"Nous avons accueilli plus de 500 femmes"

Joséphine pour la beauté des femmes fêtait le premier anniversaire de son salon social à Tours. Parfait pour vous reparler de cette belle association qui érige la beauté en droit des femmes. Interview de sa fondatrice, la célèbre Lucia Iraci.

Photo Didier Parizy
Photo Didier Parizy

Cette semaine, Joséphine pour la beauté des femmes fêtait le premier anniversaire de son salon social à Tours. L’occasion était trop bonne pour vous reparler de cette belle association qui érige la beauté en droit des femmes.Interview de sa fondatrice, la célèbre Lucia Iraci.
En un an, le pari est réussi à Tours ?
Oui, nous avons atteint l’objectif. Le bouche-à-oreille a fonctionné. En un an, nous avons accueilli plus de 550 femmes dans le salon. Surtout que notre coiffeuse et l’esthéticienne ne sont là que trois jours par semaine. Pour vous dire, le succès est tel que la liste d’attente dépasse les deux mois. Mais surtout, nous menons un vrai travail de suivi auprès de ces femmes, sachant que notre parcours pour la réinsertion dure 12 mois. Mais la vraie réussite, c’est quand nous apprenons que l’une d’entre elles a retrouvé du travail.
Tours était-il un test après le succès de Joséphine à Paris ?
Non, pas du tout, Tours fait partie de notre volonté nationale, de faire grandir l’association. Nous avions choisi Tours car il y avait des personnes motivées, notamment Jean- Charles Aponte et Catherine Aubry, pour porter le projet.
Comment va évoluer le salon social de Tours ?
Nous essayons de proposer plus d’ateliers aux femmes, pour qu’elles fassent, par exemple, du yoga ou de la sophrologie. Et puis, nous avons mis en place un dressing où les femmes peuvent emprunter des accessoires et des vêtements.
Quelle place avez-vous trouvé auprès des autres associations qui se battent contre la précarité ?
Nous travaillons avec eux sachant que notre envie, à nous, c’est de faire en sorte que le droit à l’estime de soi puisse être autant considéré que le droit au logement ou le droit au travail.
Vos futurs projets en France ?
Nous voulons ouvrir d’autres salons dans le reste de la France, mais je ne peux pas en dire plus sachant qu’ils ne sont pas finalisés.

Portrait : Lucia Iraci et Joséphine

Portrait de Lucia Iraci, fondatrice de l’association Joséphine pour la Beauté des Femmes qui vient aujourd’hui de s’installer sur Tours.

(Photo Didier Pazery)

À la rencontre de Lucia Iraci, fondatrice de l’association Joséphine pour la Beauté des Femmes qui vient aujourd’hui de s’installer sur Tours.

Attablée au bistrot de la gare de Tours, Lucia Iraci vous accueille avec ce sourire des beaux jours. Elle vient juste de sortir du TGV, comme tous les soirs de la semaine quand elle revient de son salon de coiffure à Paris. Elle vit aujourd’hui à Tours. En ce moment, ses cheveux roux sont bouclés. Elle s’en fiche de l’heure tardive de l’interview. Les traits sont, malgré tout, un peu creusés : « J’ai toujours du temps pour parler de Joséphine ».

Joséphine, c’est l’emblème de son association. Ce prénom, qui symbolise la beauté pour toute, c’est surtout celui de sa sœur « au ciel » depuis 7 ans. Lucia Iraci voulait continuer à l’entendre tous les jours alors il s’est imposé de lui-même quand elle a cherché à nommer son projet. Mais elle ne préfère pas trop en parler. Quand elle parle, elle vous regarde gentiment mais fermement dans les yeux, sans trop ciller. Impossible d’aller plus loin.

 

Médiatique

Mais pourquoi se lancer à corps perdu dans cette association quand d’autres personnalités se contentent d’apparaître aux galas de charité ? Après des dizaines d’interviews, elle a bien été obligée de trouver une réponse. Joséphine Pour la Beauté des Femmes est né d’un besoin d’être utile à la société, partager, rendre ce que des femmes lui ont donné quand elle avait besoin d’aide : Lucia Iraci veut être généreuse. Elle est généreuse. « Je ne savais pas comment faire un geste de civilité pour la société. » Et puis c’est la révélation. Grâce à la coiffure la féminité et la beauté vaincront la morosité et le repli social que les femmes abîmées par la vie subissent.

Lucia Iraci s’est lancée dans l’aventure voilà cinq ans. Régulièrement, elle prenait sa valise de coiffure pour se rendre dans une banlieue parisienne aider des femmes qui n’ont pas le temps de se pomponner. Elle coiffe alors des têtes malmenées, des cheveux qui n’ont pas connu de coiffeur depuis des lustres et leur redonne de la superbe. Mais les réactions des aidées ne sont pas toujours faciles à entendre. Très vite elle s’épuise, veut abandonner. C’est la légion d’honneur remise en 2009 qui va la réveiller. Deux ans après, elle monte le premier salon social à Paris, dans le quartier de la Goutte-d’or. Joséphine pour la Beauté des Femmes à Paris est né.

Le succès médiatique est immédiat. Les magazines féminins s’emparent du sujet. Elle refuse d’apparaître dans certaines émissions de télévision : «  Je déteste le voyeurisme. » Elle ne cherche pas le succès, « je l’ai déjà. » Son nom résonne régulièrement dans les pages modes. Pendant vingt ans, elle a coiffé les plus grands mannequins de la planète. « Au tout début de ma carrière, je travaillais dans un salon et coiffais régulièrement des vieilles femmes. Elles n’arrêtaient pas de me demander de faire des frisettes au bout des mèches ou des choses comme ça. J’ai très vite su que je ne voulais pas faire ça toute ma vie. » Elle adore désobéir. Elle préfère les pieds-de-nez aux courbettes.

 

Blessures

Elle était à peine majeure quand elle s’est mise à couper, coiffer, soigner. Lucia Iraci arrivait tout juste de Sicile où elle était née. À l’époque, son rêve c’était Paris, la lumière, l’interdit. Père disparu, mère partie en France, la jeune fille a passé des années avec sa sœur, toutes les deux éduquées par des religieuses en Sicile. Joséphine, le prénom revient toujours. Elle aussi était rousse. « Mes blessures, je les ai déjà guéries. Il le fallait avant de se lancer dans cette aventure. »

Quand le nom de Lucia Iraci est prononcé dans le nouveau salon à Tours, c’est avec le plus grand respect que l’on parle d’elle. Pas vraiment comme d’une star ou d’une patronne mais avec la même tendresse fraternelle que l’on pourrait ressentir pour une sœur.