faire zigouiller place Foire-le-Roi, où attendait l’échafaud. Pas franchement jojo pour des enfants… « Même l’histoire de Fritz qui meurt, c’était un peu tendu. On ne voulait pas choquer », souligne justement Julie. Dans leur livre, la mort de l’éléphant est limite poétique : « C’est alors que Fritz quitta ce monde, emportant avec lui tous ses souvenirs du cirque et ses belles découvertes des dernières semaines. »

Désormais, les 21 étudiants croisent les doigts pour que les lecteurs soient au rendez-vous. Sorti ce mercredi 21 octobre, Contes et légendes de Touraine sera vendu dans plusieurs points de vente du coin, notamment à la Boîte à livres et dans des grandes surfaces et à la Fnac (novembre).

EDIT : Claudine Chollet, auteure tourangelle, a rédigé la préface du livre et ce, bénévolement.

Au pays de Nébine Dominguez…

Nébine Dominguez est une auteure jeunesse installée à Luynes. Cette maman d’un enfant handicapé vient de sortir le troisième livre d’une saga destinée aux 4-6 ans avec des personnes invalides.

Enceinte de son troisième enfant, Nébine Dominguez est ravie. Elle vient juste de conclure un partenariat avec une grande enseigne de jouets. Du 17 au 31 juillet, elle participera à la première édition de la grande fête du livre jeunesse, Lire en short. Une nouvelle récompense pour cette maman qui se bat depuis la naissance, en 2003, de son premier garçon, atteint d’une maladie orpheline et lourdement handicapé. Lasse des moqueries que son fils subissait, cette femme d’affaires passionnée par l’écriture a décidé d’agir à sa manière.

Nébine Dominguez

« Je me sentais frustrée, il fallait que je trouve un moyen pour lui venir en aide. Je me suis rendue compte que dans les histoires que je lui lisais, il n’y avait pas de petit enfant en fauteuil roulant. Mon idée a donc été d’introduire des personnages handicapés dans mes contes. L’objectif est que les parents puissent aborder ce sujet afin que leurs enfants ayant vus des personnages invalides ne les perçoivent plus comme différents. »
Au total, Nébine a imaginé neuf tomes dans lesquels évolue une bande de fruits délurés, le tout illustré par Olivia de Bona, parus aux éditions Paja. Dans ce nouvel opus, Les vacances des fruits Kiki, l’auteure aborde avec tendresse et poésie le thème des inégalités face aux vacances.
Un récit où évoluent entre autres Kikille la myrtille, Koko la banane, Kass et Kroute les tomates ; des fruits de terre qui rencontrent des fruits de mer… Cette collection « Yes they can » a même touché des personnalités du milieu artistique : Béatrice Dalle, Alice Pol et Frank Sorbier viennent de s’associer à la promotion des livres de la Tourangelle.

Anne-Cécile Cadio

Plus d’infos sur nebine.fr

Tmv organise une conférence sur le BD journalisme

Votre hebdomadaire organise une conférence sur le BD journalisme, dans le cadre des Salons de Choiseul. C’est gratuit, alors venez !

Dans le cadre des Salons de Choiseul, tmv organise une conférence sur le BD journalisme : un nouveau regard sur le métier ? Elle aura lieu le 28 novembre.

En invités : Titwane, l’auteur de BD, mais aussi Grégoire Seguin (éditeur chez Delcourt), Frédéric Potet (journaliste au Monde) et David Darrault, photoreporter.

Bien évidemment, la conférence est gratuite, mais les places sont limitées. On vous conseille donc de réserver juste ici :
https://www.weezevent.com/salons-de-choiseul-2014

Vendredi 28 novembre, à 18 h 30, à Arcades Institute, place de la Monnaie. 

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Dans la chambre de Julie Bonnie

600 concerts dans toute l’Europe avec Forguette Mi Note, trois albums en solo, la Tourangelle débarque en littérature avec un roman sensible et fulgurant.

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«Béatrice, ce n’est pas moi ! ». D’entrée, Julie Bonnie met les points sur les i. Et en i, elle s’y connaît, Julie. Bien sûr, comme elle, son héroïne vient de Tours, comme elle, elle est auxiliaire en puériculture, comme elle, elle a sillonné les routes d’Europe, les salles de concerts et les aires d’autoroute avec une troupe d’artistes hétéroclites et un peu perchés, mais là s’arrête la comparaison. « On ne parle bien que de ce que l’on connaît », concède- t-elle. « Mais, très vite, Béatrice s’est éloignée de moi comme le roman s’est éloigné de ma réalité au fil de l’écriture. »
Dans Chambre 2, objet romanesque assez fulgurant, il est question de carapace. Celle que l’on tente de se construire pour rendre la vie plus supportable. Béatrice, donc, est auxiliaire en puériculture. Elle met sa blouse tous les matins et ouvre des portes de maternité derrière lesquelles se trouvent des femmes souvent en lambeaux, parfois en béton et, plus rarement, rayonnantes.
Sans filtre
Rien ne les a vraiment préparées à ce qu’elles viennent de traverser en donnant la vie. Tout comme rien n’avait préparé Béatrice à ouvrir ces portes dans cette maternité. « En fait, Beatrice est une femme qui ne parvient pas à trouver sa place dans la société. Elle est un peu irréelle, un peu fantomatique. Elle n’agit jamais, elle ne fait que traverser les situations. Et puis, elle reçoit tout du monde à la manière d’un nouveau-né. Sans filtre. »
Julie Bonnie écrit des chansons. Depuis qu’elle sait écrire. Depuis son adolescence tourangelle. Depuis Forguette Mi Note, ce groupe emblématique du rock alternatif des années 90 qui donna plus de 600 concerts à travers toute l’Europe. Alors, les chapitres de son livre ressemblent un peu à ça. Ils sont brefs et percutants. Avec, chacun, une lumière, une couleur bien à lui. Quand on en a lu un, on veut passer au suivant et, sans respirer, on les avale tous d’un coup. Il y a de la fièvre et du feu dans ces pages, fort justement couronnées par le 12e prix du roman Fnac. Et, si Béatrice n’est pas Julie, ce Chambre 2 ressemble bien à son auteure. Il en a le regard clair et la personnalité, forte.


SON ACTU
SIGNATURE
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Si vous souhaitez rencontrer Julie Bonnie, arrêtez de sillonner les rues de Tours. Quand elle y vient, elle s’enferme et ne fait que de la musique. Allez plutôt à la Boîte à Livres le 14 novembre. Elle y sera, entre deux piles de son très beau roman. On y sera aussi, du coup…
MUSIQUE
Actuellement, Julie Bonnie travaille sur la musique d’un spectacle pour tous (comme on dit) qui s’appellera Ouli et qui sera créé par la compagnie d’Anne-Laure Rouxel, Le Cincle Plongeur, en mai prochain, à l’Espace Malraux.
JEUNESSE
En parallèle de son premier roman, Julie publie un romanjunior Super chanteuse et petit pirate, aux éditions du Rouergue. L’histoire d’un frère et d’une soeur qui ont du mal à s’endormir et qui font appel à des lutins pour retrouver le sommeil. Illustré par Charles Dutertre. À partir de 9 ans.
C’EST PERSO
UN ALBUM
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Le dernier Bertrand Belin, Parcs. « J’adore vraiment ce qu’il fait. Son dernier album ne m’a pas déçue et je l’écoute en boucle ! »
UN LIVRE
Les Évaporés, de Thomas Reverdy. C’est un livre qui m’a beaucoup touchée. Je vous le recommande ! UN FILM Habemus Papam, de Nanni Moretti. Je l’ai vu récemment. C’est vraiment un chef-d’oeuvre d’irrévérence.

Le chapiteau du livre de retour

Cinquième édition pour l’évènement littéraire majeur de Touraine

Saint-Cyr-sur-Loire, c’est un peu la ville de l’écriture. Balzac l’avait choisie. Tout comme Anatole France, Bergson ou encore Tocqueville. Et, comme le Chapiteau du Livre s’y plaît plutôt, il revient pour sa cinquième édition, les 25 et 26 mai, au coeur du Parc de la Perraudière. Entièrement gratuite, la manifestation s’adresse à un large public, afin de lui proposer dédicaces et contacts avec plus d’une centaine d’auteurs et d’éditeurs.
En vrac ? Citons Olivier de Serres, Jean- Jacques Astruc, Jean Goblet, Jean- Pierre Coffe, Jean-François Kahn ou encore Janick Chesneau et Guy de Saint-Roch… La livre se meurt ? Pas sûr ! Près de 10 000 visiteurs sont attendus à cet événement littéraire phare en Touraine. Tandis que le jury (emmené par Mireille Meunier Saint-Cricq) détermine les Plumes d’or et d’argent et les jeunes talents. Des conférences sont aussi prévues, ainsi qu’une dictée publique !
Samedi 25 mai, à partir de 14 h, et dimanche 26, à partir de 10 h. Conférence de Philippe Charlier, le 24 mai à 20 h 30. Plus d’infos sur www.chapiteaudu- livre.com