Olivier Giroud : « Le plus beau métier du monde »

Cet ancien joueur du Tours Football Club, attaquant de l’équipe de France et de Chelsea, n’a rien lâché pour vivre de sa passion et devenir champion du monde.

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Comment avez-vous vécu le retour de la Coupe du monde ?*
« C’était extraordinaire, c’est là que je me suis rendu compte que je faisais le plus beau métier du monde, quand on est descendu sur les Champs-Élysées en bus, avec tous ces gens… C’était impressionnant de voir l’engouement qu’il y a pu avoir autour de l’équipe de France et encore une fois, il n’y a que le football qui peut réaliser ce genre de chose. On était en totale immersion en Russie mais dès qu’on est arrivé en France, on a compris la portée de notre exploit. »

Comment s’est passée votre scolarité ?
« Déjà au collège, dès 12-13 ans, j’étais en Sport Études. Je m’entraînais trois fois par semaine et je jouais les matchs le week-end. Ensuite, à 15 ans, au lycée, c’est passé à des entraînements tous les jours après l’école. J’ai fait ça de la seconde à la terminale et j’ai passé mon bac ES, ce n’était vraiment pas facile de concilier ma passion et l’école. Il faut être motivé et fort mentalement, il y avait beaucoup de fatigue et il fallait rester concentré. J’ai continué mes études après le lycée parce que j’avais le sentiment de devoir continuer et j’en avais la possibilité tout en signant mon premier contrat professionnel. »

Quel a été votre parcours professionnel ?
« Dès ma deuxième année pro à Grenoble, je suis parti en prêt un an à Istres pour progresser et gagner en temps de jeu. Après, c’est le club de Tours qui est venu me chercher. Il me restait encore un an de contrat à Grenoble mais j’ai décidé de partir en Indre-et-Loire, racheter ma dernière année de contrat à Grenoble, et signer un contrat de trois ans au Tours FC. Ensuite, je suis parti à Montpellier, puis je me suis installé à Londres il y a six ans et demi pour jouer à Arsenal et maintenant à Chelsea. Ma première sélection en équipe de France date de 2011. »

Est-ce que c’est difficile de devenir footballeur professionnel ?
« C’est très difficile, dans le sens où sur une génération de vingt joueurs qui ont entre 13 et 15 ans, il y en a seulement un ou deux qui vont réussir à faire carrière. Donc il y a beaucoup d’appelés et peu d’élus. Ce qui fait que tu y arrives ? Je dirais la détermination que tu peux avoir à vouloir réussir ton rêve de gosse, la force mentale, l’envie et l’ambition jouent une part très importante dans le sport quand tu es jeune. Après bien sûr, il y a des aptitudes physiques, le talent… le tout fait que tu as la chance d’être repéré et de passer d’un rêve à la réalité. » Avez-vous parfois froid en travaillant ? « L’été c’est parfois difficile parce qu’il fait chaud, mais bon en Angleterre ça va (rires). En revanche, l’hiver quand on joue le soir et qu’il fait 0°C ou moins, c’est délicat et difficile. Mais ce qui est compliqué c’est aussi de répéter les efforts, notamment en pré-saison, quand on reprend la préparation physique qui permet de tenir le reste de l’année. Mentalement il faut donc être prêt à souffrir. Il y a beaucoup de souffrance physique parce que c’est un sport et qu’il faut savoir se faire mal pour atteindre ses objectifs et pour l’équipe. On n’a rien sans rien. »

Propos recueillis par Pauline Phouthonnesy
(*) Les questions ont été proposées par les 3e du collège Jules-Romains à Saint-Avertin et lycéen de seconde de Sainte-Ursule à Tours.

>> Retrouvez l’intégralité de cet entretien dans le Guide des Études de La Nouvelle République ou en version en ligne ici.
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Des cours aux compets, la vie des étudiants en sport-étude

#EPJTMV Aymeric Beauvais partage son temps entre le tir sportif à haut niveau et une licence professionnelle Matic (Marketing et technologie de l’information et de la communication). Avec une vie rythmée par les entraînements, les compétitions et les cours, il faut trouver une organisation, et souvent faire des choix.

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Étudiant, Aymeric est aussi tireur de haut niveau. Un sport de précision, qui requiert de nombreuses capacités.

À 21 ans, Aymeric Beauvais s’apprête à entamer le deuxième semestre de sa licence professionnelle Matic (Marketing et technologie de l’information et de la communication), à l’IUT de Tours. Parallèlement à ses études, il est tireur sportif de haut niveau, en “catégorie sénior, depuis deux saisons”. Après sept années de judo, il a commencé le tir en 2007. “Mes cousins en faisaient, et j’ai eu envie d’essayer. Finalement, je n’ai jamais arrêté”, s’amuse-t-il. Ce sport est devenu une vraie passion. C’est donc légitimement que s’est posée la question d’allier sa pratique sportive à ses études, alors qu’il passait son brevet des collèges. “Je suis parti en sport-étude à Bordeaux, pendant un an.” L’année d’après, il rejoint Toulouse et son Creps (Centre de ressources, d’expertise et de performance sportive), ce qui lui permet de continuer sa démarche sportive mais aussi scolaire. Depuis 2012, il est in scrit sur la liste du ministère du sport et de la jeunesse comme sportif de haut niveau.

En match, il concourt sur trois distances, au pistolet ; 10 m, 25 m et 50 m, distance olympique. L’activité demande un mental fort et une attention particulière aux petits détails, “c’est un sport de précision”. Et tout va de pair pour l’atteindre : “en analysant les matchs, on trouve les petits points à re-bosser, ce qui oriente l’entraînement selon la période et les besoins”. Ses débuts, il les a pourtant faits avec une carabine mais aujourd’hui, c’est bien en pistolet qu’il s’est spécialisé. Le jeune Berrichon le précise, il faut du temps pour maîtriser un tel objet. “Le choix de l’arme se fait en fonction des affinités de chacun”. Le sport est technique, mais pas que : “ça apporte beaucoup et apprend à se maîtriser, à se contrôler et beaucoup en concentration aussi.”

Chaque semaine, ce sont en moyenne trois séances au stand de tir de deux heures, qui attendent Aymeric. “Je fais des entraînements plus physiques à côté, avec du renforcement musculaire et du vélo.”

Pour Aymeric, une année comporte deux saisons. “La première commence en septembre, et va jusqu’en février et les championnats de France sur 10 m, c’est notre saison d’hiver”. Il enchaîne ensuite avec la saison de 25 et 50 m, qui, elle, se termine en juillet, aussi par les championnats de France. Pour arriver y arriver, il doit passer par les départementaux et les régionaux. Son année de tir est aussi ponctuée de “petits matchs avec les clubs des environs”. Le sport est encore peu médiatisé, mais compte des succès. Comme dans beaucoup de disciplines, les Jeux olympiques sont un vecteur de polarisation. La Fédération française de tir compte d’ailleurs 214 000 tireurs à travers le pays. “Ce sont surtout les médailles qui offrent de la visibilité, comme celle d’argent aux JO 2012 (Céline Goberville ndlr.), qui était la première de la délégation française en tir”.  

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Le tir s’exerce à la carabine, au fusil et à l’arbalète, mais c’est au pistolet qu’Aymeric a choisi de concourir.

Des choix et une organisation rodée

Avec l’université, il a également un statut de sportif de haut niveau. “La seule obligation qu’on a avec le Suaps, c’est de participer aux championnats universitaires”. Cette compétition est d’ailleurs le meilleur souvenir, en compétition, d’Aymeric. “C’était l’année dernière, à Kuala Lumpur, en Indonésie, pour les championnats du monde universitaires. L’organisation était vraiment top et c’était ma première fois en dehors de l’Europe. On était aussi avec des étudiants d’autres pays et j’ai vraiment apprécié le moment.”

Dans ces entraînements et compétitions, il faut une organisation bien rodée. Avec l’université, et le Service universitaire des activités physiques et sportives (Suaps), il a aussi un statut de sportif de haut niveau. La distinction lui permet d’aménager son emploi du temps. Mais ça ne fonctionne pas toujours. “Les championnats de France (10 m ndlr.) ont lieu au début du mois de février. Mais je n’ai pas pu me dégager beaucoup de temps pour m’entraîner, avec les cours.” Entre partiels, mémoire et recherches de stage, le protocole est le même pour tous les élèves. “On essaye d’aménager, mais parfois ça n’est pas possible. On peut anticiper et décaler certains examens, mais ça n’est pas toujours faisable”. Pour les championnats de France, par exemple, qui auront lieu à Lorient le 2 février, Aymeric devait concourir en mixte, et en 10 m, mais impossible, il a des examens. Il participera donc à la compétition de 10 m, mais pas à celle de mixte. “Quand ça coince, il faut se débrouiller. Généralement les profs sont compréhensifs. Le statut c’est vraiment qu’une roue de secours” explique Aymeric, qui a rarement dû faire jouer ce “passe droit”. Mais il relativise tout de même : “Si on est organisé dès le départ, ça se passe très bien.”

Discipline de haut niveau, mais difficile d’en vivre

“En Allemagne, les tireurs parviennent plus à gagner leur vie, c’est plus ancré dans leur culture. Et donc les moyens ne sont pas les mêmes.” Entre le matériel, les bagages, les transports…Les coûts peuvent vite s’élever. Poursuivre des études était donc une évidence. Le jeune sportif reconnaît tout de même qu’au début, la relation qu’il avait avec l’école était compliquée. “On est obligés de travailler à côté. Il y a des récompenses, mais personne n’en vit”, éclaire Aymeric.

Une fois son diplôme en poche, il ne compte pas abandonner le tir pour autant. “Les journées finissent plus tard qu’en cours, mais sans avoir de devoirs à faire, donc rien n’empêche de s’entraîner.” Pendant les périodes d’examens, pas facile de continuer à pratiquer. D’ici là, le plus important, ce sont ses études : “ C’est la fin, donc priorité, et ensuite on verra.”

À voir : Pleins feux sur le tir sportif, France 3 Aquitaine

Mélina Rivière

Photos : Benjamin Baixeras

[#EPJTMV / Cet article fait partie du numéro 321 de tmv, entièrement réalisé par les étudiant(e)s de 2e année en journalisme de Tours]

Apprentissage : la passion au bout des doigts

Quand l’apprentissage séduit 75 % des jeunes Suisses, la France peine à le valoriser. Ils ont entre 17 et 25 ans, ils travaillent dur mais gardent le sourire : ces huit apprentis tourangeaux nous ont expliqué leurs choix.

APPRENTIS_Paolo 7PAOLO BETTENCOURT, 17 ANS, APPRENTI PALEFRENIER-SOIGNEUR

Non, on ne va pas vous faire le coup de « L’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux ». Ça collerait bien à Paolo mais c’est tellement cliché qu’on va résister à la tentation. N’empêche que l’apprenti palefrenier (avouons-le, pour les néophytes que nous sommes, ça sonne très Game of Thrones) est bien plus prompt à parler aux chevaux qu’aux journalistes. Ça tombe bien finalement, il devrait rencontrer davantage de spécimens de la première espèce que de la seconde. « Ils m’apaisent (les chevaux, pas les journalistes). Avec eux, je me sens bien », finit par lâcher Paolo.
Le jeune homme suit des cours au CFA (Centre de formation des apprentis) de Fondettes et fait son apprentissage à La Grenadière, le centre équestre de Saint- Cyr-sur-Loire. Son outil indispensable ? Le grattoir, sorte de large pelle, grâce auquel il nettoie les box.

OCÉANE SIMMONEAU, 20 ANS, APPRENTIE FLEURISTE

Océane a les fleurs dans la peau. Au sens propre comme au figuré : l’apprentie fleuriste s’est fait tatouer deux roses entrelacées sur l’avantbras. « J’ai toujours aimé les fleurs, c’est de famille : mon grand-père était passionné », glisse-t-elle. Depuis trois ans, la chic petite boutique de Dominique Beauchesne [qui vient malheureusement de nous quitter à l’âge de 65 ans, NDLR] de la rue Courteline à Tours, l’accueille en apprentissage. Elle y prépare son brevet professionnel, après un CAP qu’elle a décroché en juillet de cette année.
L’apprentissage, elle aurait voulu le commencer plus tôt, dès la 3e. Mais dur dur de décrocher si jeune un contrat en alternance ! « Dans la boutique, on est dans la réalité, c’est ce qu’il y a de mieux pour préparer à la vie professionnelle », commente-telle. Sa fleur préférée ? « La digitale, répond-elle sans hésiter, plantant (haha) ses yeux dans ceux de son interlocuteur. Jolie, mais mortelle ». Avec un sécateur entre les mains, Océane ferait presque flipper.

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GUILLAUME BUREAU, 17 ANS, APPRENTI TAILLEUR DE PIERRE

C’est au niveau de l’enceinte de la cité royale de Loches un beau jour de pluie que nous avons déniché Guillaume, en deuxième année de CAP de tailleur de pierre (en apprentissage entre le CFA de Saint-Pierre-des-Corps et l’entreprise Menet). Tout en se pliant à nos caprices (« On peut utiliser le compas, pour la photo ? Et la hache ? Ah oui, c’est bien la hache ! ») il a gracieusement expliqué qu’il a « voulu entrer en apprentissage parce qu’il détestait les cours ». Il a fait un stage de 3e dans cette même entreprise et le métier lui a plu.
« J’ai aimé travailler avec les monuments, je trouve que c’est quelque chose de chouette, la matière, la pierre, mais surtout ça a un côté artistique et ancien. Quand on dit qu’on travaille sur les monuments historiques, c’est forcément bien vu. Un seul problème : la pluie. »

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SOULEYMANE OUATTARA, 17 ANS , APPRENTI BOUCHERAPPRENTIS_Souleymane Ouattare credit Chloe Chateau 1

En le trouvant couteau en main à désosser un énorme morceau de viande, on ne s’attendait pas à sa timidité. Au milieu des gigots, palerons, et autres jambons de la boucherie-charcuterie Dufresne, place Velpeau, nous comprenons que Souleymane est pragmatique. Il nous explique en effet qu’il a choisi le CAP Boucher du CFA de Joué-lès-Tours « parce qu’en boucherie c’est difficile de chômer et qu’en apprentissage on est payé. »
Au CFA il se sent « favorisé : je trouve ça mieux que de rester au lycée pendant trois ans où on fait beaucoup moins de pratique. » Actuellement en première année, il apprend à différencier les morceaux de viande, leur temps de cuisson… et ne dirait pas non à un bon morceau de filet de bœuf.

HÉLOÏSE BARBE, 21 ANS, APPRENTIE CORDONNIÈRE

On est loin du cordonnier voûté sur une machine à peine éclairée dans un boui-boui aussi sombre qu’un cendrier usager. Héloïse, en apprentissage à l’Atelier de la Cordonnière, à Tours, est fraîche, sympa, et symbolise à elle seule le renouveau de la profession. Elle travaille auprès de Cindy, jeune et dynamique cordonnière, tout juste installée.
« En arrivant ici, j’ai eu l’impression de me jeter dans le vide, témoigne Héloïse. J’apprends à répondre vite et facilement à la demande du client… » Le seul bémol, dit-elle, c’est d’alterner semaines de cours et semaines de travail. « Ça met dans une position d’entre-deux parfois inconfortable, on peut perdre le fil de travaux en cours, c’est un peu frustrant. Mais ça donne envie de travailler ! Et c’est en entreprise que j’apprends le plus ».

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SIMON PIETRZAK, 20 ANS, APPRENTI SOMMELIER

Quand Simon dit que ça sent le sous-bois, c’est rarement à l’occasion d’une balade en forêt. Le jeune apprenti sommelier, au Bistrot des Belles caves à Tours depuis septembre, dégaine son tire-bouchon plus vite que son ombre, visiblement à l’aise dans son tablier de sommelier.
« J’ai une semaine de cours au CFA et deux semaines en entreprise, explique le jeune homme. La formation me donne une bonne base théorique pour la connaissance des vins mais c’est très important d’être sur le terrain : ici, David, mon maître d’apprentissage, m’apprend le vin mais aussi le service, ce qui est le premier métier du sommelier ». Le jeune homme au nom imprononçable apprécie tout particulièrement la liberté que lui laisse l’équipe du Bistrot sur le choix des vins : « Ça me donne une grande confiance en moi ! Ici, j’apprends à être autonome et à bosser en équipe. Quand j’entrerai dans une entreprise, je serai prêt ».

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HUGO LANDI, 19 ANS, APPRENTI CARROSSIER

« Les voitures, je m’en fous ». On est à Veigné, dans le garage Auto Classique Touraine, et c’est donc Hugo, apprenti carrossier depuis deux ans, qui nous parle. Qui nous décontenance, plus précisément. C’est-à-dire que dans un entreprise spécialisée dans la carrosserie de voitures anciennes, on s’attend à un autre type d’entrée en matière. Mais finalement non, Hugo n’est pas mal luné, il est juste (un poil) brut de décoffrage. « Ce que j’aime, poursuit-il, c’est travailler la taule, et c’est sur les voitures qu’il y a le plus de technique, c’est ici que c’est passionnant ». Ah, on a eu peur…
Hugo préfère même de loin être au garage qu’en cours. Son rythme : deux semaines en classe (au CFA de Tours-Nord), quatre semaines en entreprise. « Rester assis sur une chaise, très peu pour moi. L’apprentissage, ça me permet de travailler, d’être payé et de faire un truc que j’aime ».

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APPRENTIS_Audrey 1AUDREY FRUTEAU DE LACLOS, 24 ANS, APPRENTIE PÂTISSIÈRE

Audrey n’est pas gymnaste, enfin pas à notre connaissance, mais elle maîtrise parfaitement le grand écart : l’apprentie pâtissière, avant de coiffer sa toque et de manier le fouet, a d’abord suivi des études d’architecture à La Réunion. Rien à voir, donc. « Ça ne m’a jamais plu, l’architecture », lâche-t-elle. « Mais me lever pour faire des gâteaux, ça me met de bonne humeur. » Ni une ni deux, elle passe son CAP, intègre les compagnons du devoir à Paris puis, dans le cadre de son tour de France, atterrit dans le petit (mais fameux !) laboratoire de la pâtisserie-chocolaterie Bigot à Amboise. Il y a pire, comme destination !
« C’est une ambiance familiale, mais il y a un bon esprit de travail, c’est très rigoureux, c’est tout ce que j’aime dans la pâtisserie ! Et travailler en entreprise, c’est comme ça qu’on apprend le plus vite. »

Textes : Chloé Chateau et Gaëlle Le Roux
Photos 1, 2, 5 à 8 : Gaëlle Le Roux / Photos 3 & 4 : Chloé Chateau

Orientation : L’alternance donne de la voix

Être payé pour apprendre un métier ? C’est possible, que l’on soit ingénieur ou esthéticienne. La formation en alternance prend du galon et espère s’installer enfin dans tous les secteurs.

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Je ne voulais pas être assise toute la journée », « Impossible pour moi de faire de la théorie pendant des années, » « J’avais besoin de concret ». Quand on les interroge, les mêmes phrases reviennent. Alors ils ont sauté dans le grand bain. On les trouve dans les boulangeries, les garages, les boutiques de vêtements, les salons de coiffure mais aussi les banques, les cabinets de conseil, les fabricants de logiciel. Et ils sont ravis de leurs parcours, qui surprend encore. Eux, ce sont les apprentis.
Un mode de formation très marginal en France, puisqu’il concerne seulement 6 % des jeunes de plus de 15 ans. En Allemagne, c’est 20 % et plus de 75 % en Suisse ! Comme on imagine bien que la population helvète n’est pas composée exclusivement de pâtissiers et de menuisiers, c’est bien que la formation professionnelle y est tout simplement privilégiée, et ce, quelque soit le secteur d’activité et le poste exercé.

Longtemps cantonnée aux métiers manuels et aux métiers de bouche, la formation en alternance est enfin entrée dans les grandes écoles et à l’université. Mais encore trop souvent par la petite porte. « J’ai toujours été major de mes promotions et quand j’ai opté pour un master en apprentissage, certains ne comprenait pas : c’était vu comme une filière de garage, explique Julie. En 2010, l’Escem ne le présentait pas même sur son site ! C’est l’un de mes professeurs qui m’en a parlé. Ce côté négatif reste très présent : aujourd’hui encore, les gens sont étonnés que j’ai un bac +5 en alternance. » Sitôt son master obtenu, Julie a signé un CDI à la Société générale, l’entreprise qui l’avait accueillie en alternance. Et ce serait à refaire, la jeune femme le referait sans hésiter : « J’ai même eu le luxe de pouvoir choisir entre plusieurs postes à la sortie de mon école. À 22 ou 23 ans, c’est une vraie chance. »

Pour les étudiants, l’apprentissage offre deux avantages uniques : être en condition de travail réel tout en bénéficiant de la (relative) indulgence due à un apprenti et percevoir un salaire. Un étudiant apprenti de 21 ans touche ainsi 895 euros par mois, une somme qui peut faciliter la prolongation des études supérieures. Et c’est l’employeur et l’État qui financent sa formation. Un argument qui convainc aussi les jeunes qui souhaitent acquérir leur indépendance sans sacrifier leurs études.
L’université a développé son propre CFA, le Centre de Formation des Apprentis des Universités Centre-Val de Loire, qui propose plus de 100 formations en alternance, dont une trentaine à Tours : licence professionnelle Gestion de l’environnement Métier des déchets, juriste d’entreprise, Master 2 en Management des Equipes, Santé et Qualité de Vie au Travail, journaliste, génie électrique ou licence pro Optométrie et basse vision, le catalogue est large.

Des entreprises diverses et variées

Et les entreprises d’accueil se sont, elles aussi, diversifiées. On y trouve même la mairie de Tours. Depuis 2014, elle accueille chaque année des apprentis : jardiniers, cuisiniers ou techniciens en informatique… « Il nous semblait évident de soutenir ce mode de formation ». confirme Thibault Coulon, adjoint délégué à l’emploi. L’apprentissage est une évidence pour les métiers manuels, dans lesquels la pratique, la transmission du « coup de main » est essentielle. Mais il a d’autres atouts pour convaincre les futurs ingénieurs ou techniciens spécialisés. Dans les entreprise high-tech, l’alternance est un réservoir d’innovation : « L’étudiant est complètement intégré à l’entreprise, cette visibilité sur plusieurs mois le rassure et le pousse à s’investir sur des projets, explique Julien Rousseau, directeur de Suivideflotte. net, spécialiste de la géolocalisation. En reliant l’école et l’entreprise, ces travailleurs en alternance nous enrichissent : ils offrent leurs connaissances, un regard extérieur, l’expérience de leurs professeurs et celle de leurs camarades. Les stagiaires apportent beaucoup d’idées, il faut parfois leur expliquer que les propositions doivent toujours rester en adéquation avec le monde de l’entreprise et les besoins de nos clients. »

De même, dans les métiers des ressources humaines, le terrain est le pivot d’une formation cohérente, selon Bérengère, qui suit en alternance un Master 2 Management Stratégique des RH et Performance Durable à l’IAE de Tours : « Impossible de se passer de la pratique ! Notre métier est un métier social, où il faut être avec les salariés et connaître leur quotidien ».
Une fois leur diplôme obtenu, c’est cet ancrage dans le terrain qui est le meilleur atout des apprentis. Les périodes en entreprise représentent entre la moitié et les deux-tiers de leur temps de formation. Ils ont développé des compétences professionnelles, une connaissance du milieu du travail, de ses exigences, des droits et des devoirs d’un salarié, qui facilitent leur embauche. À Tours, le CFA des Douets forme chaque année un millier d’apprentis du CAP au BTS. Et pour valoriser ses formations, l’établissement mise sur deux cartes : la rareté, comme la formation ascensoriste (deux seulement en France) et l’ancrage dans le territoire pour les métiers de bouche ou de vente.
La rentrée 2017 offre ainsi une nouveauté : le CAP Vente alimentaire. Mais l’établissement l’admet : il reste un gros travail de pédagogie à faire auprès des collèges et des parents pour expliquer que l’apprentissage est tout sauf un choix par défaut. Quel que soit le niveau du diplôme.

>> FORUM DE L’ORIENTATION : Le 20 et 21 janvier, de 9 h à 17 h, au Parc des Expositions

Etudes : jamais trop tard pour se réorienter

Non, non, ne désespérez pas, ne pleurez pas : il n’est jamais trop tard pour se réorienter. D’ailleurs, il y a le Forum de l’orientation ce week-end.

réorienter

Pas simple de savoir que faire de sa vie à 18 ans… En première année de licence (L1), vous avez vraiment l’impression de vous être planté de filière ? Sachez que plusieurs voies de réorientation sont possibles. Et certaines dès maintenant. Les étudiants de L1 qui ont constitué leur dossier pourront changer de filière dès le second semestre. Certains IUT et BTS proposent même des rentrées décalées.
Le principe ? Dès le mois de février, vous intégrez un programme intensif qui vous permet de rejoindre la deuxième année en septembre.

À Tours, deux sections proposent cette formule : le DUT génie électrique et informatique industrielle et le DUT gestion des entreprises et administrations. Le parcours à l’université n’est pas un long fleuve tranquille. C’est pourquoi la MOIP – Maison de l’orientation et de l’insertion professionnelle – accompagne les étudiants dans leur projet de réorientation : « Il ne faut pas hésiter à venir nous voir. Nous pouvons trouver des solutions adaptées à chaque situation », souligne Carole Peyre à la MOIP. Et pour se remotiver, pourquoi pas, également, faire un petit tour au Forum de l’orientation ce week-end ?

N.P.

> univ-tours.fr/moip 02 47 36 81 70

> Forum : 15 et 16 janvier de 9 h à 17 h au Parc des expositions

N.P.

Palmarès : Tours, 21e ville étudiante de France

Tours, 21e ville de France où il fait bon étudier d’après le classement annuel de L’Etudiant. Mais attention, côté sorties et transports, ça sent le roussi.

Après avoir été classée onzième ville la plus cool de France, Tours est désormais à la 21e place dans le palmarès des villes de France où il fait bon étudier. Un classement réalisé par L’Etudiant.

De nombreux critères ont été pris en compte, comme la culture, les tarifs des transports, le logement, le sport ou encore les sorties… Si Tours est en milieu de classement, c’est Toulouse la grande gagnante de l’édition 2015.

Youpi pour le logement, aïe pour les transports…

D’après L’Etudiant, Tours est une « ville propice pour réussir ses études à la fac ». Pour preuve, classée 21e du palmarès, elle affiche le 12e meilleur taux de réussite en licence.

Côté points forts, on note le logement (11e), les sports (14e), l’emploi (15e) et la culture (16e). Le site indique que « sa population étudiante a augmenté de 6,5 % en 10 ans », pour atteindre presque 30 000 étudiants.

Sauf que… notre belle ville se prend un méchant revers du côté des sorties (37e et dernière des grandes villes étudiantes). Étonnant ?
L’autre point noir se situe au niveau des transports, où Tours fait figure de très mauvaise élève (41e position !) : carrément en bas de tableau, Tours reste l’une des villes étudiantes les plus chères pour les abonnements (39e).

LES CLASSEMENTS DE TOURS EN DÉTAIL

21e au classement général toutes villes, Tours arrive au 6e rang de sa catégorie, les grandes villes.

– Culture : 16e toutes villes.

– Emploi : 15e toutes villes.

– Environnement : 23e toutes villes.

– Études : 18e toutes villes.

– Logement : 11e toutes villes.

– Rayonnement international : 31e toutes villes.

– Sorties : 37e toutes villes.

– Sports : 14e toutes villes.

– Transports : 41e toutes villes.

(Capture d'écran)
Cliquez sur la photo pour l’agrandir. (Capture d’écran de l’Etudiant)

Cannabis et coffee-shops : et si on ouvrait le débat ?

Cannabis/ Après l’ouverture de coffee-shops dans le Colorado et sa légalisation en Uruguay, tmv s’intéresse à l’éventualité d’une telle « révolution » en France. Débat avec Dominique Broc et Dr Costentin. Du pour…et du contre ! Et vous, votre avis ?

Le 1er janvier, le Colorado (États-Unis) a surpris son monde en ouvrant les premiers coffee-shops. Les consommateurs peuvent désormais acheter légalement du cannabis, à condition d’avoir au moins 21 ans et se limiter à 28 grammes par visite. Le tout, sans même besoin de prescription médicale.  En décembre dernier, en Uruguay, les sénateurs ont carrément approuvé la loi permettant à l’État de contrôler la production et la vente de cannabis, afin de lutter contre le narcotrafic. Une première mondiale.
En France, le pays le plus répressif d’Europe, le débat est loin d’être terminé. Tmv a interrogé Dominique Broc, initiateur et porte-parole des Cannabis social club et Jean Costentin, médecin et professeur au CNRS.

POUR
Dominique Broc, initiateur et porte-parole des Cannabis social club.

dominique broc
Dominique Broc (Photo DR)

Les politiques
Le Tourangeau qui ironise sur la « guerre aux drogués » a toujours la dent dure contre les gouvernements : « Les chefs d’État ont reconnu l’échec de la prohibition politique mise en place depuis 40 ans. Celle-ci a été inefficace, même au niveau social. »

Bien pour l’économie
« Ces coffee-shops américains, c’est bien et pas bien en même temps. On ne voit que le côté économique, car Amérique égale fric. C’est quand même tant mieux pour eux, car l’argent ne tombe pas dans les poches des mafias ». Pour lui, la décision de l’Uruguay est « déjà mieux ».

Conso et pas schizo
Pour le porte-parole, « le cannabis n’est pas responsable de la schizophrénie. La consommation a été multipliée par dix. Ce n’est pas pour autant que le samedi soir, il y a une file d’attente devant l’hôpital psychiatrique ! », indique-t-il en rappelant que « des études ont démontré qu’il n’y avait pas de lien entre schizophrénie et consommation de cannabis ».

Un réveil en France
« En France, ce n’est pas peine perdue. On assiste à un réveil. De plus en plus de gens soutiennent la régulation, alors qu’ils ne consomment même pas ! Par exemple, Daniel Vaillant (du Parti socialiste, il appelait à une régulation contrôlée du cannabis, NDLR) mais qui n’est pas écouté. » Dominique Broc souhaite que l’on aille plus loin : « il faut être responsable et assumer qu’il y a 10 % de consommateurs quotidiens en France. Pourtant, on est toujours considérés comme des criminels… »

Attention aux jeunes
« Adolescent, on n’a pas à acheter de la drogue aux dealers ! Si la politique de prévention avait été bien faite, il n’y aurait pas ça », répète Dominique Broc. « On aurait pu expliquer, être sérieux, dire que le cerveau se forme en dernier… »

Le souci, c’est donc du côté de la jeunesse selon lui. « Les gamins consomment trop tôt et ne sont pas informés. Le cannabis est dangereux pour un ado. Les problèmes d’addiction commencent très tôt. »

Cannabistrot
Coffee-shops ou pas, alors ? Dominique Broc propose des « cannabistrots » : « Des points de vente, réservés, encadrés, avec gestion des membres et une production française ». Il propose qu’on « prenne ces petites mains qui bossent illégalement pour un vrai travail dans des cannabistrots. Cela libérerait du temps pour la police face aux vrais trafiquants et aux vrais criminels… »

De toute manière, il estime impossible l’ouverture de coffee-shops en France. « Les Français ne sont pas informés. Ils en auraient une autre vision, sinon… » Avant de conclure : « Il y a beaucoup de consommateurs mais on laisse le marché aux mafias. Est-ce responsable ? »

√ Retrouvez nos archives web sur Dominique Broc et son Cannabis social club ici.

CONTRE
Jean Costentin, professeur de pharmacologie CNRS et faculté de médecine de Rouen.

Jean Costentin (Photo DR)
Jean Costentin (Photo DR)

Son avis sur l’actu
Concernant l’Uruguay, « c’est une décision législative, mais les sondages ont montré que la population était en majorité opposée ! Dans le Colorado, c’est une votation citoyenne », rappelle Jean Constentin, tout en admettant « les premiers effets économiques ».

Les coffee-shops
Pour les coffee-shops néerlandais, il pense que « ces lieux sont là pour attirer le  »frenchie », le Luxembourgeois, le Belge… On y a fait des fouilles et ceux qui venaient chercher du cannabis avaient aussi de la cocaïne etc. »

Jusqu’à 8 semaines dans les urines
« Mon problème – car je suis médecin – c’est qu’on avait à l’époque des présomptions sur les effets du cannabis. Mais le travail neurobiologique a vérifié ces suspicions. » Le professeur rappelle alors que c’est un « produit accrocheur, même si c’est une drogue douce comme le tabac ». « On a 1,5 million d’usagers réguliers qui bravent la loi pour satisfaire leur appétit. De toutes les drogues, le THC (le tétrahydrocannabinol, la molécule contenue dans le cannabis, NDLR) est le seul à se stocker durablement dans l’organisme, car il est soluble dans la graisse. Or le cerveau est riche en lipides. C’est là où se stocke le joint. Un joint égal une semaine dans la tête ! » Il rappelle alors que les consommateurs réguliers qui arrêtent du jour au lendemain auront encore des traces de cannabinoïde dans leur urine « pendant huit semaines ».

Les effets du cannabis sur l’organisme
Côté effets, Jean Costentin est à l’opposé de Dominique Broc. Il cite notamment les « effets aigus, le sournois, comme les perturbations de la mémoire : un effet désastreux pour notre pays et l’Éducation nationale. Le THC perturbe la mémoire de travail, par exemple le fait de terminer une phrase qu’on a commencée. »

Il parle aussi des « troubles amotivationnels, l’effet  »ça plane pour moi » », mais aussi « l’effet anxiolytique chez les sujets anxieux. Il va en abuser, ça ne fera plus rien sur l’anxiété, mais ça sera dix fois pire plus tard. » Le docteur s’agace « de l’effet pseudo anti-dépresseur » du cannabis et parle de risque de suicide accru, puisqu’il y a une « corrélation entre suicidalité et consommation ».

Attention aux ados
Le seul rapprochement à effectuer entre nos deux interlocuteurs concerne le cannabis chez les jeunes. « Plus tôt l’essayer, c’est plus tôt l’adopter et plus vite se détériorer. Car le cerveau de l’ado est en maturation », insiste le docteur, précisant que fumer va agir intensément sur les grands axes neuronaux et les synapses.

Cannabis = schizophrénie
Pour le médecin, le rapport entre cannabis et schizophrénie est avéré. Il cite ainsi diverses études, notamment celle réalisée en Suède dans les années 70, époque où le pays était laxiste en la matière. Une étude gigantesque qui a suivi « 50 000 appelés aux armées et vus par des psys » et a prouvé « qu’avoir fumé plus de 50 joints avant ses 18 ans multipliait par six le risque d’être schizophrène ». Désormais, le pays a changé toute sa législation et l’explicite « depuis la maternelle, avec 40 h de cours. Le pays a maintenant la plus faible incidence des toxicomanies ».

Dosage ?
Jean Costentin fustige les coffee-shops, dans lesquels « le cannabis n’est pas du tout moins dosé qu’ailleurs ! » Il parle de « manipulation et sélections génétiques » et rappelle que la demande du consommateur est un dosage plus fort, car de fait plus accrocheur. « Le fait de réglementer ne raisonnera pas les gens. »

Cannabis, tabac, alcool
Le cannabis étant mélangé avec du tabac pour rouler un joint, le Dr Costentin rappelle que ce mélange multiplie par 6 à 8 le facteur de goudron cancérigène et de 200°C la température de combustion. « Il y a 73 000 morts par an à cause du tabac. En 2030, il y en aura 90 000, sachez-le… »

Enfin, il précise que « cannabis + alcool font très mauvais ménage. Notre pays macère dans l’alcool, c’est une folie supplémentaire. Il y a une démagogie dans tout ça… »

« Une folie »
Ce débat ? « Une folie », pour le médecin qui se dit « hors de lui » et parle « en tant que professionnel, docteur, père et grand-père ». Avant de conclure : « Touche pas à nos mômes ! »

  @rrêt sur images : « Cannabis, et si on parlait santé ? » avec J. Costentin
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Propos recueillis par
Aurélien GERMAIN