Les Hommes du feu : au plus près des pompiers

Être au plus près des pompiers et dans le feu de l’action, c’est ce que propose cette fiction plus vraie que nature : Les Hommes du feu.

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Pompier. Le métier rêvé de nombreux enfants. Un exemple de la société. C’est un sujet qui mérite d’être traité : Les Hommes du feu, de Pierre Jolivet, montre justement le quotidien de pompiers de l’Aude, en Occitanie.

Dès les premières minutes du film, le spectateur est plongé au cœur de leurs interventions. Il est alors rapidement pris dans le feu de l’action. L’histoire se déroule en période de fortes chaleurs, les feux sont ravageurs : on y voit des images fascinantes, marquantes, incroyables de pompiers qui domptent les flammes. Mais aussi celles d’interventions parfois dures à surmonter moralement (accident de la route, suicide…).

Au-delà de leurs actions sur le terrain, des séquences mettent en relief leur sensibilité et leurs rapports familiaux, parfois difficiles à gérer. À la frontière du documentaire, le film rapproche de ces personnages, plus que passionnés, différents les uns et des autres, parfois quand même un peu cliché dans leur représentation (le pompier ténébreux, la femme, le misogyne, le gay…). Mais on l’oublie presque.
Au fur et à mesure, on comprend leur quotidien, on partage leur stress, et on sourit devant l’entraide, les moments de partage et de bonne ambiance à la caserne. Il faut le dire, les Hommes du feu est très drôle.

Pour autant, le long-métrage sait aussi montrer les tensions au sein du groupe. Ici, avec l’arrivée d’une femme à la caserne, Bénédicte (jouée par Emilie Duquenne), les relations sont parfois tendues. De quoi permettre une vision globale du quotidien, parfois mouvementé, des pompiers. Ils n’ont pas un « métier normal » et ne sont jamais dans « la routine » comme le dit fièrement Bénédicte.

Seul petit regret, une fin trop abrupte et une histoire centrale qui manque de force. En tout cas, le pari est tout de même réussi pour Pierre Jolivet : au-delà d’être des héros, ces pompiers sont des humains.

Philippine David

> Drame, de Pierre Jolivet (France). Durée : 1 h 33. Avec Roschdy Zem, Emilie Dequenne, Michaël Abiteboul, Guillaume Labbé…
> NOTE : 3/5

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Un matin, dans 10 ans, sans info

Les Assises du journalisme se tiennent à Tours du 15 au 17 mars sur un thème abyssal : comment nous informerons-nous dans 10 ans ? Et si, justement, on ne s’informait plus…

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Le cauchemar a commencé quand j’ai appuyé sur le bouton. Il faut vous dire que j’ai conservé un de ces vieux postes de radio qu’il faut allumer à la main pour entendre quelque chose. Les machins qui se déclenchent à la détection de mouvement quand vous entrez dans la pièce et qui adaptent la fréquence à l’humeur qui se dessine sur vos traits froissés au réveil, franchement, très peu pour moi. Moi, je suis du genre à faire moi-même mon café. Alors, comme tous les jours depuis que je suis doté de deux oreilles en état de marche, j’ai allumé la radio. Toujours la même, la fréquence publique, celle qu’écoutaient déjà mes parents, à l’heure glorieuse de Philippe Caloni et de Roland Dhordain.

Juste une fraction de seconde et, normalement, une voix connue aurait dû venir gentiment caresser mon cervelet encore embrumé de sommeil. Et, d’un coup, le timbre connu aurait dû commencer, tout doucettement, à me délivrer ma première dose d’info de la journée. Je savais déjà qui allait surgir de mon vieux poste. À cette heure-là, j’étais sûr de tomber sur la voix chaude et savante de mon analyste international attitré, juste fait pour mes tartines et mon café à moi. Et après, j’aurais glissé, tranquillou vers le journal de 8 h. Un politique que l’on passe au grill, la presse du jour que l’on compile, un petit fait divers, une pincée de culture, j’avais des certitudes en pressant le petit bouton.

Sauf que là, non. À la place, j’ai eu un genre d’imposteur à guitare qui me chantait un truc pas drôle avec une voix traînante. Trop de notes, ou pas assez, trop de rimes, trop de mots. Comme je suis un garçon gentil, je me suis dit bon, ok, c’est jour de grève. Ils ont le droit, après tout. Même eux… Vas-y, balance-moi ton post-Cabrel neurasthénique. Juste pour aujourd’hui.

Et, pour me consoler, je suis allé cueillir mon quotidien dans ma boîte-aux-lettres. Mon journal, je le mange bien frais, comme les croissants que faisait le boulanger du quartier, quand il y avait encore des boulangers dans les quartiers. Quand il y avait encore des quartiers.

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Mais dans la boîte, pas de journal. Des factures, des prospectus, une pub cradingue pour un gars pas clair qui voulait me repeindre la façade, mais pas de journal. Alors, j’ai tout laissé tomber dans l’entrée et je ne suis refait un café. Je ne vais quand même pas allumer la télé ? L’idée m’a frappé l’occiput comme une roquette qui tombe sur un marché à Kaboul. Pas la télé ! Pas le matin ! Mon troisième café en main, évidemment, j’ai allumé la télé. Et là : la mire. Enfin, pas la mire, mais des clips américains avec des filles en maillots de bain alors qu’il n’y a même pas de piscine. Une sorte de mire qui bouge, en somme. Et ça, sur mes 546 chaînes, replay et VOD compris. Pas un gramme d’info. Pas une miette d’analyse. Pas le commencement du début d’un reportage. Même pas un porte micro devant l’entrée bouclée d’un ministère norvégien. Rien.

Autant vous dire qu’en sortant de chez moi, j’étais assez énervé. Et pas seulement à cause des trois cafés. Les gens que je croisais semblaient ne rien avoir remarqué. Il allaient et venaient le plus normalement du monde, flottant sur leur overboard les yeux perdus dans leur casque de RVA (Real Virtual Activity). Un matin parfaitement comme les autres. Je me retenais de les arrêter « Oh, les gars, chez vous aussi ? Vous avez de l’info, vous ? Vous savez ce qui se passe ? » On m’aurait pris pour un fou.

Et le cauchemar a continué. Pas de petit gratuit à la station de tram. Pas de chaîne d’info en continu chez Starbucks. Pas d’affichettes racoleuses en vitrine des bars-tabac. Fébrile, j’ai allumé mon portable. Stupéfaction : pas une notification, pas une seule sur les 54 sites d’infos auxquels je suis abonné. Je devais me rendre à l’évidence : il n’y avait plus la moindre information autour de moi. En dehors de mon champs de vision personnel, impossible de savoir ce qu’il pouvait bien se passer. Le TVB a-t-il réussi à se qualifier pour la finale de la Coupe intercontinentale face aux Suédois du Jököping-Volley-Club ? Je dois passer au Palais des sports pour en avoir le cœur net. Et ces sirènes que j’ai entendues cette nuit, c’était quoi ? Il faut que j’aille voir au commissariat. Et la grande expo pour les 10 ans du CCC OD, c’est quoi le programme, alors ? Il faut que j’y fasse un tour aussi. Il va falloir que je prenne ma journée, moi, si ça continue.

Mais oui, mais le sommet de l’Europe des 33, je peux pas y aller, quand même… Et pour la guerre de sécession entre les Golden States américains et l’état fédéral, comment je fais pour savoir ?

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Quand je suis arrivé au bureau, j’ai tapoté comme un dément pour faire le tour de tous mes petits sites habituels. Je n’ai même pas été surpris de collectionner les Erreur 404 et les re-routages aléatoires vers des impasses foireuses. Pareil sur les réseaux. Que des demandes d’amis, des anniversaires à souhaiter et des offres super-spéciales pour des trucs dont je ne savais pas que j’avais besoin.

En rentrant chez moi, le soir, j’étais sonné. Étourdis par l’impression de ne plus être connecté au monde. Si la Terre tourne sans que je sache comment elle tourne et comment les autres vivent et sans que les autres, non plus, ne sachent plus rien de moi, à quoi bon continuer ? Être informé, c’est être relié aux autres, sans notion de distance ou de civilisation. L’eau qui coule à mon robinet, elle est précieuse même si elle est parfois polluée et les peuples qui en sont privés sont ceux qui souffrent le plus au monde… Vous savez quoi ? Nous vivons d’info aussi. Tout autant.

Texte : Matthieu Pays / Dessins : Pierre Frampas

→LES ASSISES DU JOURNALISME 2017

>> S’INFORMER DANS 10 ANS C’est le thème des 10es Assises du journalisme et de l’information qui se déroulent cette semaine, mercredi, jeudi et vendredi, au Centre des congrès Vinci. Le programme riche et passionnant est à retrouver sur www.journalisme.com Tous les événements (conférences, salon du livre, rencontres…) sont en accès libre et gratuit.

POUR ALLER PLUS LOIN

Les Français et l’info : à lire juste ici !

Reportage fiction : la Loire en crue !

Nous sommes le 28 février 2015 et le fleuve est sorti de son lit… Attention, une histoire fictive pas si loin du réel vu le niveau du fleuve actuellement.

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L’eau a tout envahi. Tours a été submergée en une nuit. L’image du fleuve débordant dans les rues a ce quelque chose d’irréel, d’impensable, que personne n’aurait pu prédire. Les hors-bords des pompiers sillonnent depuis deux jours les rues à la recherche d’habitants encore piégés chez eux. Les autorités ont de suite réagi. Les pompiers ont été mobilisés dès le début de la montée de eaux. On dénombre, pour l’instant, 300 disparus mais il est encore trop tôt pour se prononcer sur un bilan définitif. La pluie s’est arrêtée vers 23 heures hier soir. Plus d’un millier de maisons ont été emportées. Comme des embarcations mal proportionnées, des toits retournés dévalent le fleuve. Ils portent parfois sur leur dos des hommes et des femmes qui ont réussi à sauver leur vie en se hissant sur ces radeaux de fortune.
Désastre national
Le désastre a également pris une ampleur nationale. La Loire dans sa totalité a été touchée par cette crue. Au niveau de Tours, l’A10 et l’A85 ont très vite été fermées. Les trains et les TGV ne circulent plus. Le nord de la France est littéralement coupé du sud. C’est une partie de l’économie nationale qui s’est arrêtée. Localement, seules les entreprises situées en dehors de la vallée de Loire proprement dite peuvent continuer à tourner, au ralenti.
 
Historique d’une tragédie
Comment une telle tragédie a pu se produire ? La question est sur toutes les lèvres, dans toutes les conversations. Une crue cinq-centennale est très difficile à prévoir. Dans les premiers jours, ce sont d’abord les pluies torrentielles dans l’Allier qui ont fait grimper le niveau de l’eau. Plus de 350 personnes en Indre-et-Loire étaient mobilisées pour le plan de surveillance. Gien a été touché en premier. Ce fût ensuite au tour d’Orléans et de Blois d’être submergées trois jours plus tard. Puis, sur tout le val, les brèches dans les digues se sont multipliées en quelques heures. En 1856, lors de la dernière crue historique, on avait recensé 160 fractures de la levée de la Loire. Aujourd’hui, on en dénombre 250. Ces barrières, construites au XVIIe siècle, ont cédé devant la puissance des eaux. À certains endroits, comme à Saint-Pierre-des-Corps, même si elles ont tenu bon, le courant est passé par-dessus, noyant les habitations qui se situaient à l’arrière. C’est ce qu’on appelle un phénomène de surverse. Au XIXe siècle, le niveau de la Loire était monté jusqu’à 7 m 50 au-delà de sa cote d’alerte.
 
La place Plum’ coulée
Aujourd’hui, nous en sommes à plus de neuf mètres. Rue Nationale, l’eau est montée jusqu’au premier étage des habitations. La place Plumereau ressemble désormais a une grande mare où les parasols ont choisi de rester à la surface, comme les témoins d’une vie festive passée. Certains ont sorti leurs canoës ou leurs bateaux à moteur pour prêter main-forte aux secouristes. L’entraide s’organise. Les gymnases, les écoles et les mairies des communes hors d’atteinte accueillent des centaines de milliers de réfugiés. Même si la décrue a commencé, les semaines de nettoyage et de remise à neuf vont être éprouvantes. Les Tourangeaux garderont en mémoire cet épisode sombre de leur histoire.