Bac : moins d’épreuves, mais pas moins de stress

Nouveau bac, nouvelle configuration. Mais pas de quoi enlever la dose de stress qui va avec…

Le bac 2021 auquel seront confrontés les élèves entrant cette année en première aura une configuration inédite. Quatre épreuves, comptant pour 60 % de la note finale, seront organisées en juin : la philosophie et deux spécialités à l’écrit et un grand oral de 20 minutes adossé aux spécialités.

« On voit rapidement où est le bénéfice, indique un enseignant tourangeau. Quatre épreuves au lieu de dix aujourd’hui, la différence en terme de coût financier a certainement été quantifiée. Mais ce n’est plus le même bac qu’aujourd’hui… »
Les 40 % complémentaires de la note seront obtenus par le contrôle continu et les notes du livret scolaire… « Là encore, insistent les enseignants, il est une nouvelle fois question d’économie. Les établissements savent organiser des bacs blancs plusieurs fois dans l’année. Les professeurs sont mobilisés. On s’arrange, pas de soucis. Le contrôle continu, on sait faire pour pas cher. »

Une autre enseignante de Tours s’interroge toutefois : « Je ne suis pas certaine que les contrôles continus auront la même valeur selon les établissements. Ma crainte est que, à l’avenir, des bacs obtenus dans certains lycées soient survalorisés par rapport à d’autres. Un contrôle continu reflète toujours le niveau d’une classe. »

L’ombre de Parcoursup

Et si, se demandent certains, derrière la grande réforme des lycées et du bac, on retrouvait la plateforme Parcoursup destinée à répondre aux vœux des élèves pour leur « placement » dans le supérieur ?
« Il est clair et pertinent d’envisager qu’en fonction des spécialités choisies en seconde et première, Parcoursup soit en mesure de faire des projections sur les besoins à venir, constate un enseignant tourangeau. Et là, on inverserait totalement l’utilité de Parcoursup. Les lycées deviendraient des flux d’élèves et Parcoursup indiquerait vers quelle spécialité il faut envoyer nos jeunes. »

Au-delà d’une analyse « orwellienne » de la réforme des lycées, le Snesup.FSU, syndicat enseignant et la FCPE, association de parents d’élèves, ont, à plusieurs reprises, interpellé le ministre pour lui faire part de leur inquiétude face à l’accroissement du stress des élèves et des familles à partir de la seconde.

« Il ne faudrait pas que les années lycées deviennent les années galères d’un choix d’avenir raté ou réussi pour un choix de spécialités quand on a 15 ans », indique un parent d’élève. Les enseignants, inquiets du stress grandissant de leurs jeunes élèves, tirent eux-aussi la sonnette d’alarme.

Texte : Thierry Mathiot

Réforme du bac : le grand chamboule-tout

Branle-bas de combat dans les lycées tourangeaux où, le 2 septembre, la réforme aboutissant en 2021 à l’instauration d’un nouveau bac, enclenche la première ! Finies les séries S, ES, L… sauf pour les élèves de terminale, cette année. Place aux spécialités. Ça grince chez les profs et ça cogite dur dans les familles. Explications.

« C’est comme si on avait pris toutes les matières des séries S, ES, L, qu’on en avait modulé les horaires, puis ajouté deux ou trois autres disciplines, comme le numérique. Tout cela mis dans un grand sac, on aurait ensuite proposé aux élèves de se construire un parcours scolaire à la carte, en fonction de quelques critères, façon règle du jeu. À l’arrivée, un même bac pour tous. Bonjour le progrès ! Bonjour la pédagogie ! »

La réaction de ce professeur d’un lycée tourangeau d’enseignement général, pour aussi radicale qu’elle puisse paraître, témoigne d’un profond désarroi et de grandes craintes dans le corps enseignant à quelques jours de la rentrée des classes.
Alors, complètement révolutionnaire et casse-tête cette réforme qui verra, cette année, les élèves de première essuyer les plâtres du nouveau dispositif ?

 

L’inquiétude est également de mise dans les familles. Gabriel, 16 ans, élève au lycée Grandmont, a déjà goûté, l’an passé en seconde, au petit jeu du choix des spécialités qui feront désormais le sel du bac.
« Mes parents avaient des références claires avec les séries ES, L, S. Mais là, on nous a demandé de choisir trois spécialités que je devrais suivre en première parmi une douzaine proposée. Ça a été compliqué de faire un choix, alors avec mon père, on a décidé que je ferai des maths, parce qu’il faut faire des maths, et puis j’ai pris histoire-géo et sciences de la vie et de la terre pour varier le plus. »

« Usine à gaz »

Ce que Gabriel ne précise pas, c’est qu’avant la fin de l’année scolaire, il devra décider d’abandonner en terminale une de ces spécialités, tout en ayant été noté dessus dans le cadre du contrôle continu comptant pour le nouveau bac 2021.
« On voit déjà l’étendue de l’usine à gaz qu’on nous a concoctée », insiste un autre enseignant de Tours. Qu’ils soient professeurs de sciences de la vie et de la terre (SVT), de physique-chimie, d’histoire-géo ou de lettres, une très grande majorité des enseignants ont, à travers les syndicats ou par leur propre voix, fait part de leur inquiétude sur la déstabilisation complète du dispositif pédagogique que risque d’engendrer, selon eux, cette réforme.

La retenue des copies du bac a été, en juin dernier, une des manifestations fortes de la contestation. La déstructuration du modèle de la classe telle qu’elle existait jusqu’à maintenant avec les séries — « Sur un groupe de 35 élèves, dix feront physique-chimie, pendant que cinq autres iront en spécialité numérique, dix autres en Littérature étrangère, etc. Quelle pagaille ! », constate un autre prof —, mais aussi la mise en concurrence des matières-spécialités auprès des élèves, insécurise le corps enseignant.

« Coup d’arrêt à l’hégémonie des maths »

« Cette réforme avait pour but de ne plus faire la part belle à la filière S. Son but était de mettre un coup d’arrêt à l’hégémonie des maths. Résultat : dans mon lycée 90 % des élèves ont choisi les maths en spécialité. Et c’est bien normal, ça les sécurise », poursuit, désabusé, cet enseignant de SVT qui craint aussi d’avoir moins d’heures de cours si les élèves se détournent de sa matière, ou alors de devoir se dédoubler dans plusieurs établissements.

Destinée à limiter les échecs des étudiants dans le supérieur, en projetant les élèves dès la seconde vers leur devenir, la réforme des lycées et du bac porte également, selon les observateurs et les syndicats d’enseignants, la patte du pouvoir politique en place.
« C’est un changement de monde, insiste un professeur tourangeau de physique-chimie. Les proviseurs vont devenir des chefs d’entreprise, les élèves des utilisateurs et les enseignants seront des coachs, des managers. On me demande de faire de l’orientation pour les élèves mais ce n’est pas mon métier ! Je suis devenu professeur pour transmettre un savoir et pas pour devenir manager d’un groupe de jeunes. »

Dans tous les lycées tourangeaux, la tension a été palpable entre les hiérarchies administratives, tenues à un droit de réserve compréhensible, les profs inquiets et les familles dans le doute. Certains profs veulent toutefois être optimistes. Attendre que les choses se mettent en place. Car pour beaucoup, une réforme était nécessaire.

Une enseignante en lettres qui constatait que la liberté laissée aux enseignants de choisir les œuvres, support de leurs cours, engendrait de réelles inégalités entre les élèves lors du bac, regrette que le nouveau dispositif, au lieu de sélectionner un nombre moyen d’oeuvres littéraires en première, ait limité à trois les ouvrages par thème d’études.
« On passe de tout, et parfois n’importe quoi, à très peu et très dur. Ainsi, parmi les œuvres proposées au bac de première à des élèves qui ne sont, en majorité, pas littéraires, on trouve pour juin prochain une oeuvre de Marguerite Yourcenar que j’ai moi-même étudiée en classe supérieur d’hypokhâgne à la Sorbonne. »

Le constat est hélas le même pour les mathématiques, où désormais, seul l’ancien niveau de S sera au programme. Peu de chances donc pour les futurs économistes branchés, littéraires un peu lunaires ou humanistes bien-pensants de parvenir à conserver les maths jusqu’en terminale !


Texte : Thierry Mathiot / Photos Adobe Stock – Phovoir

Permis de conduire : les progrès à attendre

Gérard Cosneau, directeur de la Prévention routière d’Indre-et-Loire, donne son avis sur les nouvelles mesures pour le permis de conduire, comme celle de la conduite accompagnée à partir de 15 ans ou d’un examen raccourci.

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Le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve a annoncé les nouveautés pour le permis de conduire, qu’en pensez-vous ?
La conduite accompagnée permet d’accéder à un permis moins cher, ce qui remet l’égalité parmi les jeunes. Ceux qui ont fait les 3000 km obligatoires sont plus souvent reçus à la première tentative et la mortalité est moins importante, car ils sont mieux responsabilisés. La prise de risques est réduite d’un tiers. Raccourcir l’examen de 3 minutes permet de faire passer un élève de plus chaque jour. La Prévention routière est prête à encadrer l’examen du code à la place des inspecteurs.
Commencer l’apprentissage de la conduite à 15 ans vous semble- t-il raisonnable ?
Tout dépend de l’élève. Chacun a une maturité différente, mais les parents doivent bien connaître leur enfant. On peut les aider en testant l’élève en auto-école, avec le regard d’un professionnel. Le parent doit être un guide attentif, comme si c’était lui qui était au volant. Donc, par exemple, pas de texto dans la voiture
La réforme prévoit la création de l’ASSR 3…
Une nouvelle attestation scolaire de sécurité routière est une idée innovante, mais uniquement s’il ne s’agit pas de bachotage. Il faut aller chercher les nouveaux risques : téléphone, ordinateur sur les genoux, tablette, dépendances diverses. L’ASSR 2 insistait un peu plus sur la conduite accompagnée ces dernières années, mais les jeunes n’y pensent pas. Ils ne connaissent pas les nombreux avantages. Idéalement, l’ASSR 3 devrait intervenir au 1er trimestre de seconde.