Lee Fields : le soulman aux neuf vies

Après un début de carrière dans l’ombre de James Brown, le chanteur américain Lee Fields est finalement dans la lumière, pour un succès mondial sur le tard. Enchaînant les vies tel un chat aguerri, il sera à l’espace Malraux ce vendredi.

 

Comme les chats, Lee Fields a plusieurs vies. Et l’homme semble toujours retomber sur ses pattes. Lorsqu’il se lance comme chanteur de soul music à la fin des années 1960, le succès lui sourit. Il enchaîne les 45 tours, et trace son sillon dans l’ombre de James Brown, auquel on le compare presque toujours.

« Little JB » (le « petit James Brown ») ne résiste pourtant pas aux assauts du disco. Les concerts se font si rare au tournant des années 80 que notre homme se lance dans l’immobilier ! Il chante donc les louanges de maisons à vendre pendant dix ans, en attendant que le vent tourne à nouveau en sa faveur.

La 3e vie du félin Fields se profile à l’horizon 1990, lorsque l’artiste se remet en selle, côté blues. Mais la grande vie, elle, commence à l’aube des années 2000, lorsque les artistes hip-hop et autres DJ s’emparent des trésors du soulman.

Martin Solveig, en 2006, invite l’artiste sur un album et dans ses clips : « Martin m’a demandé de le rejoindre pour chanter certaines chansons, et cela a joué un rôle important dans la suite de ma carrière ! Des gens qui n’avaient sans doute jamais entendu parler de moi m’ont découvert, et je lui en suis redevable. »

 

Depuis, d’autres se sont frottés au talent de Lee Fields, comme le trio néerlandais Kraak & Smaak, le Français Wax Tailor, ou les rappeurs américano- australiens Bliss N Eso. Pour les collaborations « en chair et en os » ou un sample de ses titres, le chanteur s’entoure aujourd’hui d’une équipe qui gère les autorisations de droits d’auteur et autres détails administratifs.

Après avoir collaboré avec les musiciens d’Amy Winehouse ou Sharon Jones, il s’entoure aussi depuis 2009 d’un groupe fidèle, The Expressions. Sur scène, ils sont ainsi une quinzaine autour du chanteur. Choeurs, cordes, et bien sûr des cuivres, pour faire pleuvoir l’amour sur les spectateurs… car avec son récent album It rains love, Lee Fields enchaîne tubes sucrés et morceaux rythmés, tantôt chat d’intérieur, tantôt tigre racé.


> Vendredi 18 octobre 2019. À l’espace Malraux en co-accueil avec le Petit Faucheux. Placement libre, à 20 h 30. Tarifs de 16 à 32 €

 

Le Petit Faucheux : la petite salle qui voit grand

Trente ans que ça dure ! Et l’aventure mâtinée de jazz du Petit Faucheux n’est pas prête de s’arrêter.

(Photo archives NR)

L’aventure du Petit faucheux dure depuis plus de 30 ans. Trente ans de passion pour une musique, le jazz, qui se décline sous bien des formes et bien des couleurs.

Aujourd’hui, la petite salle de la rue Léonard de Vinci fait partie des incontournables du paysage tourangeau, au même titre par exemple, que les cinémas Studio ou de TVB.
Et, comme eux, le Petit Faucheux exporte l’image de la ville bien au-delà de ses frontières. .

« Nous sommes très reconnus au niveau national, confirme Françoise Dupas, directrice du lieu. Comme le Temps Machine, nous avons le label SMAC et sur les 90 établissements qui ont ce label en France, cinq seulement sont spécialisés dans le jazz. Et, parmi ceux-là, Le Petit faucheux est la plus importante en terme de jauge et de public. »

Pas pour une élite

Et cela place naturellement Tours parmi les places fortes du jazz en France. « Quand une tournée européenne se monte pour un artiste international et qu’il y a dix dates en Europe, dont seulement deux en France, très souvent, nous sommes une de ces deux-là. »
La force du label, mais la force de l’histoire et, surtout de la réputation globale de l’endroit. « C’est vrai que nous sommes très attentifs à l’accueil des artistes, cela participe à notre réputation et cela facilite la venue des têtes d’affiche », souligne Françoise Dupas.

Têtes d’affiche dont peuvent profiter des spectateurs tourangeaux qui ne se limitent pas aux seuls amateurs de jazz. « Il est très important pour nous de nous tourner vers d’autres publics, en co-produisant des spectacles avec d’autres, en participant à des festivals, en menant des actions auprès du jeune public et, aussi, en nous transportant dans des lieux où on ne nous attend pas forcément. »

Manière de rappeler que le jazz (mais c’est vrai aussi pour toutes les musiques, finalement) est une expression populaire, aucunement réservée à une élite d’initiés.

A Tours, la culture sans frontières

Et si on vous disait que la culture à Tours est en train de devenir un exemple au niveau national ? Eh oui, les complicités qui se tissent ici entre les acteurs en font une ville unique.

(Photo NR / Julien Pruvost)

« Une autre chanson… Oui, vous madame ! » Thomas Lebrun est planté au milieu d’une scène improvisée dans une des salles du musée des Beaux-arts.
Les spectateurs-visiteurs ont une liste de titres entre les mains et ils lancent leurs propositions à la volée. Quand un morceau est choisi, un des danseurs de la troupe s’élance et improvise sur la musique. Des danseurs contemporains, dans un musée d’art classique, devant des spectateurs de hasard : cherchez l’erreur !

Mais cet improbable brassage est tout, sauf une erreur, sauf un hasard. « Il y a quelque chose d’assez unique, je crois, qui s’est mis en place depuis quelques années à Tours, savoure Françoise Dupas, directrice du Petit Faucheux, salle mythique du jazz s’il en est. Les lieux et les artistes collaborent ensemble et s’ouvrent les uns aux autres de façon très facile. »

Des « complicités »

Car Thomas Lebrun, charismatique directeur du Centre Chorégraphique National, ne fait pas exception. Benjamin Pionnier et Jacques Vincey, qui président respectivement aux destinées du Grand Théâtre et du Théâtre Olympia ne sont pas en reste.
« Jacques a fait sa première mise en scène d’opéra l’an dernier au Grand Théâtre mais l’an prochain, il vient comme comédien, comme résident, détaille Benjamin Pionnier. Cette année également, le chœur va participer à des spectacles dans la saison du théâtre Olympia. »

La liste de ces « complicités » entre ces deux lieux phares de la culture tourangelle est longue comme le bras. Et elles ne datent pas d’hier. « Il y a eu un alignement de planètes il y a quelques années quand plusieurs personnes sont arrivées en même temps à la tête de structures importantes, avec la même vision. Des gens qui avaient envie de travailler ensemble et qui n’avaient pas le goût du pré carré », se souvient Benjamin Pionnier.

Mais lui comme beaucoup d’autres le soulignent : tout cela n’aurait pas été possible sans une réelle volonté politique. « Dès 2015, c’était dans le projet de la Ville et de l’adjointe à la culture, Christine Beuzelin que de créer cette synergie, ces passerelles entre les lieux et les esthétiques. »
Tout cela, bien sûr, pour renouveler les publics et les propositions, mais aussi pour faire rayonner la ville sur le plan culturel, au-delà de ses frontières. « Elle est connue dans le milieu professionnel, cette ouverture. Tours est donnée en exemple pour cela », assure le directeur de l’Opéra.

La naissance du CCCOD, en mars 2017, est venue sceller cette nouvelle donne. Car, dès le début, dès les premières prises de parole de son directeur Alain-Julien Laferrière, le ton était donné : le centre d’art sera un carrefour, une agora où tous les artistes de la ville, comme ceux venus de beaucoup plus loin, pourront se retrouver.
Et, de fait, depuis sa création, le CCCOD multiplie les collaborations et ne perd jamais une occasion d’ouvrir ses portes à d’autres publics.

Des gens qui ont envie de travailler ensemble

« Avant, on avait peur qu’en se mélangeant avec les autres, on perde son public, analyse Benjamin Pionnier. Un public, c’était un peu une chasse gardée. Aujourd’hui, la consommation culturelle c’est “ Je vais voir le spectacle qui me donne envie et s’il y a un lien entre deux arts, c’est encore mieux ” ».

Voilà pourquoi une chanteuse de rock comme Claire Diterzi a pu passer une année en résidence au Grand Théâtre, aventure conclue par un concert de ses chansons en version symphonique, avec le chef à la baguette et le choeur de l’Opéra sur scène.
Voilà comment les affiches du Petit Faucheux se délocalisent à Thélème ou à Malraux quand elles sont trop alléchantes, comme ce fut le cas avec Brad Mehldau en mai dernier. Et font souvent salles combles.

À Tours, la culture ouvre les fenêtres à tous les étages. Un exemple ? Autour de la programmation pointue concoctée par Marie Hindy cette saison à Malraux, viendront s’ajouter plusieurs soirées plus « grand public » : Bigard dans son show d’adieu en novembre ou le tribute à Goldman en mars 2020. « Mais Marie, moi et les autres, on fait le même métier ! insiste Julien Lavergne, le patron d’AZ Prod, qui produit ces spectacles dans la région. Notre boulot, c’est de mettre des artistes en relation avec un public. »

Il n’y a pas de bon ou de mauvais public, ni d’art a priori plus respectable qu’un autre. Pour l’avoir compris et le mettre en pratique, la culture tourangelle est en train de franchir un vrai palier. Et ce n’est que justice.

Photo NR/Guillaume Souvant

Xavier Stubbe : chanson à textes pour enfants

Xavier Stubbe ne fait pas de la chanson pour enfant. Il fait des chansons, pour des enfants, nuance ! Il sort un nouveau et superbe livre CD et sera en concert le 26 juin au Petit Faucheux. Rencontre.

(Photo crédit xavierstubbe.com)

SON TRAVAIL

Ce que je fais, c’est de la chanson à texte pour les enfants. Ils ont des points de vue sur tout et souvent très intéressants. Et puis, ce sont eux qui vont se retrouver, demain, face à tous les problèmes d’aujourd’hui. Et donc, c’est intéressant d’aiguiser leur curiosité, leur réflexion, dès le départ.
Mais, aux concerts, toute la famille est là et les parents peuvent prendre du plaisir aussi avec les chansons, les recevoir à un autre niveau. Et quand elles ouvrent des débats après le spectacle, là, je me régale !

LES NOUVELLES CHANSONS

Il y a toujours quelques chansons très légères, comme Atchoum ou Ils sont où, parce c’est bien qu’il y en ait, mais il y a aussi beaucoup de chansons qui traitent de sujets très actuels. Tata 5G, par exemple, me permet de parler des écrans, en portant l’attention sur une Tata qui est tout le temps connectée, ça permet de dire des choses sans donner trop de leçons…
De nombreux thèmes très dans l’air du temps sont aussi abordés dans En 2050, Tous différents, ou On marche sur la tête, qui a donné son titre à l’album.

Illustration CHARLOTTE VOLTA

LES ILLUSTRATIONS DU LIVRE

Elle sont signées de Charlotte Volta, qui est originaire d’Orléans et qui fait à la fois de l’illustration et de la création de vêtements… J’aime beaucoup sa sensibilité et elle a amené cette touche poétique et féminine qui me plait beaucoup.
Pour les enfants qui sont un peu plus jeunes, ça les ramène à un objet qu’ils connaissent et qui est beau et les illustrations aident à la compréhension. Elles permettent de mieux saisir les paroles, elles incitent à écouter les textes. Chaque planche est une histoire différente.

LA TOURNÉE

On sera trois sur scène, Benoît Lavollée au vibraphone et clavier qui sera dans un « vibravion » avec les claviers cachés dans les ailes. Mathieu Hénault, à la batterie et drum machine et moi au chant et à la guitare et ukulélé. Et le décor nous permettra de rentrer vraiment dans l’univers visuel de l’album.
Sur scène, il y aura, par exemple, une tour de quatre mètres de haut comme sur la pochette de l’album avec quelques fenêtres qui vont s’allumer à certains moments.

AU DÉBUT

J’ai une formation de musicien intervenant à l’école. Je faisais des ateliers pédagogiques de chansons avec les enfants quand la Sacem a lancé le programme La fabrique à chansons. Et, du coup, plutôt que de faire ça dans mon coin, je m’y suis inscrit.
Et j’ai eu la chance de gagner le concours avec les enfants. Je fais encore quelques ateliers dans des classes de la région, mais assez peu en fait, je n’ai pas le temps de participer à plus de un ou deux projets par an. La scène me prend beaucoup de temps : je donne environ 70 concerts par an.

LE TRUC À NE PAS LUI DIRE

Pour les enfants, ça ira bien.

> En concert le 26 juin au Petit Faucheux. Plus d’infos ici ! 

 

Brad Mehldau : serial pianiste

L’Américain Brad Mehldau, pianiste virtuose et influent, foulera les planches de l’Espace Malraux en formation trio le 7 mai. Portrait d’un jazzman atypique, capable de toucher un large public et qui n’hésite pas à découvrir d’autres territoires.

(Photo Elizabeth_Leitzell)

MERCI COLTRANE

Né en 1970, en Floride, c’est à 6 ans que le petit Brad commence à tapoter sur son piano. S’il travaillera son répertoire classique jusqu’à 14 ans, c’est à 12 ans qu’a lieu le déclic.
Dans un camp de vacances à Merrywood, un de ses copains de chambrée dégaine une cassette de My Favorite Things, de John Coltrane. La découverte est une véritable claque, « une initiation, une cérémonie ». « Quand je suis ressorti du dortoir, je n’étais plus le même », écrira-t-il dans son essai publié en 2010 et intitulé « Coltrane, Jimi Hendrix, Beethoven et Dieu ».

SOLO, DUO, TRIO

Le pianiste expérimente. Il teste tout. Brad Mehldau s’est essayé à la discipline du solo. Il a même tenté l’aventure du duo, exercice plutôt rare. Mais il joue aussi et surtout en trio – lancé en 1996 – et il y excelle. À ses côtés, le contrebassiste Larry Grenadier et le batteur Jeff Ballard, ses vieux compères. Des compagnons de route, des comparses de prédilection qui n’ont pas changé. En solo, en duo, en trio, dans la compo ou dans l’impro, Mehldau réussit tout avec brio.

Brad Mehldau en trio (Elizabeth_Leitzell)

UN JAZZMAN ROCKEUR

Brad Mehldau est reconnu pour être capable de passer du jazz au rock. Gamin, il dévorait des disques de pop et de rock progressif.
Aujourd’hui, son répertoire est large. Outre le jazz, il ne s’interdit pas de jouer des morceaux des Beatles, de Radiohead ou encore de Nick Drake, en se réappropriant leurs thèmes avec une facilité déconcertante.
Il suffit de filer sur Youtube et jeter un œil (et une oreille) sur son passage à Vienne en 2010 pour se délecter de sa reprise du Dream Brother, de Jeff Buckley. Ou encore quand il reprend le mythique Hey Joe de Jimi Hendrix et… Smells like teen spirit de Nirvana !
En 2010, dans Libé, Brad Mehldau clamait : « Que la vie serait triste sans rock ‘n’ roll ! » On valide.

SE FAIRE UN FILM

Le musicien n’hésite pas à sortir de sa zone de confort. Il a participé à des musiques de films. Cet « artisan du clavier », ainsi qu’il se surnomme, a ainsi jeté ses notes dans les longs-métrages Eyes Wide Shut, Space Cowboys, Ma Femme est une actrice…

ET EN VRAC

On peut dire de Brad Mehldau qu’il a tourné un peu partout, régulièrement invité dans les plus grands festivals de jazz du monde. On peut également dire qu’il est fan de poésie, amoureux de philosophie, qu’il a joué avec Charlie Haden et Joshua Redman, qu’il a enregistré son premier album en ‘95, qu’il s’est même frotté à du Bach, qu’il a reçu le prestigieux Prix Miles Davis à Montréal en 2006, que Pink Floyd a eu un grand impact sur lui, qu’en 2014 il avait eu un immense coup de coeur pour un groupe de… death metal !

> Brad Mehldau Trio, le mardi 7 mai à 20 h 30 à l’Espace Malraux. Organisé par le Petit Faucheux. Tarifs : de 18 à 35 €.
> bradmehldau.com et facebook.com/BradMehldau

 

Jazz : Baptiste Trotignon, pianiste unique

Attention, concert exceptionnel ! Ce vendredi 22 mars, le pianiste Baptiste Trotignon partagera la scène avec Joe Lovano. Retour sur la carrière d’un compositeur hors-pair.

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(Crédit Photo Hélène Pambrun)

AUTODIDACTE

— Baptiste Trotignon naît en 1974, en région parisienne. Enfant, il est poussé par son père à poser ses mains d’abord sur un violon. Il essaye. Mais la sauce ne prend pas. En revanche, lorsqu’il découvre le piano deux ans plus tard, c’est la révélation.
C’est dans la Drôme qu’il va se familiariser avec l’instrument, grâce à une vieille dame atteinte de la maladie de Parkinson ! À 10 ans seulement, il joue déjà du Moussorgski. Ses premières impros, en autodidacte, le pousseront naturellement vers le jazz. Baptiste Trotignon vient de tomber amoureux d’un son et d’un genre qu’il épousera toute sa vie.

PASSION JAZZ

— Grâce à un passage au Conservatoire de Nantes, Baptiste Trotignon peaufine son approche du piano. À 13 ans, il considère sérieusement la musique, mais hésite encore entre le classique et le jazz. Mais c’est ce second qui finit par occuper l’esprit de l’ado.
Le swing l’excite. Il découvre des disques, des artistes. À 16 ans, il donne son premier concert. La vingtaine tout juste passée, on le verra même dans le film Le Nouveau Monde, dans le rôle… d’un jeune pianiste ! Ce style de prédilection est partout. L’attirance terrible pour la liberté de l’improvisation fera de lui l’une des références en matière de jazz français contemporain.

MULTIRÉCOMPENSÉ

— Qui dit Trotignon, dit multiples récompenses. La carrière du musicien a été jalonnée de prix divers. En 2001, avec « Fluide », le premier disque de son trio, il récolte un Django d’or d’espoir. Puis tout s’enchaîne : Prix Django Reinhardt de l’Académie de jazz, Grand Prix du Concours international Martial Solal, Révélation française aux Victoires du jazz… Tout ça alors qu’il n’a, à l’époque, que 31 ans.

UN VIRTUOSE ?

— Le musicien est humble. Baptiste Trotignon aime la virtuosité, mais ne s’estime pas virtuose. « Je vois plus mes éternelles lacunes pianistiques que je n’arrive toujours pas résoudre », disait-il dans une interview à orchestre-ile.com Mais il reste conscient d’avoir travaillé dur quand il était jeune. Un apprentissage féroce de la technique pour rester fluide. « Le piano est consentant », aime-t-il à dire, reprenant la phrase de György Sebök.

DES RENCONTRES

— Le parcours de l’artiste est aussi un chemin de rencontres. Des concerts avec Tom Harrell ou le grand Brad Mehldau par exemple. Mais aussi des collaborations avec David El Malek, Otis Brown III, ou encore le percussionniste Minino Garay. Cette semaine, les amoureux de jazz pourront le voir aux côtés d’un autre immense musicien : Joe Lovano. Et ça, c’est à Tours que ça se passe.

>>Pratique : Baptiste Trotignon et Joe Lovano, en concert le 22 mars, à 20 h, salle Thélème. Organisé par le Petit Faucheux. Tarifs : de 11 à 23 €.

24 heures au Petit Faucheux, l’antre du jazz

Pour ses 30 ans, le Petit faucheux s’est offert le regard de la photographe Géraldine Aresteanu. Elle y est restée du vendredi 12 mai, 6 h, au lendemain matin, 6 h.

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6H. Au lever du jour, la fée du logis Aude Falgairette (également musicienne) ouvre la porte la première. Pièce par pièce, elle fait sortir les lieux des ténèbres.

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9H. Un café ? Isabelle Boulanger, chargée du développement culturel prépare l’indispensable potion magique pour démarrer la journée.

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10H. La salle de spectacle dort encore, l’endroit est calme et serein, même si tout le monde est déjà sur le pont pour préparer le concert du soir.

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14H. On dort peu quand on travaille au Petit faucheux. Mais parfois, on se fait surprendre par Morphée.

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18H. Les techniciens opèrent un dernier numéro d’équilibriste avant l’arrivée des artistes pour les mettre en lumière.

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19H. Les bénévoles arrivent avec les courses pour le repas des artistes. Lucille Richard et Louise Aimé sont rodées.

… Pour voir la suite du portfolio, n’hésitez pas à lire notre dernier numéro (n°268) !

LA PHOTOGRAPHE : Géraldine Aresteanu
Photographe entre Orléans et Tours, Géraldine Aresteanu réalise depuis 2014 des reportages pendant lesquels elle raconte en 100 photos toute la journée d’une personne. Et depuis peu, elle s’imprègne aussi pendant 24 h (pas une minute de moins) d’un lieu. « Je trouvais que je ne passais pas assez de temps avec les gens, grand max’ une heure. Là, je suis tout le temps avec eux, je les suis comme une glu. Je dors chez eux, avec eux parfois, ils finissent par l’oublier, s’habituer », raconte-t-elle.
Le pianiste de jazz Jacky Terrasson, le circassien Yoann Bourgeois ou encore le chanteur de cabaret Jérôme Marin sont passés par-là. La direction du Petit faucheux entend parler de ce projet grâce à la graphiste des lieux et passe commande pour une exposition qui marquera les 30 ans des lieux.

Du vendredi 12 mai, 6 h 15 au samedi 13 mai, Géraldine a donc suivi les faits et gestes des travailleurs qui traversent ce lieu mythique. Le Petit faucheux est seulement le second lieu qu’elle photographie de la sorte, après le Moulin Rouge. Espérons qu’il ait une aussi longue vie !
> Exposition visible du jeudi 5 octobre au 21 décembre, dans le hall d’accueil du Petit faucheux, du mercredi au vendredi, de 13 h à 19 h et les jours de concerts à partir de 13 h.
> Et sur : www.24h.geraldinearesteanu.com

3 questions à…
SYLVAIN MOUSSET, PRÉSIDENT DU PETIT FAUCHEUX

QU’EST-CE QU’ON PEUT RETENIR POUR LES 30 ANS DU PETIT FAUCHEUX ?
Pour les 25 ans, nous avions réalisé un travail sur l’histoire du lieu, résumé dans un livre. Pour les 30 ans, nous pouvons dire que nous avons gardé beaucoup de continuité dans le jazz et la musique improvisée. Il y a des choses très fortes et qui durent comme le blues et le jazz de la Nouvelle Orléans, mais nous essayons aussi d’être attentifs à comment cette tradition se perpétue et se transforme.

EN QUOI LE JAZZ S’EST TRANSFORMÉ ?
Le jazz a intégré différents styles de musique comme le rock, le hard rock, le metal, l’électro, la musique contemporaine et même digéré le rap. Nous essayons donc de travailler dans ce champ esthétique et d’en être le reflet. Il y a aussi aujourd’hui un niveau technique des nouveaux musiciens qui est plus élevé qu’avant et ils n’ont pas une culture uniquement jazz. Nous les soutenons dans leur création. Avant, nous étions jazz, jazz, jazz, désormais, on travaille avec le Centre chorégraphique national de Tours autour de l’impro et des écrivains ou scénaristes viennent en résidence.

LE PETIT FAUCHEUX S’EST LUI AUSSI OUVERT ?
Nous faisons venir les gens et nous allons vers eux à travers des actions culturelles. Nous accueillons une centaine de concerts mais le lieu est ouvert beaucoup plus tout au long de l’année pour accueillir les répétitions, les créations, les enfants du chœur du Petit faucheux… On développe aussi le panel du public avec un travail en accord avec les écoles primaires, les collèges et lycées, sans oublier la petite enfance, la prison de Tours, ou encore l’hôpital Clocheville.

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Joe Lovano : monstre sacré du jazz

Le jazzman mythique Joe Lovano est en concert à Tours cette semaine. L’occasion rêvée pour tmv de passer un coup de fil au musicien qui s’est entretenu avec nous, en direct de New York.

(Photo Jimmy Katz)
(Photo Jimmy Katz)

Ce qui frappe, d’abord, c’est sa voix. Joe Lovano a le timbre grave. Parle posément, doucement. Le jazzman articule ses phrases mais laisse traîner certains mots. Comme beaucoup d’Américains, ses « you know » (« vous savez ») sont une ponctuation à part entière.
Il est 16 h 20, six heures de moins à New York, lorsqu’il prend notre appel. Nous sommes en retard. « Oh, pas de souci ! Je sors tout juste du petit déjeuner ! », dit-il lentement. Une force tranquille.

Joe Lovano fait partie des monstres sacrés du jazz. Près de 60 ans qu’il baigne dans cette musique : il n’avait que 5 ans lorsqu’il a commencé. C’est son père, alias Big T, qui l’a fait tomber dans la marmite du jazz.
Désormais, le saxo de Lovano, c’est le prolongement de son bras, de sa bouche. C’est son âme, sa vie. Le musicien écume les scènes depuis ses 16 ans. Il en a 64 aujourd’hui. « Vous savez, beaucoup de gens ont l’amour de la musique dans leur coeur. C’est ça qui est incroyable. C’est une bénédiction de pouvoir tourner partout dans le monde. On ressent constamment l’énergie des gens pour qui on joue », souffle Joe Lovano.

Énergie est un mot qui revient souvent chez le musicien originaire de Cleveland. On lui demande si celle-ci est aussi excitante qu’à ses débuts sur scène. « Au début, vous avez une énergie sauvage, vous savez. Vous voulez simplement être entendu. Après, on développe. Maintenant, je sais comment jouer pour les gens. C’est une nouvelle énergie musicale, elle est différente. C’est assez mystérieux. » De l’ordre du spirituel ? « Exactement. Voire du cosmique ! », répond-il.

(Photo Jimmy Katz)
(Photo Jimmy Katz)

Joe Lovano ne se contente pas de son statut de jazzman culte qui pondrait des albums à la chaîne. L’artiste est prolifique. Il multiplie les collaborations, les différents formats et ensembles, les collaborations. D’Aldo Romano à Joe Scofield, en passant par Elvin Jones et même… Lady Gaga à qui il a donné un coup de main (et de sax) sur un album avec Tony Bennett. D’ailleurs, Lovano se marre quand on y fait référence. « Il faut laisser les expériences survenir d’elles-mêmes », théorise-t-il. « Je suis chanceux d’avoir pu jouer avec autant de gens différents. La musique vient aussi des relations humaines, pas seulement d’un seul leader. »

D’ailleurs, pour sa venue à Tours, le musicien ne sera pas seul, mais en formation « classic quartet ». Lawrence Fields, Carmen Castaldi, Peter Slavov. Rien que ça. « Une nouvelle vision », dit simplement Joe Lovano. Et surtout, un but : « On doit raconter une histoire. »
Parce que le jazz est toute sa vie, il continuera à partager sa passion partout. Et tant pis si ce genre musical est considéré comme méconnu. « Un peu moins commun », préfère dire Lovano. Avant un éclat de rire : « Vous savez, le jazz, c’est comme un bon vin. Mais certains préfèrent aller chez Mc Do ! ».

> Joe Lovano & the classic quartet en concert le 11 mars, salle Thélème, à 20 h. De 15 à 28 €. Organisé par le Petit Faucheux.

[youtube]https://www.youtube.com/watch?v=m9mCWJTlHZ0[/youtube]

Les 10 commandements de Mauvais Genre

Du 24 au 28 mars, préparez le café : le festival Mauvais Genre revient pour sa 10e édition. Cinq jours de folies cinématographiques, de culture à fond la caisse et de moments culturels dingues tous azimuts.

1.TOUTE LA NUIT (INTERDITE) TU TIENDRAS
C’est THE rendez-vous  incontournable du festival  Mauvais Genre. La Nuit  interdite commence à  20 h 30 et se finit très  tard. Ou plutôt très  tôt.
Imaginez la bête :  3 longs-métrages et 5  courts à s’enfiler durant  toute la nuit. De quoi  vous emmener jusqu’à  4 h 30 du matin facile.  Cette année, vous aurez  notamment droit à The  Forgotten (lire inter- view de Gary Constant),  Hardcore Henry (un film  d’action spectaculaire  filmé en « point of view »)  et Bunny The Killer Thing  (un groupe d’ados et  de scientifiques coincés  dans une cabane alors  qu’un monstre mi-homme  mi-lapin assoiffé de sexe  les attend… Et promis on a  pris aucune drogue).
La séance aura lieu vendredi 25, dans la grande  salle du CGR Centre. Soit  420 places et donc 420  potentiels fanatiques de  ciné qui ressortiront de  là le lendemain matin  les traits tirés, les yeux  englués (miam), accompagnés du gazouillis des  oiseaux.

2.LES  OREILLES  TU TE NETTOIERAS 
Trois jours, trois  concerts, trois  moments pour nettoyer vos esgourdes  et trémousser votre  petit popotin au  square Sourdillon.  Samedi, à 19 h 15,  place d’abord à nos  chouchous de Johnson  Concorde, rockeurs  survitaminés qui revendiquent un « savant  mélange entre Alice  Cooper et l’Opéra de  Quat’sous  ».
Dimanche,  même heure, Holy  Chips, un groupe qui  mixe les influences de  leurs compositeurs :  Piano Chat, Funken et  Iologic. Lundi, The  Shady Greys débar – queront à 19 h : un  petit duo au gros son  saturé qui envoie aux  fraises les White  Stripes.

[youtube]https://www.youtube.com/watch?v=kf82yeG2-Zw[/youtube]

3.AU VILLAGE TU TE BALADERAS
Au village sans prétention,  vous avez mauvaise réputation… sauf à Sourdillon  (trouvez la référence et  vous gagnez une pipe,  une moustache et une gui- tare). Au Village Mauvais  Genre, geeks, cinéphiles  et littéraires trouvent leur  compte. Sont notamment  prévus auteurs et illustra- trices (Denis Soubieux,  Claudine Chollet, Aurélie  Lecloux…), des assos  (tailler le bout de gras  avec Ohé du bateau, ça  vaut le coup), mais aussi  la Fouée Gourmande bio  et Geek’n’Pop, boutique  dédiée aux produits dé- rivés de série TV, comics  et jeux-vidéos.
Et comme  c’est le week-end et que  vous serez fatigué(e)s de  votre marathon ciné- phage, le village Mauvais  Genre a même convié des  masseurs, relaxologues et  des pros du shiatsu. Zen…

4.DEVANT LE JURY TU BAVERAS index
Qui dit 10e édition,  dit jury en béton. Le  jury pro est constitué, cette année, de  Claude Perron. La  comédienne française  (vue dans Bernie, La  Horde, Belles fa – milles, Le Fabuleux  destin d’Amélie Poulain…) sera d’ailleurs présente pour  une rencontre avec  le public dimanche à  11 h. Pour les autres  membres, comptez sur  les acteurs Thierry  Frémont et Eriq  Ebouaney, Dédo l’humoriste métalleux du  Jamel Comedy Club… et  le réalisateur allemand Nikias Chryssos,  vainqueur l’an dernier avec son énormissime Der Bunker.
Comme en 2015, les  jurys jeune et de la  critique (dans lequel  tmv sera, youhou,  c’est la fête) seront  de la partie.

5.EXPOS ET CONFÉRENCES  TU IRAS VOIR 
Un peu de culture dans  ce monde de brutes. La  galerie Oz’art accueille  l’exposition Les Maîtres  de la BD européenne  et ce, jusqu’au 6 avril.  Parfait pour découvrir une  cinquantaine d’originaux  signés des plus grands  artistes, comme Franquin,  Toppi, Uderzo, Peyo, Hugo  Pratt…  Côté conférences, il faudra  compter sur le duo de  réalisateurs Seth Ickerman  pour une présentation  exceptionnelle de leur  prochain long-métrage de  science-fiction (samedi à  16 h). Lundi, même heure,  Paul Chadeisson, directeur  artistique, présentera en  exclu son jeu vidéo Strike  Vector ex. Et tout ça, c’est  gratuit. Cadeau!

6.DES COURTS- MÉTRAGES TU ENCHAÎNERAS
C’est pas la taille  qui compte. Ni la  longueur. La preuve,  Mauvais Genre enquille  les courts-métrages  et c’est d’ailleurs  souvent dans ces mi – ni-formats qu’on dé – couvre des perles. Il  suffit de zieuter un  œil au programme des  10 courts « fiction »  en compétition le  samedi soir pour s’en  apercevoir : Lux,  Seth, Les Garçons  clignotants ou encore  Sweet Family… Durée  mini pour plaisir  maxi.

7.MAD TU SERAS
La séance Mad in  France, c’est  simple : vous prenez  Erwann Chaffiot, journaliste à Mad Movies  et big boss sélectionneur du meilleur  des courts-métrages  français de genre récents. Vous rajoutez  leurs réalisateurs,  ainsi qu’une salle blindée et six petits  films qui vont vous  propulser dans la  stratosphère du bizarre, du fantastique  et de la créativité.
Rendez-vous le dimanche dès 15 h 45 au  Petit Faucheux.

8.DES PÉPITES TU DÉCOUVRIRAS
Avant-premières françaises, européennes ou  internationales, inédits, le  tout en version originale  sous-titrée… Le programme fait envie. À tmv,  on espère beaucoup du  Sunset Edge de Daniel  Peddle, où des ados à la  ramasse naviguent entre  skate, picole et substances  dans une petite ville abandonnée. Idem pour Wonderland, le film de clôture  qu’on rêve de voir pour  son côté film d’anticipation terrifiant (un effrayant  nuage apparaît dans le  ciel et recouvre la Suisse).
Enfin, on mise notre piécette sur 13 Cameras de  Victor Zarcoff, dans lequel  un couple en rupture  s’installe dans une maison,  sans savoir qu’un proprio  un poil voyeur et pas mal  flippant les observe…

[youtube]https://www.youtube.com/watch?v=3fzE481uu18[/youtube]

9.LA FRENCH  TOUCH TU AURAS 
Parce que le cinéma français, ce n’est pas que Kad  Merad ou des comédies  gnan-gnan. C’est aussi  un paquet de talents à  découvrir. Preuve en est  avec la soirée French  Touch, le dimanche à 21 h  15 au Petit Faucheux. Au  menu ? Le court-métrage  La Fille bionique, suivi du  pilote de la série Reset  et du film The Open, en  avant-première. Entrée,  plat, dessert, 100 % made  in France. Peut-être même  qu’il y aura Kev Adams.  Non, là, on rigole.

10.LE SOURIRE  TU GARDERAS
Le festival Mauvais  Genre, c’est surtout  de la bonne humeur.  C’est passer sans  souci d’une comédie déjantée, à un  thriller psychologique, en passant par  une production obscure sanguinolente.  C’est partir à dos  de licorne pailletée pour s’enfiler les  films jusqu’à ressortir de la salle avec  le siège imprimé sur  le derrière. Bref,  5 jours pour avoir la  banane.

>>>>Programme sur festivalmauvaisgenre.com

>>>>L’interview de Gary Constant, du festival, c’est PAR ICI

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RIP Daevid Allen… Il nous reste Jeff Ballard, Grisbi et Johnson Concorde

Notre chroniqueur blogueur Doc Pilot rend hommage à Daevid Allen… Mais n’en oublie pas de se nettoyer les oreilles, à coup de concerts bien sympas.

À 77 ans Daevid Allen, le fondateur des groupes Gong & Soft Machine, repart vers les étoiles… Un piano sous la lune, souvenir d’un album géant sorti en 1971, Camembert électrique …. et là-haut dans l’immensité éthérée, le pool vibratoire, pas mal de mecs dans la flying teapot : Pip Pyle, Alan Jack, Michael Karoli, et maintenant Daevid…. et bien sûr beaucoup de nous… 

On s’est quand même bien marré grâce à des mecs comme Daevid qui ne passaient pas à la radio , et tant mieux… Cette musique a bien hérissé mes parents, et tant mieux… Nos profs de musique détestaient cette musique, et tant mieux… Les culs-bénis détestaient cette musique et toutes les religions la détesteraient encore, et tant mieux… mais les concerts de Gong étaient toujours pleins… C’est un peu de cette étrange lumière des seventies qui s’efface avec le départ de l’artiste, de cette lumière qui nous fait tant défaut alors que l’ombre s’installe, liée à sa philosophie malsaine, l’obscurantisme..

[youtube]https://www.youtube.com/watch?v=ycBYm_1MUo8[/youtube]

Johnson Concorde au Temps Machine

Opéra rock au Temps Machine, tir de barrage étoilé dans le temple local de l’électricité pour le fantasme glamour d’un rock tubesque, mélange de Kiss et de Gary Glitter, aussi potache qu’un Slade, aussi technique qu’un Sparks, l’accord dans la forme entre la comedia del arte et la déclinaison décadente du rock n roll, tel que la firent et la débutèrent des Little Richard ou des Sweet, le tout glissé dans l’emballage de cuir noir d’un couple de Suzi Quatro dans la caricature. La bande-son d’un film italien sur le rock londonien du début des seventies, une pop spaghetti sexy, drôle, bâtie avec intelligence.

Derrière les acteurs du « drame », de l’image en appui, un rocky turone show initié au nord de Tours. Un bémol dans cette soirée pour les habitués du lieu : un fouillis dans la définition du son et un volume assez sage face aux concerts que nous venons régulièrement y voir.

Jeff Ballard au Petit Faucheux

Batteur légendaire ayant joué avec Chick Corea, Brad Mehldau, Pat Metheny, Jeff amène un quartet sans leadership évident, sans starisation optimale. Mélange équitable entre les artistes pour donner une musique aux racines évidentes, mais au rendu assez flottant pour un répertoire divers et inégal, avec des instants de grâce, des illuminations, des malaises aussi voire un peu d’ennui sur des climats trop étirés pour ne pas générer l’attente.

Lionel Loueke (Photo Doc Pilot)
Lionel Loueke (Photo Doc Pilot)

Pourtant, la recette semble porteuse dans le mélange de l’électronique (le point faible à mon oreille) aux instruments traditionnels, de la voix à la musique, de mélodies simples à des structures rythmiques proches de la musique contemporaine. Malgré toute la brillance des instrumentistes, je reste sur ma faim, pure attitude subjective, car le public adore. Reste le guitariste magique Lionel Loueke, un personnage et une histoire, un destin : chapeau bas. Reste aussi l’homme des claviers Kevin Hays, à la carrière historique : là, devant nous, pour nous, chez nous. Trop classe, Le Petit Faucheux, trop classe.

Moonjellies & Grisbi en Arcades Institute

Avant-dernière étape des Arcades Hivernales, de sucre et de miel avec deux formations maîtresses en l’art de bâtir des mélodies imparables, des harmonies de voix propres à vous faire planer, à vous propulser direct dans les hauteurs… The Moonjellies d’abord, dans la tradition des Byrds, de Crosby, Stills, Nash & Young, et cette impression de retrouver direct l’esprit et le son de la fin des sixties en Californie, avec une lente glissade vers le psychédélisme sur les deux derniers morceaux du set. Un feeling à la Jefferson Airplane, à la Grateful Dead… Avec un morceau de Neil Young en rappel, histoire de bien marquer le style, les racines…

On pense à Jonathan Wilson ; ils sont dans la même ligne. Grisbi, en deuxième partie, deux desserts pour cette fin d’après-midi, après deux ans d’absence le retour à la formule en quartet, la perfection dans l’exécution, toute en nuances, en écoute, le charme dans la voix de Natacha, l’impression encore une fois de s’élever à leur suite, d’être embarqué dans la lumière, avec en rappel une relecture incroyable d’un titre de Young Marble Giants. Ces deux formations sont des formations-sœurs, avec en commun la recherche du beau et du bonheur induit. Chapeau bas au sonorisateur, atout incontournable pour l’expression des artistes.

De Pantagruel à Ecoute-Voir en passant par Le Kyma

On ne sait pas comment il fait, mais Doc pilot est une encyclopédie de la culture. Et ça tombe bien, nouvel épisode de ses chroniques et découvertes pour tmv.

Pantagruel au Théâtre Olympia

Grande claque visuelle avec le Pantagruel, mis en scène par Benjamin Lazar : l’impression de tomber dans un trip psychédélique, une geste sous acide de la venue sur Terre du fils de Gargantua et de son parcours initiatique, sorte de Tour de France d’un compagnonnage de la folie et de la démesure, une glissade dans l’iréel par un texte étonnant de modernité dans son écriture, si facile à capter dans ses images explosives, servi par une interprétation excessive (pour notre plus grand plaisir) , époustouflante, délirante, du génial Olivier Martin-Salvan.
L’accompagnement musical sur des instruments d’époque apporte une touche d’identification temporelle à cette confrérie des fous sous ergot de seigle.

Désir Désirs à La Chapelle Sainte Anne

Je vous conseille d’aller voir la nouvelle expo collective en La Chapelle Sainte Anne, promenade onirique dans le talent et l’inédit, poussée de tous les artistes dans des secteurs inexplorés de leurs pratiques. Jean Pierre Loizeau en pleine recréation de son art, des extensions de ses personnages sous la découpe des corps et des âmes, Nikita et sa galerie de genre, interrogation sur l’identité et l’image, la sensation intime ne pas avoir le corps en phase avec l’esprit voire la possibilité d’évoluer dans la transformation ; extraordinaires portraits de Martine Bligny, ou comment oser le classique en sa perfection technique vers un clair-obscur intime et apaisant, les chaussons de danse de Alexandra Riss, une collection inquiétante… Un arrêt dans le temps, l’espace, le raisonnable, l’évident.

Le Kyma au Temps Machine

Soirée assez folle pour le dernier tour de piste de Le Kyma dans un Temps Machine relooké en un souk alternatif propre à dérouter le visiteur vers une soirée identifiée. Puis le concert, tel une messe païenne, de la joie et de la peine, de l’humanité en sons et en mots, un clin d’œil générationnel à la scène rap ligérienne avec la présence brillante de Ali’n et Nivek sur un titre, la naissance alors d’un super-groupe session dans l’esprit et dans le style. J’ai toujours du mal avec les concerts d’adieu.
Je reste dans le doute face à l’arrêt d’une démarche créative et sociale, m’imagine mal la fin d’une aventure artistique sans la contrainte d’un événement tragique. La talent est là, le public a répondu présent, la joie d’œuvrer et partager semble toujours d’actualité : nous restons tous dans l’attente de la prochaine étape : Le Kyma, le Retour !!

Le Kympa (doc pilot vidéo)
Le Kympa (doc pilot vidéo)

Festival Ecoute-Voir au Petit Faucheux

Grand bravo à Francis Plisson pour avoir programmé dans son festival François Chaignaud et Jérôme Marin dans « Sous l’Ombrelle », grande éclate visuelle et sonore déroulée sur la trame de chansons un peu désuètes des années 30 et des années 20, une légèreté surréaliste transposée dans deux personnages hors des normes et hors du temps. Deux représentations issues des fantasmes les plus fous habilement exprimés par la grâce d’un capital technique et artistique haut de gamme.
Pendant une grosse heure, les artistes nous transportent loin de la réalité, nous apportent bonheur, bien être, chute libre dans la rire et l’émotion : rarement pris autant de plaisir depuis longtemps à perdre pied loin des chapelles.

Matchbox en Arcades Institute

Troisième étape des Arcades Hivernales avec le country blues tonique de Matchbox, une plongée vers les racines, servie par des musiciens totalement investis dans le blues et ses codes, respectueux du cheminement créatif des pionniers pour en tirer une exaltation complice avec le public… Ou comment tenir dans la joie une historique contemplation d’une histoire du XXe siècle dans cet art populaire né dans les champs de coton de l’Amérique du Nord.
Matchbox est peut être la meilleure formation hexagonale pour porter témoignage de cette culture aujourd’hui bien diluée sur ses terres de naissance ; ainsi l’on s’instruit sans le savoir dans la joie et le plaisir, et au travers de ce parcours ludique et didactique l’on rend hommage aux pères fondateurs du blues du Delta.
[youtube]https://www.youtube.com/watch?v=7eR9cINmQbk[/youtube]

Festival Rayons frais : Théâtre à tous les étages

Vendredi 27 juin aura lieu la soirée Théâtre à tous les étages au Théâtre Olympia. À cette occasion, nous avons rencontré Alexis Armengol, metteur en scène tourangeau, pour lui poser des questions sur l’événement, son attachement à la ville et ses projets.

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Quel est l’objectif de cette soirée ?
L’idée est d’ajouter de la proximité entre les acteurs, metteurs en scène, techniciens et le public. En proposant des petites performances dans les différentes pièces du théâtre, nous voulons permettre au spectateur de découvrir l’envers du décor et de voir les comédiens se produire ailleurs que sur une scène. Pour nous, l’expérience est à la fois insolite et amusante, mais aussi complexe. Mais cette soirée est aussi l’occasion de présenter la programmation de la saison prochaine en détail. Jacques Vincey et son équipe y ont travaillé toute l’année, le public devrait être satisfait.
Que pensez-vous de la scène théâtrale à Tours ?
Nous disposons d’excellentes installations, à l’image du Nouvel Olympia ou du Petit Faucheux. Il y a un réel attrait pour le théâtre à Tours, aussi bien pour le classique que pour le contemporain. Le public répond toujours présent. Cette tendance se confirmera très certainement l’an prochain, notamment grâce à la programmation très riche du CDRT.
Vous présenterez votre création Sic(k) au Festival Rayons Frais. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?
Sic(k) interroge ce qui nous rassemble ou nous isole, nos désirs, nos excès, nos limites. Ces interrogations dessinent en creux une sorte de géographie poétique des substances addictives : l’alcool, le tabac, les psychotropes… Au fil des lectures liées à ce projet, j’ai établi un questionnaire pour guider les entretiens, menés en face à face. J’ai rencontré à ce jour vingt personnes, toutes concernées de près ou de loin par le sujet, en tant que consommateurs excessifs ou très occasionnels, voire abstinents, mais également en tant que médecins ou psychologues. Ce sont ces entretiens que j’ai mis en scène.
++ Sic(k) sera joué au Petit Faucheux, dans le cadre du Festival Rayons Frais, les jeudi 3 et vendredi 4 juillet, à 19 h et le samedi 5, à 11 h. Plus d’infos sur le site du festival

Intermittents du spectacle : « Nous sommes pour le dialogue »

A l’approche des festivals de l’été, la colère gronde chez les intermittents du spectacle. Françoise Dupas est directrice du Petit Faucheux et déléguée régionale du Syndicat des musiques actuelles (SMA). Engagée dans le combat des intermittents, elle en explique les raisons.

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Pouvez-vous faire un point sur la situation ?
Depuis la réforme de 2003, le régime spécifique de l’intermittence est retouché sans réponse satisfaisante. Nous sommes pour une réforme, nous savons qu’il faut faire des efforts. Mais il n’y a aucune négociation sérieuse et, tant du côté du patronat que des salariés, les forces en présence autour de la table à l’Unedic ne représentent pas le secteur culturel. Nous sommes pour le dialogue, mais le gouvernement donne des signaux négatifs et contradictoires. Le rapport de 2013 de Jean-Patrick Gille, député et médiateur, est excellent mais ses préconisations sont restées au fond d’un tiroir.
Quid des festivals cet été ?
Intermittents, permanents, employeurs, nous sommes tous main dans la main, c’est une situation exceptionnelle, un ras-le-bol général. Il est question de la culture en France, de la société que nous voulons. Menacer les festivals est le seul moyen que nous avons d’être entendus. Mais mobilisation ne veut pas dire annulation, ce peut être une sensibilisation du public et des pouvoirs publics. À Tours, lors du festival Tours d’Horizons du CCNT, comme à Orléans pendant l’Orléans Jazz festival, les équipes techniques et artistiques discutent et décident ensemble du mode d’action.
Que pensez-vous de l’idée de limiter le salaire des stars ?
C’est une proposition dans le cinéma, pourquoi pas ? Nous voulons plus de partage, de solidarité. On dénonce les parachutes dorés, alors il faut être logique.

Ecoute/Voir, Touche et Sent

Chaque semaine, Doc Pilot partage ses découvertes culturelles du week-end.

Juliette Rillard
Juliette Rillard

Belle surprise, un inédit de Michael Jackson enregistré en 1998, relecture du Horse with no name de America en A place with no name… Merci Les Nocturnes pour tracer la route vers Le Petit Faucheux pour cette nouvelle édition du Festival Ecoute/voir programmée par Francis Plisson de Marouchka : hypnotique Julie Coutant sur la clarinette basse de Fabrice Barré ; furieux Blast avec Hélène Rocheteau et JB le batteur de Pneu : ils m’ont boosté le rythme cardiaque tant fut intense l’accord du geste et du son.
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Semaine psychédélique en passant à Ozart où la couleur, le flash et l’onirique sont la matière brute à un déferlement de rêves éveillés. J’y trouve Louis XIV avec une superbe photo pleine page de Pierre Mottron : en pleine attaque de Paris, il joue au Bus Palladium (remember qui est in qui est out). Angle Mort en l’Octroi, l’envie sur ce noir bureau minéral de signer un pacte avec le démon, puis sur le lit de charbon de brûler dans les flammes. Mince, un groupe de Tours me file 2 de leurs albums mais je n’aime pas leur style et j’en suis bien triste : ma subjectivité intègre ne peut ignorer le travail donné. Le dernier album du Boss (high hopes) dans le lecteur, en route vers le Temps Machine : la guitare de Tom Morello (ex Rage Againts The Machine) bonifie les chansons de Bruce Springsteen. A l’arrivée sous la BubbleClock, prêt pour la messe électronique ; oui je passe du coq à l’âne et j’en tire bien du plaisir. Le parisien Moresounds offre une suite subélectronique et savante dans son mélange de références assumées passées à la moulinette d’une créativité mutine. Il efface ainsi de mon souvenir la prestation de Kantyze et le marathon final de Killawat. En Arcades Institute, Juliette Rillard pose sa carte blanche en Deux Moiselles de B sur le tapis de jeu de l’an 1000. Elle me touche au cœur, je le sens ; je suis à deux doigts d’y perdre mon âme.
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On vous dit tout sur Super Flux

Ce nouveau festival de musique expérimentale débarque en décembre à Tours.

Droit Sans format
Droit Sans format

En fait, vous connaissez déjà. Oui, parce que Super Flux, c’est le nouveau nom de Total Meeting qui aurait dû fêter ses 10 ans. Sauf que 1) Super Flux ça sonne mieux et que 2 ) ce n’est pas exactement la même chose.
Oui mais c’est quoi ?! Depuis deux ans, le Temps Machine et le Petit Faucheux se parlent, discutent musique et projets. Super Flux, c’est la réunion de ces deux belles salles sur une programmation commune.
Pourquoi faut y aller ? Parce que les groupes qui passent à Super Flux, ça va être compliqué de les voir autre part. Expérimental, impro, jazz, électro, rock psyché : ce genre de musique ne court pas les rues, et encore moins les salles de concert.
Non, ce n’est pas abscons. Rassurez- vous, ces musiques « surprenantes » ne sont pas barbantes mais dansantes. Ça reste des concerts de musiques amplifiées. Souvent classés confidentiels, ces groupes produisent pourtant de la musique accessible au plus grand nombre. C’est juste que c’est super pointu.
Il n’y a pas que de la musique d’ailleurs. Le festival n’est pas réservé aux musiciens. Les artistes Pierre Bastien et Eddie Ladoire proposent chacun une exposition avec des installations musicales hors du commun. Le premier joue avec du papier calque pour créer des sons et le deuxième s’est servi d’un vieux piano comme caisse de résonance.
L’exposition de Pierre Bastien a lieu à l’Atelier 9 (rue Jules-Charpentier), jusqu’au 21 décembre, et celle d’Eddie Ladoire à la chapelle Sainte-Anne, du 13 au 22 décembre.
Ouais, mais je n’y connais rien à ces trucs-là. Ce n’est pas grave, pas besoin de connaître Felix Kubin, Amnésie, Yann Hart- Lemonnier, Martin Siewert ou encore Martin Brandlmayr pour apprécier leur son. Au contraire, le but, avec Super Flux, c’est de découvrir des musiques que vous n’écouteriez jamais et de « faire tomber les barrières, de dédramatiser », comme dit Vincent Launay, le directeur du Temps Machine.
 
++ pratique Si vous êtes convaincus, il existe un pass sur les six jours que durent le festival pour la modique somme de 32 €. Sinon, comptez entre 6 et 15 € la place. Super Flux, du 11 au 15 décembre. Toutes les infos sur super-flux.com