L'Ecume des jours, glaciale

Gondry adapte Boris Vian. Visuellement bluffant et de toute beauté, mais où est l’émotion ?

 
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Michel Gondry a toujours été à part. Touche-àtout et expérimentateur, on le connaît pour le magnifique Eternal sunshine of the spotless mind ou encore les clips bizarroïdes de Björk et The White Stripes. Avec un milliard de cordes à son arc, il a décidé l’impossible : adapter du Boris Vian. Autant dire qu’on s’attendait au pire en imaginant le surréaliste roman porté à l’écran.
Et en sortant du cinéma, impossible de se faire une idée claire et précise. Aussi déroutant que le livre. Pas facile de mettre en images cette histoire : celle de Colin qui rencontre Chloé, une jeune femme qui incarne le blues de Duke Ellington. Un mariage idyllique transformé en cauchemar quand sa dulcinée tombe malade à cause d’un nénuphar dans ses poumons. Pour payer les soins, Colin va travailler dans des conditions absurdes, tout en sachant la fin inéluctable, tandis que leur appartement rétrécit et que leur groupe d’amis se délite.
Gondry agit alors en maestro en représentant à la perfection l’univers loufoque de Vian. Il dépeint un monde fantasque avec une photographie et des couleurs bluffantes. Farfelu, bourré de trucages, ce voyage onirique est superbe. S’il faut s’accrocher durant la première heure de cette orgie visuelle, la poésie et ses petites touches d’humour absurde à la Beckett allègent le propos.
Sauf qu’il faut se rendre à l’évidence : dans ce tsunami d’idées délirantes, Gondry a oublié une chose : l’émotion. Alors oui, Audrey Tautou est magique, son regard et son jeu sont touchants. Mais que dire que Romain Duris (Colin), pas assez passionné ? Et Gad Elmaleh (Chick), creux et faux ? Ou encore Omar Sy (Nicolas) complètement à l’ouest (lui-même a avoué n’avoir jamais fini le livre) ? Un casting VIP, avec des acteurs « bankable », mais trop terne pour retranscrire l’émoi du roman.
Mes yeux mettraient un dix sur dix. Mon coeur, lui, n’est pas d’accord…

2 réflexions sur « L'Ecume des jours, glaciale »

  1. Oui oui et re oui!
    C’est exactement ce que j’ai ressenti après être sortie du cinéma. Et en ce qui concerne les acteurs et leur personnage, je ne comprends pas Chick, qui est plutôt différent de l’image que je m’étais faite de lui dans le livre.

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