Visières 3D, étudiants en musicologie, radio associative : zoom sur 3 initiatives sympas et locales

Un collectif tourangeau qui fabrique des visières en 3D pour les soignants, des étudiants en musicologie au téléphone pour rompre l’isolement ou encore une radio locale qui tient le cap…

Le collectif Makers 37 fabrique des visières 3D pour les soignants

Cela fait à peine trois semaines que le collectif tourangeau s’est monté. Et pourtant… « Non, vous ne rêvez pas… 2 180, c’est le nombre de visières distribuées dans nos points de distribution. Autant de personnes protégées par des équipements imprimés en Touraine ! », s’enthousiasme Makers 37 sur sa page Facebook.
La communauté s’est montée très rapidement sur Tours. Leur objectif est de « fournir des protections aux soignants, en imprimant en 3D des pièces pour faire des visières de protection et des masques à filtres et à oxygène, à partir de masques Décathlon ».
Photo crédit Makers37
Toute leur organisation est bénévole et les visières sont distribuées gratuitement.
Les professionnels intéressés peuvent remplir un formulaire pour passer commande : https://frama.link/CommandeVisieres

Des étudiants en musicologie au téléphone pour rompre l’isolement

Le projet, solidaire, s’appelle « Correspondants musicaux »: des étudiant(e)s en musicologie de l’Université de Tours ont décidé de partager leur passion pour la musique par téléphone ou par visio avec des personnes isolées, comme le précise le communiqué.

L’initiative se fait sous la houlette d’Olivier Carrillo, responsable Master MEEF 2nd degré du département musicologie de la Fac. Pour lui, « ils apprennent à ne plus être de simples étudiants, mais des citoyens ».

(Photo crédit Université de Tours)

Les étudiant(e)s en musicologie participant au projet assurent que les personnes isolées sont âgées de 10 à 90 ans, le plus jeune étant un petit garçon hospitalisé à Clocheville, en raison de son cancer.

Double effet de ces « Correspondants musicaux » ? Les étudiant(e)s se sentent utiles et, en face, les personnes privées de toute relation sociale trouvent un réconfort et peuvent tisser du lien. Et puis de toute façon, la musique adoucit les mœurs, n’est-ce pas ?

> Plus d’infos : https://sites.google.com/view/correspondants-de-guerre/accueil

La radio associative et locale Antigone continue et se réinvente

En période de confinement, la radio tourangelle Antigone se mobilise et n’a évidemment pas envie de lâcher ses auditeurs ! « C’est ainsi que, depuis un mois, Radio Antigone s’est réinventée avec très peu de moyens », écrivent Antoine Ricard, président, et Bérénice Moudurier, vice-présidente, dans un communiqué.

Deux heures d’antenne, en direct, sont encore proposées avec l’émission La Case du soir, diffusée toute la semaine de 17 h 30 à 19 h 30 (et le week-end de 18 h à 19 h).
Vous y trouverez notamment infos musicales, playlist électro rock, dès 17 h 30, puis des infos locales et internationales à 18 h, avant un talk à 18 h 30, avec des infos culture, sport, numériques ou encore société, animé par une bande de chroniqueurs.

Pauline Peretz : "Donner la parole aux gens"

Interview de Pauline Peretz, directrice éditoriale du site participatif Raconter la vie, où tout à chacun peut se raconter.

Raconter la vie
Pierre Rosanvallon (à gauche) et Pauline Peretz (à droite) valident les couvertures des futurs ouvrages prévus pour janvier. (Photo DR raconterlavie.fr/le-blog)

 
Quand est née cette idée de Raconter la vie ?
Pierre Rosanvallon* avait cette idée en tête depuis longtemps. À travers des biais éditoriaux et web, il voulait donner la parole aux gens, parler de leur vie. La progression du Front national l’a décidé à concrétiser son projet. Il y a eu une prise de conscience politique d’un moment grave. Il fallait réactiver une solution narrative déjà existante dans la première partie du XIXe siècle, avec ces ouvriers qui n’avaient pas accès aux suffrages…
Le site fonctionne plutôt bien !
Oui, vraiment. On a parlé de nous dans Libération, France Inter… Ça a boosté le site. On a 1 500 membres inscrits, parfois il y a eu des week-ends avec un afflux de cinquante récits… Bon, tout n’est pas publiable : parfois, ce sont des pamphlets ou la forme n’est pas appropriée. Et ces derniers jours, il y a eu beaucoup de demandes de partenariats.
Vous êtes plutôt surpris de ce succès ?
Agréablement surpris par la couverture des médias, mais aussi par les retours sur le site et des récits de qualité littéraire et sociale !
Vous parlez de « Parlement des invisibles ». D’où vient ce terme ? Et comment pourrait-on les définir ?
C’est le titre donné au manifeste de Pierre Rosanvallon qui explique son ambition. Au départ, c’est un souci politique qui l’a animé : ces gens dont on ne raconte pas la vie, qu’on « méprise », qu’on ignore. Il fallait leur donner une représentation qui passe par la narration, un récit qui ait un poids politique et fasse émerger les questions sociales. Ces invisibles, ce sont ceux dont on ne parle pas. Ces gens loin du radar.
Y a-t-il certains récits qui vous ont particulièrement marquée ?
Dans notre collection, on a « Chercheur au quotidien » par exemple : un chercheur connu, mais personne ne sait ce qu’il vit tous les jours, ses soucis… Sur le site, il y a aussi ce « Ligne 11 ». C’est ma ligne de métro ! (rires) Le conducteur du métro raconte tout, on voit tout, les malentendus, son quotidien… C’est très réussi. Ou encore « Sous le même toit », qui parle de la cohabitation forcée entre deux personnes récemment divorcées. Ah, et l’histoire d’une hypokhâgneuse de banlieue.
Est-ce qu’on peut donc parler de roman de la société d’aujourd’hui ?
Oui, c’est la « base-line » du site. On encourage la narration pure, la véracité qui nous anime : c’est un témoignage social, pas seulement un roman.
Pour vous, y a-t-il une dérive démocratique en ce moment ? Comment se traduit-elle ?
(hésitante) On voit un sentiment d’indifférence d’une classe politique qui s’éloigne du terrain, une dérive vers le populisme et des revendications populistes.
Êtes-vous fière de participer à ce site ?
Très fière et heureuse, honorée. J’ai toujours eu ce souci de proximité à l’égard de la société. Et avec ce site, j’apprends beaucoup…
*Né en 1948, à Blois, cet historien occupe une chaire au Collège de France et dirige les sites La Vie des idées et Raconter la vie. Propos recueillis par Aurélien Germain