Orientation : L’alternance donne de la voix

Être payé pour apprendre un métier ? C’est possible, que l’on soit ingénieur ou esthéticienne. La formation en alternance prend du galon et espère s’installer enfin dans tous les secteurs.

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Je ne voulais pas être assise toute la journée », « Impossible pour moi de faire de la théorie pendant des années, » « J’avais besoin de concret ». Quand on les interroge, les mêmes phrases reviennent. Alors ils ont sauté dans le grand bain. On les trouve dans les boulangeries, les garages, les boutiques de vêtements, les salons de coiffure mais aussi les banques, les cabinets de conseil, les fabricants de logiciel. Et ils sont ravis de leurs parcours, qui surprend encore. Eux, ce sont les apprentis.
Un mode de formation très marginal en France, puisqu’il concerne seulement 6 % des jeunes de plus de 15 ans. En Allemagne, c’est 20 % et plus de 75 % en Suisse ! Comme on imagine bien que la population helvète n’est pas composée exclusivement de pâtissiers et de menuisiers, c’est bien que la formation professionnelle y est tout simplement privilégiée, et ce, quelque soit le secteur d’activité et le poste exercé.

Longtemps cantonnée aux métiers manuels et aux métiers de bouche, la formation en alternance est enfin entrée dans les grandes écoles et à l’université. Mais encore trop souvent par la petite porte. « J’ai toujours été major de mes promotions et quand j’ai opté pour un master en apprentissage, certains ne comprenait pas : c’était vu comme une filière de garage, explique Julie. En 2010, l’Escem ne le présentait pas même sur son site ! C’est l’un de mes professeurs qui m’en a parlé. Ce côté négatif reste très présent : aujourd’hui encore, les gens sont étonnés que j’ai un bac +5 en alternance. » Sitôt son master obtenu, Julie a signé un CDI à la Société générale, l’entreprise qui l’avait accueillie en alternance. Et ce serait à refaire, la jeune femme le referait sans hésiter : « J’ai même eu le luxe de pouvoir choisir entre plusieurs postes à la sortie de mon école. À 22 ou 23 ans, c’est une vraie chance. »

Pour les étudiants, l’apprentissage offre deux avantages uniques : être en condition de travail réel tout en bénéficiant de la (relative) indulgence due à un apprenti et percevoir un salaire. Un étudiant apprenti de 21 ans touche ainsi 895 euros par mois, une somme qui peut faciliter la prolongation des études supérieures. Et c’est l’employeur et l’État qui financent sa formation. Un argument qui convainc aussi les jeunes qui souhaitent acquérir leur indépendance sans sacrifier leurs études.
L’université a développé son propre CFA, le Centre de Formation des Apprentis des Universités Centre-Val de Loire, qui propose plus de 100 formations en alternance, dont une trentaine à Tours : licence professionnelle Gestion de l’environnement Métier des déchets, juriste d’entreprise, Master 2 en Management des Equipes, Santé et Qualité de Vie au Travail, journaliste, génie électrique ou licence pro Optométrie et basse vision, le catalogue est large.

Des entreprises diverses et variées

Et les entreprises d’accueil se sont, elles aussi, diversifiées. On y trouve même la mairie de Tours. Depuis 2014, elle accueille chaque année des apprentis : jardiniers, cuisiniers ou techniciens en informatique… « Il nous semblait évident de soutenir ce mode de formation ». confirme Thibault Coulon, adjoint délégué à l’emploi. L’apprentissage est une évidence pour les métiers manuels, dans lesquels la pratique, la transmission du « coup de main » est essentielle. Mais il a d’autres atouts pour convaincre les futurs ingénieurs ou techniciens spécialisés. Dans les entreprise high-tech, l’alternance est un réservoir d’innovation : « L’étudiant est complètement intégré à l’entreprise, cette visibilité sur plusieurs mois le rassure et le pousse à s’investir sur des projets, explique Julien Rousseau, directeur de Suivideflotte. net, spécialiste de la géolocalisation. En reliant l’école et l’entreprise, ces travailleurs en alternance nous enrichissent : ils offrent leurs connaissances, un regard extérieur, l’expérience de leurs professeurs et celle de leurs camarades. Les stagiaires apportent beaucoup d’idées, il faut parfois leur expliquer que les propositions doivent toujours rester en adéquation avec le monde de l’entreprise et les besoins de nos clients. »

De même, dans les métiers des ressources humaines, le terrain est le pivot d’une formation cohérente, selon Bérengère, qui suit en alternance un Master 2 Management Stratégique des RH et Performance Durable à l’IAE de Tours : « Impossible de se passer de la pratique ! Notre métier est un métier social, où il faut être avec les salariés et connaître leur quotidien ».
Une fois leur diplôme obtenu, c’est cet ancrage dans le terrain qui est le meilleur atout des apprentis. Les périodes en entreprise représentent entre la moitié et les deux-tiers de leur temps de formation. Ils ont développé des compétences professionnelles, une connaissance du milieu du travail, de ses exigences, des droits et des devoirs d’un salarié, qui facilitent leur embauche. À Tours, le CFA des Douets forme chaque année un millier d’apprentis du CAP au BTS. Et pour valoriser ses formations, l’établissement mise sur deux cartes : la rareté, comme la formation ascensoriste (deux seulement en France) et l’ancrage dans le territoire pour les métiers de bouche ou de vente.
La rentrée 2017 offre ainsi une nouveauté : le CAP Vente alimentaire. Mais l’établissement l’admet : il reste un gros travail de pédagogie à faire auprès des collèges et des parents pour expliquer que l’apprentissage est tout sauf un choix par défaut. Quel que soit le niveau du diplôme.

>> FORUM DE L’ORIENTATION : Le 20 et 21 janvier, de 9 h à 17 h, au Parc des Expositions

Pierre-Guy Bichot : « Créer des vocations »

Pierre-Guy Bichot est directeur des pépinières d’entreprises de Joué-lès-Tours et Tours-Sanitas. Entretien.

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Vu le nom, Start’ère, c’est une nouvelle ère, un démarrage pour les jeunes patrons ?
Effectivement, c’est en partie cela. Cela sert d’envol pour les entreprises, c’est le coup de boost au démarrage. Les deux pépinières appartiennent à Tour(s)plus. La gestion est accordée au cabinet Interfaces (immobilier d’entreprise, NDLR). En fait, on accompagne dans le démarrage, le développement et l’installation.

C’est quoi, concrètement, une pépinière d’entreprises ?
Il y a trois volets. D’abord, le volet immobilier : avec Start’ère, on offre des tarifs préférentiels pour les jeunes entreprises ou celles en création. Elles sont prises une fois que leur dossier, passé en commission, est accepté. Le second volet, c’est l’accompagnement, le conseil : il y a une plate-forme de veille juridique, fiscale, commerciale, stratégique… Enfin, il y a le volet animation de ces outils, avec des ateliers, la mise en réseau de partenaires, etc.

C’est une ville dans la ville ?
Non, c’est plutôt une communauté d’entrepreneurs et on les incite à se mettre en réseau avec d’autres partenaires locaux, voire nationaux. On les prépare à leur sortie de la pépinière. On ne reste pas ici toute sa vie. Les start-up, ici, peuvent rester quatre ans maximum.

Comment ça se passe, au quotidien ?
Chaque entreprise est autonome. Chacune a accès à ses locaux, 24 h sur 24, sept jours sur sept.

Selon vous, c’est quoi une bonne ou une mauvaise start-up ?
Il n’y a pas de bonne ou mauvaise start-up ! Il y a juste un porteur de projet et une idée. L’entrepreneur doit se demander de quoi il a besoin côté technique, commercial, gestion, etc. avant de venir ici. Nous, on va regarder le modèle économique, comment il va générer de la valeur et surtout, la pérennité possible de l’entreprise. Certains projets sont refusés, car ils ne sont pas assez solides, il n’y a pas de réel marché et ils ne sont pas assez viables.

Vu l’état du marché du travail, c’est la bonne idée de lancer sa propre entreprise ?
Ici, il y a de nombreux profils : de jeunes sortis de l’école, des entrepreneurs en phase de reconversion, des profils cadre, managers… Les porteurs de projet ne sont pas créatifs par défaut, ils ne sont pas là juste parce que le marché du travail souffre.

Pourquoi se retrouve-t-on avec des pépinières d’entreprises ?
En raison de la volonté de se doter d’outils économiques pour les petites entreprises. Celle de Tours se situe près de l’A10 et de la gare ; celle de Joué à 3 minutes de la sortie du périph’, à 5 minutes de l’A10 et de l’A85. Les deux se trouvent au pied du tramway et ont un espace de coworking… Les pépinières d’entreprises apportent une vraie activité économique. Sur Joué-lès-Tours, aussi ! Ça peut créer des vocations. C’est un accompagnement à la carte.

La Nuit de l'info : pizza, codage et Polytech'

Les étudiants de Polytech’ Tours auront tout une nuit (blanche !) pour réaliser les défis de La Nuit de l’info.

La Nuit de l'info
Lors de la première édition, il y avait 202 étudiants participants. L’an dernier, ils étaient 2 853. (Photo C.Line Design)

 
 

Des étudiants, des défis, du web et une seule nuit. C’est le pari un peu foufou de la Nuit de l’info, une compétition nationale organisée depuis 2007. Une sorte de grande aventure collective réunissant des étudiants d’école informatique de toute la France et à laquelle Polytech Tours participe pour la première fois, cette année.
« C’est quelque chose qui prend de l’ampleur et on trouvait l’idée sympa », indique Yannick Kergosien, 30 ans. Cet enseignant- chercheur à Polytech Tours chapeautera la compétition avec ses collègues Carl Esswein et Jorge Mendoza. Le 4 décembre sonnera le début de la Nuit de l’info, à 16 h 36 pile et s’achèvera le lendemain, à 8 h 04. Précis, non ? « Ce sont les horaires de coucher et lever du soleil », répond Yannick Kergosien.

Partout en France – et donc à Tours – les étudiants seront regroupés en équipes. Les défis, lancés par des entreprises partenaires, tomberont d’un coup : développer une appli, un programme web, une interface ergonomique, etc. Et c’est parti pour une nuit blanche à faire carburer ses méninges et son savoir. « Bref, on va prévoir les pizzas et le café ! », lance Yannick Kergosien, en riant.
Au-delà de l’aspect purement fun et bon enfant, la Nuit de l’info pourrait aussi permettre de jolis débouchés pour les participants. « Bien sûr, ça a des incidences. À Tours par exemple, l’entreprise Umanis se prête au jeu et verra de quoi ils sont capables. Il y a aussi des groupes, comme IBM. C’est une bonne chose pour les étudiants. Il y a certes une récompense pour les gagnants à la fin, mais ça fait aussi une ligne en plus sur le CV. Et ça fait connaître les entreprises qui recrutent des ingénieurs. »

Pour l’instant, Polytech Tours a déjà réuni onze équipes, soit 77 étudiants pour la Nuit de l’info. Et compte bien remporter les défis.

Création d'entreprise : et les femmes alors ?

Oser se lancer, gérer sa vie familiale, se libérer du machisme… tant d’étapes à surpasser pour les femmes qui désirent entreprendre. Trêve d’hésitations ! C’est possible et ça marche plutôt bien ! Témoignages…

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Oser se lancer, gérer sa vie familiale, se libérer du machisme… tant d’étapes à surpasser pour les femmes qui désirent entreprendre. Trêve d’hésitations ! C’est possible et ça marche plutôt bien ! Témoignages
 
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VIE FAMILIALE : C’EST POSSIBLE
Construire une famille en même temps que de construire une entreprise ? Les hommes le font bien, non ? C’est pourtant tout un programme pour les femmes qui d’après l’Observatoire des inégalités consacrent en moyenne (weekends compris) près de 4 heures par jour aux tâches domestiques contre 2 heures et demie pour les hommes. « Celle qui y arrivent sont celles dont les conjoints les soutiennent moralement et financièrement », affirme Laurence Hervé. Comme Marie-Ange, qui salue son mari, bienveillant à son égard, contrairement aux conjoints d’autres amies entrepreneuses qui ne croyaient pas en leur femmes. « Leurs affaires ont rapidement splitté, moi, si je n’avais pas eu ma famille derrière moi ce n’était pas la peine de se lancer. Quant à mes enfants, ils sont adolescents, ils ont besoin de moins d’attention, et lorsque c’est le cas, je m’arrange pour être là. » Car l’avantage, lorsqu’on est son propre chef, c’est qu’on fixe ses propres règles et ses horaires ! « On peut adapter son rythme à la vie, précise Laurence Hervé. Moi je me suis permise de faire rentrer un bout de vie privée dans mon entreprise, au sein de laquelle j’allaitais mon enfant. Mes salariées aussi le font ! ». D’autres préfèrent travailler chez elles pour concilier leur business au bien être de leur enfant « je peux mettre de coté mes affaires pour les accompagnements en voiture le mercredi après midi, et je vais souvent sur le terrain ou à des réunions, je ne suis pas coupée du monde », témoigne Barbara Chaminade, mère de deux enfants.
DOS_PION 2OSEZ ! VOUS ETES LEGITIMES !
Par crainte d’être remises en cause, les femmes s’arment davantage que les hommes avant de se lancer. « Ce besoin de légitimité, les femmes le comblent par leurs formations ou leurs expériences sur le terrain, c’est pour cela qu’elles commencent moins jeunes que les hommes », constate Laurence Hervé, présidente de la délégation tourangelle de Femmes 3000. Marie-Ange Zorroche, 41 ans, a créé deux entreprises d’aide aux parents il y a un an, elle témoigne : « j’ai ressentis le besoin d’obtenir les diplômes qui convenaient. J’ai tendance à y faire souvent référence, comme si je me justifiais. » En plus des diplômes, c’est en étant sûres de leur compétences qu’elles veulent entrer dans l’arène. « Lorsque j’ai voulu me lancer, j’avais deux idées à la base : soit partir de ma passion et proposer des cours de coutures, soit, m’appuyer sur mon savoir-faire due à mon expérience de commerciale en proposant mes services aux entreprises. J’ai choisi la seconde activité, c’était plus réaliste, je me sentais plus confiante », se souvient Barbara, qui fête les deux ans de son entreprise. On retrouve ce besoin de légitimité dans le choix des secteurs d’activités. Bien-être, enfance, aide aux particuliers, les femmes ont tendance à aller vers les domaines qu’on prête « culturellement » aux compétences « féminines » : l’écoute, l’empathie, l’éducation. D’où le déficit féminin dans les métiers de la technique. D’une manière générale, les femmes fournissent plus d’effort pour monter leur business. L’effort numéro un étant de se permettre d’oser. « Et même lorsque l’on s’y autorise, nous avons a besoin qu’on nous rassure avant d’y aller », conclut Marie-Ange Zorroche. Car le manque de reconnaissance et de confiance ne vient pas uniquement de l’extérieur, ils sont ancrés dans la tête des femmes elle-même. « C’est en voyant des exemples de femmes qui réussissent dans les médias ou en les rencontrant dans les forums comme celui de Femmes 3000, qu’on se dit « pourquoi pas moi » », constate Laurence Hervé.
DOS_PION 2SE LIBERER (UN PEU) DU MACHISME AMBIANT
« Depuis que je suis à la tête de mon entreprise, je n’ai plus affaire aux réflexions machistes », raconte Marie-Ange, anciennement salariée dans le milieu sportif. Maintenant qu’elle exerce dans un domaine qu’on prétend féminin, l’éducation des enfants, la tendance s’inverse : les clients préfèrent avoir affaire à une femme. « Une des motivations des femmes pour créer leurs entreprises est de se libérer des carcans traditionnels et sexistes de certains organismes », analyse Typhaine Lebègue, spécialiste de l’entrepreunariat féminin. Selon elle, vu que l’entrepreneuse choisit son domaine de prédilection ainsi que son environnement de travail, elle arrive à se dégager des relations machistes qu’elle pourrait vivre ailleurs. C’est exactement dans ce but que Barbara Chaminade a crée sa propre activité, en quittant à 41 ans le groupe où elle exerçait en tant que salariée. « J’en avais marre des rapports machos avec mes patrons et des façons de faire inacceptables dans la vie quotidienne. Je voulais être prise au sérieux en arrêtant de prouver sans cesse que je suis capable parce que je suis une femme. J’avais envie de crier haut et fort : je suis une pro, j’ai fait des études, et j’ai l’expérience du terrain, laissez moi faire mon travail !». Bien que l’émancipation puisse être la solution, elle n’est pas le remède à tout, notamment lorsqu’on est patronne dans un secteur d’hommes… Comme Anne Courrier, 48 ans, à la tête d’une entreprise de bâches de camion à Chinon. «  Les remarques à mon encontre sont tellement courantes que je ne les relève plus maintenant. C’est surtout sur le physique, ou alors on a peur que je ne comprenne pas une explication technique. J’ai parfois l’impression, en tant que femme à la tête d’une entreprise, d’être attendu à chaque virage. Il ne faut pas se laisser faire et être confiante de ce que l’on est ! » Pour Marie-Anne Vivanco, pourtant chef d’une entreprise d’électricité, être une femme a cela dit des avantages dans le monde des affaires : «  je trouve que les hommes ont tendance à vouloir moins contrarier une femme, la négociation est plus simple, alors qu’entre deux hommes c’est plus brutal !»