Lutte contre le cancer : les travaux prometteurs de Sanaa Ben Djemaa, 29 ans

À la faculté de pharmacie, à Tours, Sanaa Ben Djemaa fait le pari de poser ses premiers jalons scientifiques en vue d’un traitement pour les cancers du sein de type « triple négatif », les plus agressifs et compliqués à soigner. Elle mène des travaux de recherche complexes mais prometteurs qui s’appuient sur le développement de la technologie des nanovecteurs.

 

Sanaa n’a pas encore passé sa thèse, que déjà ses recherches sont publiées dans des journaux scientifiques. Il faut dire qu’à 29 ans, Sanaa Ben Djemaa, doctorante, ne manque pas d’énergie et d’enthousiasme pour ses travaux.

« Ce cancer est la maladie de l’époque. J’ai eu l’opportunité de venir à Tours pour développer une nouvelle stratégie pas encore utilisée dans la recherche clinique. Cela donne de l’espoir pour traiter le cancer, du moins améliorer son traitement. »

À l’initiative de ce sujet de recherche, le laboratoire EA 6295 Nanomédicaments et Nanosondes de l’Université qui encadre les travaux de Sanaa. La Ligue contre le cancer, la Région Centre-Val de Loire, le Cancéropôle Grand-Ouest ainsi que la bourse d’Université de Sanaa ont permis de financer ce projet.

Elle n’est évidemment pas toute seule à plancher sur le sujet du cancer du sein à Tours, d’autres équipes s’y activent. Elles sont quatre au total. En revanche, sa méthode de recherche est originale. Son approche pluridisciplinaire mêle chimie, biologie et pharmacologie.

Pour résumer, disons qu’il s’agit d’introduire des acides ribonucléiques dits siRNA (les petits ARN interférents qui sont des molécules proches de l’ADN) dans les cellules cancéreuses via des nanovecteurs (cette haute technologie permet de transporter des molécules à l’échelle nanométrique). Le but étant d’inhiber le mécanisme des protéines défectueux et de rétablir l’équilibre physiologique.

Et les résultats ?

Sanaa précise : « L’accumulation des défauts au niveau des gènes peut être une cause des cellules cancéreuses. Le fait d’inhiber ces gènes peut rétablir l’état normal de la cellule. On utilise donc les séquences siRNA comme une molécule thérapeutique. Et notre méthode pour les délivrer dans le corps, ce sont les nanovecteurs qui protègent efficacement, lors de leur transport, les siRNA de la dégradation ».

Là réside sans doute la nouveauté car jusqu’à présent aucune méthode n’a permis d’utiliser efficacement les ARN (siRNA) pour le traitement du cancer. Et les résultats ? « On a testé sur des cultures cellulaires avec succès mais de là à tester sur le corps humain, il reste beaucoup à faire ! ».

Sanaa vient de boucler un travail de trois ans. Dans la recherche, on ne voit pas souvent les effets de son vivant, mais l’essentiel est là : l’espoir pour traiter les cancers du sein les plus lourds de type triple-négatif décuple grâce à des recherches de longue haleine. De Tours aux quatre coins du monde.

A. D.

Une chercheuse au cœur des abysses

Lauréate de la bourse L’Oréal-Unesco pour les Femmes et la science en 2014, Daniela Zeppilli est chercheuse à l’Ifremer, à Brest et ses travaux sur les nématodes marins sont reconnus dans le monde entier. Rencontre.

(Photo Gilles Martin)

Qu’allez-vous chercher dans les abysses ?
L’idée, c’est d’évaluer la diversité des grands fonds en sachant que plus on descend en profondeur, plus on trouve de petits animaux car il y a moins de nutriments disponibles. Ce sont des êtres vivants minuscules qui sont très peu connus et qui constituent pourtant la majorité des espèces vivantes. Pour vous donner une idée, en 2010, on estimait que l’on avait exploré moins de 1 % des grands fonds. Or, les eaux profondes recouvrent tout de même plus de 60 % de la surface de la planète.
Moi, je suis spécialisée dans un groupe de vers, les nématodes, qui sont les plus abondants dans les grands fonds. Je les répertorie, j’en fais la taxonomie, j’essaie de décrire comment ils interagissent dans l’écosystème, avec les animaux plus grands, mais aussi avec les bactéries.

(Photo Gilles Martin)

Et pourquoi est-ce si important de les répertorier, ces espèces minuscules ?
Parce que ces animaux sont des clés pour des molécules qui ont un grand intérêt pour l’homme. Ils sont capables de s’adapter à toutes les conditions de vie possibles et imaginables et ils connaissent déjà tous les secrets pour guérir de n’importe quelle maladie, de n’importe quel cancer. C’est en les connaissant et en les étudiant que l’on peut arriver à utiliser ces clés. On a un trésor biologique au fond de la mer que je cherche à révéler.

Pourquoi avoir fait appel à un photographe pour illustrer votre travail ?
Ce sont des petits animaux, mais ils sont magnifiques. Je me sens comme Alice au pays des merveilles. Quand je suis au microscope, je rentre dans un monde magnifique et très peu de personnes peuvent partager cette expérience avec moi. Je voulais trouver quelqu’un qui pouvait reproduire ce que je vois quand je regarde dans le microscope et qui soit capable de sortir des images avec une vision artistique et esthétique qui parle au grand public. Je voulais quelqu’un qui puisse me dire, ça c’est beau, ça c’est moche, ça ne me parle pas, ça me parle.

Quelle sont les réactions des personnes qui découvrent ces photos, en général ?
Souvent, les gens pensent que les photos sont des montages, mais non ! Ce sont vraiment ces animaux, ce sont leur tête, on n’a rien modifié.


> Daniela Zeppilli passe au moins 6 semaines par an en mer pour effectuer des prélèvements. Puis, elle étudie ces espèces inconnues, elle en fait la taxonomie et elle cherche les applications utiles pour l’homme notamment dans le domaine médical.

(Photo Gilles Martin)