Un tour au marché : Amboise (3/6)

(Série 3/6) Au lendemain de la visite présidentielle sur la tombe de Léonard de Vinci, à Amboise, nous sommes allés faire un tour sur le marché de la ville, en bord de Loire. Sur ce marché historique et ombragé, on partage surtout le goût de la proximité et des bonnes choses.

« C’était quand la dernière fois qu’on l’a servi, Léonard de Vinci, y’a pas si longtemps, si ? » Stéphane, hilare, s’amuse comme un gamin derrière son magnifique étal de poissons.

C’est un historique, Stéphane. À douze ans à peine, dans les jambes de son père, il vendait des kilos de moules emballés dans du papier journal. Aujourd’hui, il commence à entrevoir l’âge de la retraite.
« C’est dans quatre ans, mais j’en parle dès maintenant. Il faut au moins ça pour trouver un repreneur… C’est dur comme métier, vous savez… » Stéphane, ancienneté oblige, a eu le droit de choisir son emplacement, parmi les premiers, au moment du déménagement du marché en bord de Loire. Tout comme Gilles, en face de lui, qui vend des volailles, des poulets surtout et des dindes, des chapons et du foie gras en saison.
« Ce sont toutes des bêtes que j’ai élevées et que j’abats spécialement avant chaque marché. »

ll vend un peu en direct, à l’exploitation, Gilles, mais ce qu’il préfère, c’est retrouver ses clients derrière son petit étal vitré dont il peut faire le tour en tendant les deux bras. « Mes parents sont arrivés sur le marché en 1956, moi j’ai repris en 93. » Soixante ans de bouche-à-oreille, y’a pas à dire : ça vous fait une réputation.

De Léonard, décidément, il est beaucoup question. Au détour d’une allée, un petit groupe ironise : « Il est pas enterré à l’église Saint-Florentin, De Vinci. C’est en plein centre-ville, Saint-Florentin ! » Sans doute quelque journaliste parisien un peu pressé et mal informé aura t-il confondu avec la chapelle Saint-Hubert, qui se trouve, elle, dans le château royal. La veille du traditionnel marché, deux présidents, français et italien, sont venus s’incliner sur la célèbre stèle à l’occasion du 500e anniversaire de la mort du génie.
Mais le ciel clair et le vent frais de ce vendredi matin ont tôt fait de balayer cette journée un peu folle où plus âme qui vive n’avait eu le droit d’arpenter à sa guise les pavés de la cité. « Autant le dimanche, les gens viennent pour la balade, ils arrivent de Tours ou de Blois ou de plus loin encore, autant le vendredi, c’est une clientèle locale, qui vient vraiment faire ses courses », explique Jean-Paul, compagnon boulanger qui voue au pain et à ses dérivés une passion communicative. « Je suis dedans depuis mes quinze ans, c’est ma vie ! », résume t-il, philosophe.

Soudain, un papy peu bavard se poste devant l’étal et lance un laconique : « Il m’en faut deux ! ». Pas besoin de précision : Jean-Paul sait deux quoi. Deux belles boules de campagne qui feront la semaine. Mais tout le monde n’a pas eu la chance de rencontrer, comme Jean-Paul, une vocation précoce. Maxime, posté de l’autre côté de l’allée fait partie de ceux qui ont changé de vie.
« Avant, j’étais commercial dans un secteur qui n’avait rien à voir. Mais je m’ennuyais, ça ne me convenait pas. Les gens de la génération d’avant, je crois, voulaient de la reconnaissance sociale, des métiers valorisant, gagner de l’argent. Pour ma génération, c’est très important d’avoir un métier qui ait du sens ».

Hélène et Romain, du Van.

Alors Maxime vend des légumes, bio et locaux pour la plupart. Il déniche des producteurs, il va les rencontrer, voir comment ils travaillent et, quand il tend une botte de carotte à un client sur le marché, ça se voit bien que ce n’est pas seulement une botte de carottes. Du sens, il en a trouvé, merci, ça va.

« IL FAUT AIMER LES GENS POUR FAIRE CE MÉTIER »

Pareil pour Corentin, un peu plus loin. Ancien apprentis dans une exploitation maraîchère de l’Indre, il donne encore le coup de main pour les marchés. « Nous, on est les seuls producteurs, bio, sur le marché d’Amboise. » En cette saison de plantation, on peut venir chercher ses plants ici et participer, du même coup, à la préservation des variétés historiques puisque 35 variétés de tomates et six de basilic sont à portée de main.
Et, de l’autre côté de l’étal, les mêmes variétés, mais prêtes à consommer celles-là. « En ce moment, nous avons les toutes premières courgettes, les mini-carottes et les fenouils nouveaux. »

À les contempler, l’âme du cuisinier se réveille. L’exploitation fournit d’ailleurs plusieurs restaurants gastronomiques de la région. Tous, clients comme commerçants, quand on leur demande ce qu’ils aiment retrouver quand ils viennent ici, chaque vendredi ou chaque dimanche de l’année, répondent d’une seule voix : le contact avec les gens ! « Il faut aimer les autres pour faire ce métier, c’est une chose que l’on a ou que l’on a pas. » résume François, en nous tendant pour qu’on y goûte une fine tranche de filet mignon séché et fumé.

« C’est plus convivial, on peut discuter avec les gens, on peut demander des conseils, des recettes… » confirme Régis bien parti pour remplir à l’en faire craquer son grand tote bag aux couleurs de la Région. « Je me tâtais pour venir ce matin, explique cette dame, un peu fatiguée, devant l’étal de sa fromagerie préférée, mais j’aime tellement vos confitures ! ». What else ?

Musiciens de jazz et migrants mineurs réunis pour un concert

Immersion pendant la première répétition d’un concert unique, mêlant musiciens de Jazz à Tours et mineurs migrants accueillis à Amboise. À la baguette, le compositeur Jonas Muel.

Alya, le “ rigolo ” (à droite) et Ibrahima, le “ grand ” passent le message : « Nous sommes tous les mêmes ».
Alya, le “ rigolo ” (à droite) et Ibrahima, le “ grand ” passent le message : « Nous sommes tous les mêmes ».

Au milieu des vignes, le silence se rompt. La modeste mairie de Cangey laisse s’échapper des fragments de jazz et des voix graves. Dans le fond de la salle des fêtes attenante, un groupe de musiciens répète.

« Tu es pressée ? On va faire le filage du spectacle », m’indique le décontracté Jonas Muel, compositeur et saxophoniste du groupe Ultra Light Blazer. Installé dans cette commune près d’Amboise, c’est lui qui a eu l’idée du projet : faire slamer des jeunes migrants isolés sur une musique interprétée par les étudiants de Jazz à Tours. « Je connais Cécile Labaronne, présidente de l’association AMMI-Val d’Amboise créée en mars. Elle hébergeait à un moment trois jeunes isolés, moi je me suis dit que je pouvais aider à ma façon en faisant ça et que ça servait à tout le monde », décrit celui qui mêle déjà au sein de son groupe le hip hop et le jazz.

C’est dans la salle municipale de Cangey que sera donné ce mercredi soir le premier concert de restitution.
C’est dans la salle municipale de Cangey que sera donné ce mercredi soir le premier concert de restitution.

Au micro, Alya et Ibrahima répètent le refrain : « nous sommes tous les mêmes ». Les jeunes hommes en survêt et baskets scandent avec conviction ce message qu’ils ont écrit contre le racisme. Un peu crispés au départ, ils se détendent au fil des solos de batterie ou de trombone.
Plus habitués à écouter les rappeurs Kaaris ou Nicki Minaj que la chanteuse Etta James, ils découvrent avec plaisir l’univers du jazz. Découvrir des choses. Ils n’arrêtent pas depuis qu’ils sont ici. Thierno, Alya, Ibrahima et Dizzoum, les quatre mineurs d’Afrique de l’Ouest qui participent à ce projet, sont arrivés il y a quelques mois en France. Chacun avec comme bagages un parcours chaotique, une histoire plus ou moins douloureuse et une réelle motivation pour s’améliorer en français et parler de ce qu’ils vivent.

COMMENT ON FAIT POUR DRAGUER ?

« Je trouve qu’il y a beaucoup de racisme, des gens méchants, nous voulons leur dire d’arrêter », explique avec ses mots, le “ grand ” Ibrahima. Scolarisé en 3e, il a commencé à apprendre le français il y a six mois. Sa langue maternelle, le bambara du Mali, ne lui sert guère à communiquer avec les autres jeunes et encore moins avec les filles. NEWS_migrants3

La séduction, c’est d’ailleurs le thème d’une des chansons qu’ils ont écrites avec le slameur et poète Olivier Campos pendant leurs huit heures d’ateliers d’écritures. « Comment on fait pour draguer ? Il faut commencer par dire bonjour… », débutent les apprentis rappeurs appliqués à la prononciation de chaque mot. « Je les ai entendus discuter à ce propos, ils savent dire les choses directement mais ont la délicatesse et la pudeur de ne pas vouloir froisser la jeune femme à qui ils s’adressent », décrit l’artiste de Cergy-Pontoise, “ spécialisé ” dans ces ateliers d’écritures.
Des adolescents de 15 ans et plus qui ont les mêmes préoccupations que les autres, ou presque. « Ils ont beaucoup de choses à dire, des choses parfois très difficiles, mais ils ont deux choix : en parler et évacuer ou bien oublier pour passer à autre chose », ajoute-t-il.

Une semaine avant le premier concert, c’est l’heure des derniers ajustements à Cangey.
Une semaine avant le premier concert, c’est l’heure des derniers ajustements à Cangey.

« Le passé, c’est différent. J’ai appris beaucoup de choses nouvelles ici », répond Ibrahima qui a choisi la deuxième option. Après tout, « le but, c’est que tout le monde s’amuse », insiste Jonas Muel. Y compris les musiciens, Florent, Jean-Baptiste, Nicolas, Léo, Magalie, Romain, Rémi, Arielle et Antoine, qui ont rejoint le projet pour ses volets social et musical. Quand Thierno révèle les paroles de sa déclaration d’amour à « la femme française », les sourires fusent dans l’assemblée.
Plus frêle que ses coéquipiers, ce rappeur déroule un texte plein de poésie et de profondeur, ponctué de « j’te love » et de « babey ». Un jeune homme « plein de talent, mais il ne faut pas trop le lui dire », indique Olivier Campos. Il a découvert le slam lors de la fête de la musique en balançant ses premiers textes et y a pris goût. « J’ai composé pour l’occasion la musique qui accompagne le texte de Thierno sur son “ frérot ” qu’il a perdu pendant la traversée et plus généralement de ceux qui meurent en passant », précise Jonas Muel.

L’autre composition spécialement écrite pour le projet et pour laquelle les neufs musiciens de Jazz à Tours se donnent à fond, c’est la clôture de ces trente minutes de spectacle. Un zouk qui fait taper du pied, sur lequel les slameurs se transforment en danseurs. Libérés. Avec l’envie de continuer à écrire des chansons et de parler encore mieux le français pour faire tomber les barrières.

> Deux restitutions auront lieu en premières parties du groupe Ultra Light Blazer : Mercredi 14 novembre, à 20 h, à Cangey, salle des fêtes. Vendredi 16 novembre à 20 h, en clôture du festival Émergences au Petit Faucheux. Tarifs : 8 € à 16 €.

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HongFei Cultures : entre la Chine et la Loire

Installée au cœur de la Touraine depuis quatre ans, la maison d’édition HongFei Cultures est née à Paris en 2007. Elle fête cette année ses dix ans de création d’albums pour enfants.

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À l’entrée d’Amboise, avenue de Tours, la Loire est toute proche. Au numéro 73, un portail de guingois s’ouvre sur le jardin de l’ancienne maison de vigneron, où se sont installées les éditions HongFei Cultures. Créées il y a 10 ans, par Chun-Liang Yeh, Chinois installé en France, et Loïc Jacob, originaire de Champagne, elles font partie de ces nombreux petits éditeurs qui parsèment le territoire français et cultivent leur particularité, défendent leur indépendance.
« À l’époque de la création d’HongFei, nous constations que, dans la littérature de jeunesse, la Chine était traitée de manière très stéréotypée, explique Loïc Jacob, sous le regard attentif de Chun-Liang Yeh. On y retrouvait généralement la panoplie du Chinois telle que les Européens l’imaginent, sous son aspect le plus exotique : l’homme coiffé de son chapeau ou la petite fille malheureuse à protéger. Ce n’est pas un problème en soi. Mais nous voulions nous démarquer de cela et faire résonner dans nos livres, d’une part la rencontre de nos deux cultures et d’autre part le rapport aux autres, à la différence. »

Les deux créateurs de HongFei Cultures.
Les deux créateurs de HongFei Cultures.

Mais comment transmettre au mieux cette interculturalité ? En la pratiquant tout simplement. En mêlant textes de littérature chinoise, anciens ou contemporains, et illustrations d’artistes français. « Nous sélectionnons toujours des écrits d’une très grande qualité littéraire, raconte Chun-Liang Yeh, éditeur mais également auteur. Je m’efforce de les adapter pour les enfants tout en restant fidèle au texte d’origine. »

Viennent ensuite le long travail de collaboration avec l’illustrateur puis la mise en page, le choix du papier, l’impression… Au fil des années, se sont ajoutés au catalogue des titres sans lien avec la Chine mais ayant à cœur de transmettre les mêmes valeurs d’ouverture et d’altérité. « En réalité, il n’est pas toujours question de ce pays dans nos livres, précise Loïc Jacob. On parle d’amour, de mort, de paysages, de jardins, mais avec un certain regard. Nos personnages sont d’abord des hommes, des femmes ou des enfants avec une âme, des émotions. Il se trouve qu’ils sont souvent Chinois. N’importe quel lecteur, enfant ou adulte, peut s’y reconnaître par empathie, fut-il à l’autre bout du monde. »

UN SUCCÈS ET LA RECONNAISSANCE

En 10 ans, les albums de HongFei Cultures ont su séduire les professionnels et ont trouvé leur lectorat. Bibliothécaires, libraires, critiques et parents reconnaissent la qualité des ouvrages. Implantée à Amboise depuis 2013, HongFei s’est rapidement intégré au réseau professionnel local. Ciclic, l’agence régionale du Centre pour le livre, l’image et la culture numérique lui confirme chaque année son soutien. L’association Livre Passerelle en a fait son partenaire pour identifier les illustrateurs qu’elle reçoit en résidence. Les libraires sont attentifs à la dizaine de parutions annuelle.
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Les raisons d’un tel engouement ? « Une démarche intéressante et particulière, assure Danielle, libraire chez Libr’enfant à Tours. Nous n’aimons pas forcément tout, évidemment, mais nous les suivons de près et sommes rarement déçues. Il y a un travail énorme et une vraie recherche derrière chaque album. » À l’instar de « Te souviens- tu de Wei ? » dans lequel on découvre l’histoire des travailleurs chinois appelés à prendre part à l’effort de guerre entre 1916 et 1918 en France. Dans « Mamie Coton compte les moutons », c’est l’amour qui est abordée de manière subtile. « L’autre bout du monde » interpelle le lecteur sur le lien entre les générations à travers l’histoire tendre de Langlang.
« Il est important de ne pas simplement re-connaître, au sens de connaître à nouveau, les différences mais de reconnaître réellement la diversité. Personnellement, je ne suis pas très inquiet de voir des gens arriver des quatre coins de le planète et de les voir se fréquenter. » Les quelque soixante-dix albums du catalogue de HongFei vont bien dans ce sens, invitant le jeune lecteur à « envisager » l’autre et l’ailleurs.

Jeanne Beutter

> Retrouvez le parcours de cet éditeur au travers d’une exposition intitulée « HongFei Cultures, 10 ans d’édition. Un métier. Une maison. » Du 6 juin au 29 juillet, à la Médiathèque des Fontaines

> Carte blanche est donnée à Mélusine Thiry, artiste plasticienne éditée par HongFei Cultures, en présence de Chun-Liang Yeh et de Loïc Jacob. Samedi 17 juin à 17 h, à la Médiathèque des Fontaines

> La dernière parution des éditions HongFei a été conçue à Tours, lors de la résidence de Valérie Dumas, portée en 2016 par l’association Livre Passerelle. L’auteure et son mari Jean-Pierre Blanpain signent un album sincère et doux. Une histoire de pierre de rêve… « Miss Ming » est disponible en librairie, depuis le 1er juin 2017.

Aurélia Mengin : « Le cinéma est un espace de jeu où tout est possible »

La réalisatrice réunionnaise Aurélia Mengin vient de poser sa caméra en Touraine pour tourner son prochain film. À cette occasion, tmv s’est entretenu avec cette cinéaste passionnante et passionnée.

Aurélia Mengin : le cinéma lui colle à la peau.
Aurélia Mengin : le cinéma lui colle à la peau. (Photo Vincent Mengin)

Pour votre nouveau film, vous avez décidé de tourner pour la première fois en Touraine. Pourquoi ?
C’est vrai que d’habitude, je tourne sur Paris ou à la Réunion. Ça a été compliqué, car j’ai écrit cinq versions de ce long-métrage. Il était d’abord prévu à Munich, avec un casting à 100 % allemand. Je voulais emmener toute mon équipe, mais c’était trop cher. Il y a 3 mois, je me suis dit que ça n’allait pas être possible. Nicolas Luquet qui travaille avec moi depuis 2010 (un Tourangeau interviewé sur tmvtours. fr en février 2016 – NDLR) m’a dit que la Touraine était canon ! Ses grands-parents sont d’anciens vignerons et possèdent un hangar, une petite maison, etc. Il fallait tout vider, mais je me suis dit que c’était top : c’était tout ce que je voulais, car je construis tous mes décors. Sa famille, hyper généreuse, nous a prêté les lieux. On a pu recréer un loft industriel, un bar étrange, une chapelle mystique…

Il y a quelques mois, une annonce avait été diffusée dans tmv pour compléter l’équipe. Vous avez pu trouver ?

Emmanuel Bonami sera de la partie pour le prochain film d'Aurélia Mengin (Photo unifrance)
Emmanuel Bonami sera de la partie pour le prochain film d’Aurélia Mengin (Photo unifrance)

Oh oui ! J’ai rencontré la Tourangelle Sandrine Legrand, une des deux maquilleuses qui a déjà travaillé avec le réalisateur Bertrand Mandico. J’ai aussi trouvé le couple gay qu’il me fallait à Tours, ainsi que mon premier assistant et des enfants du coin. Sans oublier la famille de Nicolas Luquet, M. Georget – « ma bonne fée » – qui m’a beaucoup aidée, la mairie de Chambray qui a accueilli le projet. Celle d’Athée-sur-Cher qui a permis de bloquer les routes durant le tournage. On filmera aussi dans la forêt d’Amboise pour le côté mystique.

L’an dernier, votre film Adam moins Eve était projeté au festival Mauvais Genre de Tours. On y trouvait un côté post-apocalyptique très prononcé. Votre nouveau long sera dans cette veine ?
Pas du tout. Je change constamment. Il y a toujours ce surréalisme, ce côté étrange. Mais je suis forcément influencée par la région où je tourne. Et la Touraine n’est pas très post-apocalyptique ! (rires). Ce film racontera l’histoire d’amour particulière entre un fantôme et une vivante, à travers un road-movie et des personnages atypiques. Il s’appellera Fornacis qui, en latin, signifie « fournaise ». Un hommage à la Réunion (d’où est originaire Aurélia – NDLR). J’ai auto-produit mon film. Je veux garder le pep’s que j’ai en tant qu’artiste. Un jus sans compromis ! Je veux rester une femme libre. Être réalisateur, ce n’est pas être assisté, c’est un métier passionné, il faut la gnaque ! Je ne pleurniche pas quand on ne m’aide pas.

Anna d'Annunzio, vue notamment dans l'Etrange couleur des larmes de ton corps.
Au casting, Anna d’Annunzio, vue notamment dans l’Etrange couleur des larmes de ton corps.

Pour en revenir à Fornacis, quel est le casting ?
Il y aura Philippe Nahon : j’ai écrit un rôle spécialement pour lui. C’est aussi la première fois que je travaille avec Emmanuel Bonami. Je suis curieuse de voir comment l’emmener dans mon univers. C’est un homme étonnant. Doux, alors qu’il joue souvent les méchants. C’est un guerrier au coeur tendre. Enfin, il y a Anna d’Annunzio, vue dans l’Étrange couleur des larmes de ton corps. Elle est sublime, a du charisme, une folie. Elle aime provoquer, titiller. Je pense qu’elle n’a peur de rien, elle possède un instinct animal et lit entre les lignes. Elle est l’enjeu du film. Elle incarne la beauté et le danger sans tomber dans la caricature. J’aime être troublée par les comédiens. Je les aime vraiment.

D’ailleurs que vous faut-il pour choisir vos comédien(ne)s ? Une bonne entente, des « gueules » de cinéma ? Je pense notamment à Jacky Berroyer avec qui vous avez tourné
Des gens que j’aime, avec qui je le sens. Je ne peux pas travailler dans une manipulation étrange, surtout si les scènes sont dures. Moi-même j’étais comédienne et je n’aimais pas souffrir. Après, c’est vrai que mes comédiens ont souvent « une gueule » ! J’ai du mal, je pense, si je ne trouve pas de personnage atypique. Un visage est un voyage. Ma caméra ne voyage pas si j’ai un visage lambda. Je me fiche des acteurs « bankables ». En France, on filme trop les M. et Mme Tout-le-monde. On a aussi un rapport à la femme assez macho : elle doit être belle, effrontée mais pas trop, fragile, à protéger. Je ne veux pas de potiches, j’ai une haute image de la femme.

Votre univers est assez « cru ».Pensez-vous que la création doit avoir des limites, ne pas aller trop loin ?

"Pour être réalisateur, il faut avoir la gnaque" (Photo Vincent Mengin)
Aurélia Mengin : « Pour être réalisateur, il faut avoir la gnaque » (Photo Vincent Mengin)

La création doit être totale et libre. Le cinéma français est dans le formol, globalement. Je n’ai pas de leçons à donner, je ne suis pas moraliste, attention ! Mais je suis activiste. Ma vie est engagée dans un sens différent : le festival Même pas peur que j’ai créé présente des films différents. Je préfère prendre des risques.

C’est votre père qui vous a transmis l’amour du cinéma, non ?
Oui, oui, oui ! J’ai travaillé avec lui dès mes 16 ans. Il était passionné de Buñuel , Dali, Godard… Il m’a emmenée vers ce cinéma-là, celui de la liberté. Le cinéma est un espace de jeu où tout est permis.

Le corps est toujours très présent dans vos films. Pourquoi ?
Oui, il est omniprésent. J’ai un rapport compliqué avec le corps. Je l’aime sans habits, mais je ne m’aime pas trop. Donc j’ai besoin de le filmer. C’est peut-être une forme de thérapie pour moi. Quand je regarde les gens, je les vois profondément. Il y a un rapport bestial mais sans vulgarité. J’aime enlever l’humain de son écorce sociale. Le corps est le miroir et le contre-miroir de l’âme.

Un dernier mot sur votre nouveau film… Une chance qu’il soit projeté à la Réunion au festival Même pas peur ? Ou même à Tours ?
Je ne sais pas. Honnêtement, je n’y pense pas encore. Là, je ne fais que penser au tournage. Je n’y réfléchirai qu’à la fin du mixage son au mois de mars. Pour le moment, l’important est que le 4 septembre, tout soit mis en boîte pour le tournage. Et sans regrets.

Propos recueillis par Aurélien Germain

Trailer d’Adam moins Eve, le précédent film d’Aurélia Mengin :

[vimeo]https://vimeo.com/109175668[/vimeo]

De Seth Leima, Paris Byzance & Slap à La Bestiole & l’ Orchestre Ducoin

Grooooosse chronique culture, cette semaine, signée de notre blogueur Doc Pilot. Du Point Haut à la finale des 3 O’, en passant par Amboise… En route.

Finale du Tremplin des 3 Orfèvres : Seth Leima, Paris Byzance & Slap

D’abord Paris Byzance et l’assurance d’être face à une affaire bâtie pour plaire, se faire aimer, l’ensemble du set en totale interactivité jouissive avec le public. Tant au niveau des sujets explorés que des thèmes musicaux en indicatifs d’une fiesta à venir. Le groupe a beaucoup progressé, la modification de son plan de scène n’étant pas étrangère à l’impact réactivé de cette machine emprunte de bonnes vibrations. Dans le son comme dans l’image c’est de la world music mélangée à une vision issue des seventies, une sorte de Lo Jo élevé dans la ferme du premier Gong. Le chanteur Alban Landais porte les racines du bassin méditerranéen en tous ses points cardinaux, mais transpire aussi une humanité des années 10 dont il pourrait être le Yves Simon…
Deuxième set avec Slap pour un concert sur le fil du rasoir faute à la présence d’une nouvelle section rythmique juste embauchée. Je l’ai bien aimée, cette section rythmique, cette petite bassiste et ce jeune batteur aux jeux basés sur l’énergie, une bonne base de soutien aux membres historiques, un chanteur très très très physique, un guitariste « électrique » au sens de la matière sonore balancée au public. Il y a du Red Hot en cette affaire, du Rage, mais finalement c’est dans leur avant dernier morceau que je les préfère, une boucle hypnotique et stoogienne…

Seith Leima (Photo  Carmen Morand)
Seih Leima (Photo Carmen Morand)

Pour finir la soirée, Seth Leima ou la perfection dans la forme et dans le fond, un concept à la croisée des styles, une écriture académique dans une histoire psychédélique, des enfants de Beefheart et Zappa, de Père Ubu, des virtuoses décomplexés armés pour pousser loin la construction des thèmes, l’enchaînement des ambiances, le déchaînement du geste, un peu de ce « no wave » new yorkais de la fin des seventies, entre John Zorn et James White, de la performance et de l’énergie, un groupe, un gang, un kommando à l’attaque, en mission pas possible. C’est le nouveau növo et je ne suis pas le seul à les adorrrrrrrer … Qui a gagné le tremplin ? ze zai pa, ze veut pas zavoir, ze m’en fous.

Philippe du Janerand & Fabienne Colbok en Arcades Institute

Le duo charismatique, la belle et le dandy, se balade avec les héros de la chanson française : ici, Balavoine et Starmania comme «  à la maison », discussion historique et didactique sur le fil du temps avec ce laisser-aller inhérent aux deux personnages. Nous ne sommes pas dans une conférence sur le chanteur, mais au spectacle de ce couple d’amis en un ping-pong courtois, un sketch intime en filigrane du prétexte, une scène à la cool dans un film où nous sommes autant acteurs que spectateurs car voyeurs en tant que tel.
Un instant volé, une parenthèse, un début de soirée faussement sage et studieux avant de partir vers des terres doucement interlopes. Une expression des débuts de nuits tourangelles, une alternative à l’arrêt dans le bar branché du moment et à l’ennui qui parfois s’y installe, une apéritive essentielle telle un salon littéraire en les années 10.

Inauguration de la salle Jacques Davidson à Amboise

Souvenez-vous, il fut un temps, il y avait à Tours un lieu culturel incontournable, le Carré Davidson rue Bretonneau. Un espace de création underground, un temps transporté rue George-Sand pour disparaître faute à l’impossibilité de gestion du voisinage…
Jean Marc Doron du Theâtre dans la nuit, initiateur du Carré était loin d’être à la retraite créative mais en gestation de l’ouverture d’un nouveau lieu, la salle Jacques Davidson, sur le site du parc des Mini Chateaux,.. Superbe petit théâtre dans un lieu éloigné de tout voisinage, un endroit où faire la fête et la prolonger, un endroit inauguré par Mondovox, plusieurs dames aux chants dans un répertoire mondial et humaniste (intermondialiste ?) avec, pour les accompagner, l’efficace et talentueux Didier Buisson à l’accordéon et aux percussions.
Puis La Bestiole, ce duo parisien que je n’avais pas vu à la scène depuis plusieurs années et qui a énormément progressé ( ils partaient déjà de haut : souvenez la première partie de Mlle K au Bateau Ivre) : leur nouveau répertoire est une collection de tubes rocks en puissance (vous voyez, des trucs à vous chopper d’entrée comme chez Blur, Oasis, Telephone ou T-Rex), des hymnes passés directement de la scène à vos cœurs, des trames à envahir délicieusement votre vie, à en devenir la bande-son pour un mois ou un siècle. La chanteuse est habitée, elle balance sa force et ses faiblesses intimes à la face du public et comme elle joue aussi de la batterie en chantant, elle en marque les instants forts, les blessures, les joies, servie au mieux par un guitariste bâtisseurs de climats dans le son et d’addictions dans les riffs.

Inauguration du Point Haut à Saint-Pierre avec l’excellent Orchestre Ducoin

Ici, on se trouve face à la réalisation d’un projet à long terme dont la finalisation doit beaucoup à une volonté politique d’aide au théâtre de rue au travers d’une des troupes des plus emblématiques : La Cie Off. Avec le 37e Parallèle, on semble voir se terminer les derniers travaux accompagnés par Jean Germain, ces deux réalisations marquant la fin d’une époque, d’une volonté d’accompagner l’artiste dans ses registres les plus précaires en un temps où il était encore envisageable de le faire.
C’est la Fête et pourtant nous savons tous que la Fête est finie pour beaucoup. Philippe Freslon le créateur des Off, mérite de bénéficier de ce privilège car il fut le premier, car il est parti de rien (je l’ai vu de mes yeux) car il a bouffé « de la vache enragée » avant de voir le ciel s’éclaircir… Et pour moi, ce soir même, s’il va s’élever contre mon propos, pour moi disais-je c’est le sacre d’un homme, son chef d’œuvre, le point haut de la reconnaissance de son talent et du bien-fondé de son engagement ( sans minimiser le rôle de Maud Le Floch pour la partie Polau du truc)… Autre engagement de vie au service de l’art, autre choix des chemins de traverse, avec L’Orchestre Ducoin pour célébrer la sortie d’un nouvel album. Belle initiative (enfin) d’avoir regroupé deux événements afin d’en multiplier la force. La survie de l’artistique ne se fera désormais que dans la synergie des forces, des structures, au delà des chapelles et sous un pragmatisme de bon aloi …
Ici nombre de pratiques en présence pour dépasser la normalité, la logique, l’apesanteur, donner matière aux rêves, s’émerveiller pour s’oublier. La nouvelle mouture de l’Orchestre Ducoin frôle la perfection tant au niveau du visuel et de la scénographie que de l’écriture de la musique et des textes. Nous sommes dans un concept entre Kid Creole et Zappa avec une classe franchouillarde (divin paradoxe) pouvant rappeler des aventures comme le Splendid voire Au Bonheur des Dames. Il s’y mêle du jazz faussement free à de la prog, du növo à de la bonne chanson française décalée, avec un détournement hilarant des scies classiques balancées par les orchestres de bal : ici le « embrassez vos cavalières » serait plutôt remplacé par un «  écrasez vos cavalières ». Ils sont fous, joyeux, sans barrière technique à l’expression de leurs excentricités et de leurs outrages. C’est excellent.

[youtube]https://www.youtube.com/watch?v=dlblJssyw-0[/youtube]

Alexandra Soumm et Ariane Matiakh à l’Opéra de Tours

Belle fin d’après-midi à l’Opéra de Tours à l’écoute du concerto N 1 pour violon et orchestre de Prokofiev avec en soliste au violon la géniale Alexandra Soumm au jeu habité, énergique, passionné, en osmose au delà du temps avec le créateur de l’œuvre, l’esprit russe dans les airs, cette tristesse diffuse et cette emphase dans le mouvement, le son, le style.
Pur bonheur avec l’ OSRCT, sous la direction de Ariane Matiakh au geste chorégraphique, en l’incarnation du sens à donner à l’écriture. C’est une star, cette chef d’orchestre, fascinante à voir évoluer, captivante dans l’image donnée à la fonction : une manière comme une autre de transcender la sévérité de la mission au profit d’une communication séduisante avec le public, avec l’orchestre aussi me semble-t-il. Ce fut bon, très très bon.

Rayons Chauds, Rayon Frais en bord de Loire

Chaque semaine, Doc Pilot nous fait redécouvrir Tours sous l’angle culture.

Jonny Lang à Avoine.
Jonny Lang à Avoine.

La biennale Rayon Frais est un rendez-vous incontournable et attendu pour les amateurs de surprises visuelles, auditives, sensitives. Une plongée sans bouteille dans la création abrupte et sans compromis, un voyage exotique vers des terres oubliées au fond de nos rêves, un bon moyen d’oublier un temps la réalité et revenir au quotidien, armé de toutes ses images. Pourtant la performance de Sophiatou Kossoko en Arcades Institute prend racine dans une réalité exacerbée, ne laissant guère de place à l’illusion et au rêve. La force du verbe et la charge des mots est toute en force et en attaque, de l’incarnation visuelle du geste à la danse codée : une voie impossible à quitter avant la fin du voyage…
Au pot d’ouverture du Festival le Quatuor Machaut balance des vagues d’harmonies cuivrées, perché dans la Tour Charlemagne, vers une audience d’acteurs locaux désireux de signaler leur présence à la nouvelle couleur en place et impatients de boire un coup car il fait chaud… Au top de Christine Beuzelin, les goulus et les soiffards massacrent le buffet, comme à l’habitude ; Serge Babary arrive après la bataille et discute à la cool avec les trainards : les quémandeurs sont déjà parti hi hi…
Bœuf blues en Arcades Institute : un peu fiesta de fin d’année pour des prestations de potes en demi-teinte. Jack Cigolini et Patrick Filleul mènent le bal avec l’humilité des grands, mais quand Christiane Grimal entame « summertime », ça joue vraiment et tout s’enflamme… Autre américaine, autre temps, triste destin : tombé dans Karen Dalton j’ai du mal à écouter autre chose : Billie Holidays me sauve in extremis de la noyade…. Dominique Mureau est décédé d’une crise cardiaque foudroyante en plein Ile Simon/Mode d’Emploi ; ça s’appelle « mourir sur scène » et ça fout un choc. Je l’aimais bien cet artiste photographe aux yeux pétillants d’intelligence, au feeling apaisant et apaisé…
En route pour le festival Avoine Zone Blues où se joue, paraît-il, une sorte de guéguerre locale à la Pépone/Don Camillo ; peu nous importe car pour nous c’est « tout pour la musique »… Pillac balance son nouvel album très rythm and blues (serait ce l’effet Ben, beaucoup d’artistes filant dans cette niche ?), c’est bien mais guère innovant ; je le préfère quand il revient au blues… La tête d’affiche Jonny Lang incarne l’excellence avec un quintet de virtuoses au service d’une sorte de rocksoul osant le subtil mariage de l’émotion et de la technique ; lors d’un des solos de guitare du jeune prodige j’ai physiquement « le frisson » ; la version allongée du « livin for the city » de Stevie Wonder restera dans les mémoires. Jonny Lang, remet les pendules à l’heure, confirme une fois de plus que la technique n’est rien sans l’âme et l’amour du public mais aussi que les ricains seront toujours les plus forts dans le style … La France n’est pas qualifiée ; pas grave Le Tour de France arrive…
Aller au Festival Les Courants à Amboise, c’est comme partir en vacances ; se poser à l’île d’Or c’est déconnecter de la vie courante, se donner du temps pour vivre, jouir et partager. Ce festival a su garder un feeling bon enfant et convivial, populaire et festif, une atmosphère unique et sans prise de tête surjouée : on ne voit pas de mecs de l’orga courir les yeux dans le vide et l’esprit dans l’oreillette ; vous saisissez… Après deux groupes sans intérêt ( une excellente copie de Louise Attaque, ben oué ils jouent mieux qu’les mecs à qui ils ont tout piqué, et une pantalonnade punk qu’à pas le son : non, je ne cite pas de nom car demain ils seront peut être enfin bons) Soviet Suprem envahit la scène et balance un concept théâtre et musique, mélangeant le hip hop aux racines de l’est : les ex Java propulse le festif vers un scénario délirant et mine de rien sacrément technique et travaillé : j’adore et j’achète un tee-shirt pour porter leurs couleurs tout l’été !! Les Têtes Raides sont plus sages même s’ils ont mis beaucoup de rock dans leur style ; les titres phares au final ramènent à l’adhésion toutes les strates du public…. Sinsemilia fera l’unanimité au final avec une heure trente de « bonnes vibes, man » ! C’est beau Amboise la nuit au sortir de l’île d’Or ; t’as l’impression d’être dans un film…
Rayon Frais encore, pour un dimanche entièrement consacré à voir un maximum de spectacles : excellente Emmanuelle Lafon au Vinci pour un set écourté pour cause de grève des intermittents ; j’aime cette encyclopédie de la parole au service des combats… A la sortie Jacqueline & Marcel, la compagnie L’Art Osé propose une relecture  du médecin volant de Molière : c’est drôle, insolent, joué à la limite de la caricature et de l’hommage… A L’Opéra, la fascination du désastre est une écriture théâtrale jouée par des orfèvres en la pratique de la drôlerie au service du sens, de la dénonciation par l’image sans exclure la poésie omniprésente. Superbes décors, rires, pas une seconde d’ennui, habillage sonore envoûtant : un sans-faute pour Adell Node-Langlois, Estelle Beugin et Alexandre Demay..  Au Théâtre Olympia les danseurs sénégalais de L’École des Sables nous embarquent dans un trip un peu fou au fil rouge (l’interactivité cybernétique) régulièrement tranché par des références aux traditions ancestrales avec nombre de clins d’œil à l’accueil des migrants : à base de bassines colorées la mise en scène est à l’image de la chorégraphie : tonique, comique, festive et conviviale… En l’Esplanade du Château de Tours se tient le Chef d’œuvre d’Art ultime, la conjonction entre les pratiques, Le Jour du Grand Jour du Théâtre Dromesko, tant et tant élevé dans la qualité et l’humanité qu’il nous sera difficile après l’avoir vécu de goûter autre chose. Le spectacle global engendre l’impossibilité de vous le décrire sans minimiser son impact. Je me contente donc de vous affirmer le sentiment que ce gang d’humains talentueux est fortement nécessaire pour nous aider à vivre, pour relativiser nos angoisses, nos peines et nos joies ; en une heure et demi de surprises et de beauté , notre Condition Humaine nous est habilement exposée dans un univers aux possibles références subjectives allant de Tardi à Fellini, de Scolla à Burton, de Malaparte à Celine. Je n’ai jamais rien vu d’aussi bon : Ils sont forts les Bretons !!

Chroniques Culture #25

Nos coups de cœur de la semaine : DVD, BD…

LE DVD
HAMMER
Boum, la jolie anthologie ! Un coffret 5 dvd qui regroupe les treize épisodes de la série fantastique culte, La Maison de tous les cauchemars. Enfantées par la mythique Hammer, ces fables d’épouvante revisitent les grands thèmes : sorcellerie, loup-garou, cannibalisme, démons… Histoire d’en avoir pour son argent, le coffret contient un livret de huit pages, une présentation exclusive par Alain Schlokoff et des bandes annonces. 700 minutes d’horreur au compteur !
Sortie le 6 mai.
À LA TV
PHILADELPHIA
Ok, le film date de 1993. Ok, il est déjà passé des dizaines de fois. Mais on ne résiste pas à l’envie de se re(re-re-re) regarder Philadelphia, l’histoire d’un jeune avocat licencié par son patron, parce qu’il est homosexuel et séropositif. Ce drame est mené de main de maître par un Tom Hanks terrifiant d’émotion et exceptionnel dans son rôle d’acharné, peu à peu rogné par la maladie. C’est beau, triste, et reste un uppercut vingt ans après sa sortie.
Dimanche 11, à 20 h 45, sur Arte.
LA BD
AU GRÉ DES COURANTS
Le dessinateur Simon Hureau est connu en Touraine. Au point que le Festival Les Courants, à Amboise, lui a demandé de venir croquer leur festival qui allie musique et bd. Le bougre en a aussi profité pour faire un peu de tourisme aux alentours. Le résultat, c’est cette centaine de dessins en couleur ou noir et blanc, rassemblés dans un superbe ouvrage à l’italienne édité par la Boîte à Bulles. On reconnaît bien là son sens inné du détail et de la poésie qu’il fait passer dans ses aquarelles.
Hervé Bourit
LE JEU VIDÉO
MARIO GOLF, WORLD TOUR
Vous voulez jouer au golf sans vous prendre la tête ? Alors laissez-vous séduire par la nouvelle version de Mario Golf en exclusivité sur 3DS. Près de 15 ans après la sortie de l’original sur N64, ce remake arcade et coloré vous propose de manier le club sur des 18 trous mythiques aux quatre coins du Royaume Champignon. Puissance, effet, vent… Vous devrez prendre en compte l’ensemble des paramètres pour multiplier les birdies.
L. Soon
Nintendo, tout public, 3DS, 40 €

Vignes : jeunes pousses de Touraine

Reportage au lycée viticole d’Amboise, où le profil et les envies des futurs travailleurs se transforment en même temps que les métiers de la vigne.

 

vignes

Le seau à leurs pieds, le sécateur dans la main. Les mouvements se répètent. Presque mécaniques. Raphaël, Emmanuel, Nicolas et leurs camarades vendangent depuis une dizaine de jours les pieds de vigne du domaine de la Gabillière, qui appartient au Lycée viticole d’Amboise. « Raphaël, tu ramènes des caisses ? », lance Jordan. En classe de première Conduite et gestion d’une exploitation agricole, option vigne et vin, ils s’appliquent dans leurs tâches. Sans machines à vendanger, la priorité est donnée au travail manuel. Même si la « vigne comme nos grands-parents, c’est fini », résume Rodolphe Hardy, maître de chai sur le domaine.

Afféré sur un exercice de thermovinification avec d’autres élèves, il mesure la température d’une cuve. « Avant, il y avait seulement le travail de la vigne et celui du vin. Désormais, il y a tout l’aspect commercialisation qui rentre en jeu », explique-t-il. Vendre son vin aux quatre coins de la France ou du monde, savoir le mettre en valeur. « Le métier s’est professionnalisé », analyse Guillaume Lapaque, directeur de la Fédération des associations viticoles d’Indre-et-Loire et de la Sarthe (Fav 37). Avec les mutations de l’industrie du vin, les jeunes générations changent aussi. « Avant la question de la transmission ne se posait pas. Le fils reprenait l’exploitation du père », continue le directeur de la Fav 37. Aujourd’hui, seuls 30% des viticulteurs d’au moins 50 ans de la région Centre pensent que leur successeur sera un membre de leur famille, selon l’Agreste, le service des études du ministère de l’Agriculture. Et 60 % ne savent pas qui prendra la relève ou estiment que leur domaine est voué à disparaître.

« Investir peut être un peu cher pour les jeunes »

Les investisseurs n’appartenant pas au milieu doivent s’assurer de posséder une certaine capacité financière ou d’être rentable. Ce qui peut décourager les plus jeunes. «Quand on veut acheter un domaine, ce n’est pas une petite somme, on parle en millions », résume Raphaël, 17 ans, les bottes pleines de boue. Tout dépend de l’appellation : en Indre-et- Loire, le coût moyen d’un ha dans une AOP est de 22 600 euros quand il est seulement de 3 700 euros hors AOP. Quel que soit la surface, « il y a désormais tellement de techniques et de machines qu’il faut aussi bien anticiper cette partie de l’investissement », avertit Rodolphe Hardy. « Cela peut peut-être un peu cher pour un certain nombre de jeunes », poursuit Guillaume Lapaque. Les grosses structures s’alignent ainsi avec plus de facilité. La preuve par le chiffre : seules les exploitations de 30 ha ou plus ont vu leur nombre augmenter ces dix dernières années, en région Centre.

Un horizon plus grand

La professionnalisation aidant, l’éventail des métiers s’est élargi. Et travailler au cœur de la vigne devient moins attirant. Au cœur des lignes, la crête de Roman dépasse des rangées. Il est le seul à couper les grappes sans sécateur, et utilise ses mains. Avec facilité. Il assure pourtant que « les métiers dans la vigne sont compliqués. C’est assez physique, il faut avoir du courage ». Une pénurie de main-d’œuvre pointe à l’horizon. « En stage, on s’est déjà retrouvé à trois pour tailler la vigne. Alors qu’aujourd’hui, on est 12 ! », s’exclame Guillaume, qui est habitué du domaine de Vouvray. Il montre un de ses doigts, blessé par les vendanges. « En même temps, il faut comprendre, quand on est à moins quinze degrés et qu’il faut tailler… » lâche-t-il.

« On doit être complet »

Guillaume et Roman s’orientent vers le vin plutôt que la vigne. Maître de chai pour le premier, œnologue pour le second. Le seau plein dans la main gauche, Emmanuel, souhaite, lui, reprendre l’exploitation familiale. Ils s’accordent tous sur un point : travailler dans le secteur viticole requiert aujourd’hui un niveau plus élevé. « Un BTS permet souvent d’approfondir les connaissances après le bac pro », appuie Gaëlle, occupée à trier les grappes dans les bacs. « On doit être complet », poursuit Raphaël, insistant sur les compétences commerciales nécessaires dans les métiers du vin. Dans la ligne d’à côté, Nicolas parade. Toujours la banane et la tchatche facile. « Je veux devenir négociant », glisse-t-il, le smartphone visible dans une poche de sa combinaison. Originaire de Montreuil (Seine-Saint-Denis), son profil est symbolique d’un secteur qui s’ouvre à d’autres mondes. « On a environ 30 % de fils ou filles de vignerons. On devait être à 90 % il y a quinze ans », estime Rodolphe Hardy.

Le renouvellement et l’attractivité pour le vin n’empêchent pas les élèves d’être attachés à des valeurs. Conscients que les mutations ne doivent pas galvauder une certaine conception de leur domaine. « Il faut garder un équilibre entre les grosses structures et les petits vignerons », souligne Guillaume, quand Raphaël met en garde contre une « monopolisation du système de vente des vins ». À eux de jouer. D’autant plus qu’ils sont certains d’être à l’ouvrage d’ici quelques années. Jean-Pierre Genet, directeur de l’établissement, confirme avec le sourire : « Six mois après la fin d’études, plus de 90% de nos élèves ont un emploi ».

Florent Marchet, pop interview

Florent Marchet, chanteur pop de la nouvelle scène française, vient de sortir un nouvel album dans lequel il revisite des chants de Noël. L’occasion pour nous de le rencontrer.

Le chanteur discret de la nouvelle scène française, Florent Marchet, vient de sortir un nouvel album. Dans Noël’s Songs, il revisite une quinzaine de chants de Noël. Rencontre.

Florent Marchet (Photo dr)
Ça sert à quoi d’écrire des chansons ?

Moi, je recherche dans l’écriture exactement ce que je recherche dans la lecture ou dans l’art en général : cela me donne un éclairage sur le monde et cela me permet de me sentir moins seul. Quand un livre nous bouleverse, on a parfois l’impression qu’on aurait pu l’écrire (même si on en est totalement incapable), parce qu’il nous ressemble. On a l’impression d’être compris et cela nous fait du bien. Quand je termine une chanson, j’ai vraiment le sentiment d’avoir compris quelque chose de supplémentaire sur moi-même.

Avec le temps, les concerts et les albums qui s’enchaînent, votre rapport à l’écriture a-t-il changé ?

Je vais plus à l’essentiel et je suis plus dur avec moi-même. Je n’essaie pas de faire : je fais directement. Plus on cultive ce qui fait que l’on est différent de l’autre, plus on a de chances de toucher juste.

Si vous n’aviez pas été chanteur qu’auriez-vous pu faire ?

C’est une chose à laquelle il m’arrive de penser… Moi, je voulais être dans la création et je me rends compte aujourd’hui que dans presque chaque métier on peut avoir un esprit créatif. La cuisine, par exemple, c’est un art.

Vous auriez pu être cuisinier ?

J’ai failli, à un moment donné, ça me plaisait beaucoup. Mais j’avais envie de faire une cuisine créative et de pouvoir inventer et pour ça, il faut avoir un très grand niveau. Je n’avais pas trop envie d’être cuisinier pour reproduire des recettes… J’aurais pu être décorateur, aussi.

Un extrait de Noël’s Songs, le nouvel album de Florent Marchet : Ah quand reviendra-t-il ce temps?

[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=Lt1LRlbAEIc[/youtube]

Dans le salon de Florent Marchet