CCNT : la danse en partage

Depuis le mois d’octobre à Tours, 17 danseurs amateurs créent une oeuvre collective. Une aventure artistique et humaine encadrée par la chorégraphe Claire Haenni.

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D’un pas tranquille, une femme s’avance sur scène en chantonnant. Rejointe par une autre, puis encore une autre… Bientôt, seize danseurs forment un cercle au milieu de la scène. En son centre, un tas de vêtements jonche le sol. Les artistes y puisent tantôt une jupe grise, tantôt une tunique verte. Se déshabillent, se rhabillent, puis se dévêtissent à nouveau, tout en chantant en chœur. Soudain, un grondement de tonnerre retentit. Changement d’ambiance. Musique dramatique. Une femme tombe à terre. D’autres courent, affolées. Même les vêtements, lancés tels des projectiles, deviennent menaçants. C’est la guerre. Puis le silence, sombre et lourd de sens.

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Ce samedi-là au Centre chorégraphique national de Tours (CCNT), les danseurs de l’atelier chorégraphique filent leur spectacle. Dans un mois, ce sera la grande première. Ils sont 17 amateurs, 15 femmes et 2 hommes, à vivre une expérience unique en son genre : participer à une création collective avec un chorégraphe professionnel. « Une aventure à la fois humaine et artistique, qui les propulse dans l’univers d’une compagnie.
Ils vivent un processus riche de joies, de doutes et de pleurs », rapporte Emmanuelle Gorda, l’assistante. Le stage, renouvelé chaque année depuis l’arrivée en 2012 de Thomas Lebrun à la tête du CCNT, a été successivement dirigé par Christian Ubl, Odile Azagury, Thomas Lebrun lui-même, puis Pascale Houbin. Cette année, Claire Haenni s’est lancée dans l’aventure. Sa volonté : transmettre l’héritage du chorégraphe Jacques Patarozzi, « un maître un peu oublié », dont elle a longtemps été l’une des interprètes et qui a marqué sa carrière : « J’ai suivi ses cours pendant 20 ans et passé 15 ans dans sa compagnie. C’est un pédagogue extraordinaire, qui a trouvé comment faire exprimer une danse à la fois théâtrale et lyrique. »

Image2En septembre 2016, le projet démarrait par une audition. La chorégraphe a retenu la moitié des candidats. De tout âge et tout niveau, plus ou moins à l’aise techniquement. Si certains comptent de nombreuses années de danse derrière eux, d’autres, comme Hugo, débutent. « Pour moi, c’est une première. Je me suis dit que ce serait l’activité idéale pour me débloquer, être moins rigide et crispé au théâtre. C’est dur car je manque de souplesse et de technique, mais je m’amuse beaucoup ! », assure le jeune homme de 18 ans, qui suit un cursus de théâtre au conservatoire de Tours.
Pour Claire Haenni, l’enjeu n’est pas dans la technique. C’est avant tout un travail de groupe et d’écoute. « J’ai choisi des personnes suffisamment “ réveillées ” pour comprendre ce qui se joue dans le groupe et construire collectivement. Tout le monde n’a pas ce talent-là », souligne-t-elle. La sélection passée, les stagiaires se sont retrouvés un week-end par mois pendant 8 heures.

Au programme : transmission de l’héritage de Jacques Patarozzi, apprentissage de morceaux de chorégraphies, improvisations… Un travail sur le corps, mais aussi la voix et l’écriture. La bande-son est composée de textes écrits et lus par les danseurs : « envie de partir, repartir », « monter, s’alléger vers le ciel qui danse tout en haut »… Le thème de leur création : le voyage, la migration… « Une envie de fuir, de se dégager du quotidien. Ils m’ont parlé de mer, de vent, d’oiseau…Ils forment une communauté en voyage », décrit Claire Haenni, qui laisse une grande place à l’improvisation. Sur 45 minutes de spectacle, seules 15 minutes sont écrites. Pas facile d’improviser une demi-heure sur scène face à un public.

La confiance entre en piste

Le groupe a traversé des périodes de doute. Au creux de la vague, il a fallu les aider à repartir, retrouver la magie des débuts. Ce samedi de mai, après un premier filage, la chorégraphe multiplie les encouragements : « La première partie était très belle. Vous voyez, ça prouve bien que vous en êtes capables ! Il y a eu des moments collectifs, d’autres solidaires, du vide également. Laisser du vide, c’est important aussi, conseille-t-elle. Et si vous vous trompez, ce n’est pas grave, ne vous affolez pas. Vous allez être de plus en plus à l’aise, et vous ferez le mouvement à votre manière. »

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Une chose est sûre, les danseurs apprécient l’expérience : « J’aime sa dimension collective. C’est une belle aventure humaine. Chacun avance et nourrit le groupe à sa manière, sans aucun jugement », apprécie Pascale, 56 ans. Une atmosphère bienveillante, qui semble permettre à chacun de se sentir à l’aise et de donner le meilleur de lui-même.

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Texte et photos : Nathalie Picard

PAROLES DE DANSEUSES

-« La danse, pour moi, c’est tout ce qui compte ! Elle évoque la rencontre, le partage… Un moyen de s’exprimer sans utiliser de mot. La danse contemporaine me permet d’aller toujours plus loin car elle ne connaît aucune limite. Je suis en recherche perpétuelle. » Lila, 18 ans

-« La danse, c’est le langage premier. Celui qui permet de communiquer partout, avec n’importe qui. Pour moi, elle est un besoin vital, de l’ordre de la respiration. Impossible d’imaginer ma vie sans danser. J’ai pris mon premier cours à 4 ans et depuis, je ne me suis jamais arrêtée. » Emmanuelle, 48 ans Image9

-« Ici, nous dansons sans masque, face à nous-même. Cette danse-là est thérapeutique. Elle nous révèle qui nous sommes et nous permet de mieux nous comprendre. Elle fait écho à notre propre chemin de vie. Aussi, elle renvoie le spectateur à son histoire personnelle. Il y a beaucoup d’émotions et d’humanisme. » Pascale, 56 ans

>>TOURS D’HORIZONS
À l’occasion du festival de danse Tours d’horizons, vous pourrez découvrir la création des danseurs amateurs. Leur spectacle, intitulé « Ils sont là, avec leurs deux bras qui sont des choses inséparables d’eux », sera présenté à deux occasions, les 14 et 15 juin à 19 h au Centre chorégraphique national de Tours. Du 10 au 23 juin, Tours d’horizons sera l’occasion de remettre sur le devant de la scène des figures majeures de l’art chorégraphique un peu oubliées. Au programme, 16 compagnies invitées et 26 rendez-vous dans divers lieux tourangeaux, du prieuré de Saint-Cosme au musée des Beaux-Arts.
Pour en savoir plus : 02 18 75 12 12 – billeterie@ccntours.com – www.ccntours.com

CCNT : Entrez dans la danse !

Thomas Lebrun, directeur du Centre chorégraphique national de Tours, présente la nouvelle saison.

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(Photo Luc Lessertisseur)

En janvier 2016, vous allez fêter la fin de votre premier mandat, après quatre années à la tête du CCNT. Vous vous apprêtez à renouveler l’expérience pour trois ans. Quel lien avez-vous créé avec le public tourangeau ?
Nous occupons un petit espace, ce qui nous permet d’être proche des gens. Nous avons mis en place des rendez-vous qui permettent vraiment de tisser des liens : les spectateurs sont curieux, ils osent poser des questions aux chorégraphes. C’est très agréable. Maintenant, nous avons un public fidèle : le nombre d’abonnés a été multiplié par quatre en trois ans. Le bouche à oreille fonctionne bien.

Pouvez-vous nous parler de la nouvelle saison ?
Cette année, nous allons accueillir de grands noms de la danse contemporaine, comme Trisha Brown ou les Peeping Tom. Nous créons un nouveau temps fort, pour renforcer notre soutien à des compagnies émergentes : avec « SPOT », de jeunes chorégraphes vont venir en représentation. Ce sera un mini-festival, sur trois jours, avec des styles variés. Autre nouveauté, « Un samedi avec » : une journée pour entrer dans l’univers d’une chorégraphe expérimentée, Catherine Diverrès, à travers sa pédagogie, ses paroles, ses créations. Et nous poursuivons nos missions : la production et la diffusion de nos oeuvres, l’aide à la création, la sensibilisation du public et la programmation.

Vous lancez également un projet de coopération culturelle, Correspondanses, avec l’Agora de la danse, à Montréal…
La saison dernière, nous sommes allés y jouer une pièce. Cette année, nous allons organiser des résidences croisées entre les deux centres et sensibiliser des enfants de deux classes de Tours et Montréal, dans le cadre d’un jumelage. C’est un grand projet, sur trois ans, avec un beau final en perspective : une création franco-canadienne qui sera jouée sur nos deux territoires.

Vous êtes tourangeau depuis trois ans et demi, vos endroits préférés dans cette ville d’adoption ?
J’adore le cloître de la Psalette. Mais surtout, j’apprécie l’ambiance de la ville : son caractère paisible et dynamique en même temps. Il y a une vie culturelle riche, avec des propositions diverses et un public engagé dans sa manière de vivre le spectacle.

Propos recueillis par Nathalie Picard

>>EN BREF
OUVERTURE
Rendez-vous les 17, 18 et 19 septembre à 19 h, pour trois soirées lors desquelles le CCNT présentera les temps forts de sa nouvelle saison. Au programme, Density 21.5, un solo de Carolyn Carlson interprété par Isida Micani et des surprises des danseurs du CCNT. En fin de soirée, vous pourrez rencontrer l’équipe du CCNT autour d’un verre. Entrée libre sur réservation.

EN SEPTEMBRE
Un premier rendez-vous est programmé le 25 à 19 h : François Laroche-Valière se livrera à l’exercice de l’heure curieuse. Il parlera du processus de création de sa nouvelle pièce : « (…) dans l’indice… ». Les cours réguliers avec Emmanuelle Gorda débuteront le 30 septembre. Un cours d’essai est possible le 23, de 19 h à 21 h, sur réservation. ÉTUDIANTS Lundi 21 septembre de 14 h à 18 h, le CCNT sera présent au forum culture sur le parvis de Thélème, à l’université François Rabelais, pour présenter sa nouvelle saison aux étudiants.

INFOS PRATIQUES
Programme téléchargeable sur le site du CCNT ou envoyé chez vous sur demande. Tél : 02 47 36 46 00
Email : info@ccntours.com
Facebook : Ccnt Thomas Lebrun
ou ccntours.com

D’Imag’in au Potager Electronique

Chaque semaine, Doc Pilot vous offre une chronique de ses voyages culturels en terres tourangelles.

Claire Diterzi au Nouvel Olympia
Claire Diterzi au Nouvel Olympia

Foutre Dieu de Foot ! moi aussi il me capte l’air de rien. Les supporters d’origine algérienne ont le plus de chance de gagner (ils jouent sur deux tableaux) : le plus drôle serait une finale France/Algérie… Le Brésil, l’occasion de réécouter Joao Gilberto, de s’assoupir dans sa douce musique de flemmards nantis, les harmonies de Antonio Carlos Jobim, les mots de Vinicius de Moraes, la dolce vita sud américaine, le revers doré de la médaille, le pendant aux Beach Boys et aux plages californiennes.
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La bossa exclue la sacrilège goutte de sueur, elle est un pied de nez au monde du travail, elle t’emmène jusqu’au bout de la nuit car demain sera une journée de plus à glander ; elle est amorale et politiquement incorrecte : j’adore. Les militaires, eux, ne l’aimèrent pas en 1964… Expo au Cabinet d’art de Hugues Menard et cette impression de remonter le temps, d’activer la préciosité instinctive du collectionneur au profit d’artistes élus par le choix du roi (Dominique Spiesser, Clotilde Barcat, Caroline Bartal), de marcher dans l’audace du privilège propice à générer l’achat ; j’aime les bijoux de Barcat sur la peau de ma chérie…
Retour à la vraie vie avec le Festival Imag’in initié par Pepiang Toufdy l’ex-Pyramides. J’en ai vu des artistes géniaux dans cette salle des Tanneurs : The Cure, Jo BB Fok, Trust, Bijou, Zao, Carla Bley, Michel Petrucciani, Raoul Petite, Lo Jo, Claire Diterzi, Théo Hakola, Philippe Hot Bip Laurent… J’ai vu tant et tant de concerts et de destins consacrés à la passion de créer pour le meilleur et pour le pire… Ce soir je tombe de plein pied dans la Vie, le mental oublié au profit des « roots », la joie de retrouver des musiques ethniques et fondatrices passées à la moulinette de la relecture du nouveau siècle, Waloobeach Consortium pour la musique afghane en rencontre du hip hop et de l’électro, Broussaï pour du reggae d’excellente facture au service de textes en français mais pas franchouillards : le propos est humaniste et engagé et l’adhésion du public, immédiate…
Le Nouvel Olympia devient le Théâtre Olympia et tout le monde se réjouit de voir Jacques Vincey identifier sa direction vers un renouvellement global et assumé de la programmation du lieu (sait-il que le cinéma Olympia tenu en place de son théâtre par la famille Miglioni diffusait le porno des seventies ? )… Comment ne pas penser à l’arrivée de Thomas Lebrun, à l’aspect bénéfique de la redistribution des cartes… Soirée Venez Voir ! pour présenter le projet et le calendrier ; en cadeau un plateau de performances, d’Armengol à Larrieu en passant par Claire Diterzi. Elle nous invite dans l’intimité d’une répétition de nouveaux titres, et c’est bon, très bon ; forte envie de la voir ainsi toute seule à la scène…
Le Potager Electronique, crée, cultivé et maintenu en vie par Les Hommes Verts, est un passage obligé vers l’initiative citoyenne et désintéressé, une manifestation dédié aux artistes mais aussi à leur public. Nouvelle édition avec coté cour coté jardins, le premier jour à la Gloriette, le deuxième au Projet 244. On plane avec Peter Pitches toujours dans le beau, l’éthéré, la mélodie au service d’un trip entre les étoiles dans un doux spleen post-romantique : les petit-enfants du Cure de « seventeen seconds ».
[youtube]http://www.youtube.com/watch?v=8yls1tebVTE[/youtube]
Comme beaucoup j’étais venu pour voir Minou, le nouveau projet des ex-Surgeries. Démarrage du concert en trombe, la promesse d’un set jouissif et mémorable, mais dès le troisième titre on tombe dans de la variété 80, et… ça fait chier de voir ça, tant il semble évident de les voir courir après « le tube », en vain… GB le nouveau projet de Stephan (le clavier de Funk Trauma) envoie fort du groove et de la technique, intense sur le son et constant sur la longueur… Retour at home fenêtres ouvertes avec le premier album de Tin Machine, la guitare de Gabrels à fond dans la nuit et la ville…  Il flotte ce samedi, youpi !! Youpi pour le Potager qui se donne au sec (ouf !), youpi pour le Temps Machine où se produit l’Imperial Tiger Orchestra, les suisses conservateurs d’un funk éthiopien malmené sur ses terres. Pas une des personnes présentes ne vous dira qu’elle ait regretté d’être venu. A l’instar d’un UB40 assimilateur du reggae, d’un Eric Clapton assimilateur du blues, des libanais Yacoub assimilant la vieille chanson populaire française dans Malicorne, le groupe assimile cette musique éthiopienne au delà de sa peau claire, la fait sienne et la porte avec force et respect. Ca groove grave et c’est le dance-floor à deux pas de la plage… Au matin place du Grand Marché la brocante s’installe…