Habitat participatif : acheter et construire ensemble

De nouvelles formes de logement se mettent peu à peu en place en France. À Tours, dans le quartier Monconseil, le projet d’un habitat participatif a vu le jour en 2012. Aujourd’hui, six familles vivent sur le même terrain.

« Nous étions plusieurs à avoir les mêmes envies : habiter en ville, avoir une maison à notre image, construite avec des matériaux respectueux de l’environnement tout en réduisant notre consommation d’énergie. » C’est ce qu’explique Lucie, une jeune maman architecte. Son projet est né en 2012 de discussions avec plusieurs familles. Pour raisons personnelles, certaines d’entre elles ne sont pas allées au bout du projet. Il a donc fallu trouver d’autres motivés.

« Nous avons fait des annonces, dans des magasins bio, sur des marchés, pour solliciter les personnes engagées comme nous. Nous voulions être six familles car financièrement c’est plus simple. Au bout d’un certain temps, nous avons réussi à constituer un nouveau groupe grâce à l’engagement de nouvelles familles. »

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Première étape : trouver un terrain. Après plusieurs idées et quelques débats, le groupe a trouvé son bonheur dans le quartier Monconseil. Il a dû défendre son projet devant un jury composé d’élus, de techniciens ou encore de Tours habitat, l’aménageur de cette zone. Depuis 2016, les familles sont installées dans leurs maisons. De superficie différente, elles sont toutes collées les unes aux autres.

Dans ce quartier encore en plein chantier, ces habitations se démarquent des autres par leur extérieur : du bois, des formes carrés, des toits plats… une esthétique chaleureuse et contemporaine. Tous les propriétaires ont fait appel aux mêmes entreprises (maçonnerie, électricité…) pour réduire les coûts. Mais en ce qui concerne l’intérieur de leurs maisons, tous ont eu une grande liberté. Ils ont utilisé les mêmes matériaux pour la construction des maisons, mais les finitions intérieures sont différentes. « Certains ont fait leurs peintures eux-mêmes, d’autres ont fait appel à des entreprises par exemple », énumère Lucie.

DES ESPACES COMMUNS

Elles ont toutes été construites sur le même terrain mais chaque maison a son indépendance. Au-delà de concevoir et construire ensemble, il y aussi eu une volonté d’un « vivre ensemble ». Ils ont d’ailleurs mis en commun plusieurs espaces du terrain. Une pièce commune, encore en travaux actuellement, scinde d’ailleurs les maisons en deux parties. « Chacun peut l’utiliser comme il l’entend aussi bien pour accueillir de la famille que pour se retrouver tous ensemble. On a dans l’idée de mettre en place des expositions, organiser des concerts… L’ouvrir au quartier pour ne pas rester coincé dans cette communauté ». Le parking au bout du quartier, le jardin derrière les maisons, le potager qui commence à prendre forme, l’atelier bricolage ou encore le garage à vélos sont des espaces ouverts aux six familles.

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Ils n’étaient pas amis au départ, ont tous des âges différents (d’une trentaine d’années à une soixantaine), et ne font pas les mêmes métiers. Pour Lucie, ce projet a pu aboutir car les propriétaires ont réussi à se compléter. « Tout le monde a apporté ses compétences. Nous sommes deux architectes, il y a un manager, des informaticiens, une ex-enseignante, une biologiste, une thermicienne… ».

Ils ont tous pu, lors de l’élaboration du projet, exposer leurs envies, mais ils ont aussi dû faire quelques compromis. De longues discussions et réflexions étaient nécessaires. Tous se sont investis pour obtenir ce résultat. « Nous avons conscience que ce projet nous a demandé du temps et beaucoup d’énergie », confie Lucie.

Mais cette initiative leur a permis de faire des économies. Surtout sur l’achat du terrain qui a été divisé en six parts. Au total, Lucie pense avoir fait entre 20 000 et 30 000 euros d’économie. Aujourd’hui, ces familles en parlent autour d’elles. Et sont d’ailleurs extrêmement sollicitées. Conférences pour des associations, présentations dans le cadre de la semaine du développement durable… Elles prévoient de se rendre aux portes ouvertes de l’habitat participatif aussi. « On souhaite partager notre expérience. C’est un projet conséquent mais aujourd’hui nous sommes fiers de nous, de ce que nous avons donné et de ce que nous avons fait. »

Philippine David

Famille, enfants et écrans : les conseils de Serge Tisseron

Smartphones, TV, tablettes… Les écrans sont partout dans le quotidien des familles. Comment les réguler ? Eclairage du psychiatre et psychanalyste Serge Tisseron.

3-6-9-12, C’EST QUOI ?

Serge Tisseron
Serge Tisseron

Quand et comment les enfants doivent-ils regarder les écrans ? Pour répondre à cette épineuse question qui trotte dans la tête de nombreux parents, Serge Tisseron, psychiatre et docteur en psychologie, a imaginé les repères « 3-6-9-12, pour apprivoiser les écrans et grandir». En résumé : pas de TV avant 3 ans, pas de console avant 6 ans, internet après 9 ans, et les réseaux sociaux après 12 ans. « Mon but était de proposer quelques repères simples pour que les parents sachent quand introduire les écrans dans la vie de leur enfant, détaille Serge Tisseron. C’est pour ça que cette règle sonne comme une comptine enfantine facile à mémoriser ! ».

>PAS D’ÉCRANS AVANT 3 ANS

L’enfant a besoin de construire ses repères spatio-temporels. Les écrans seraient en effet dangereux pour les bébés. « Beaucoup d’études montrent aujourd’hui que la télévision nuit au développement des bébés, et cela même quand il semble jouer sans la regarder alors qu’elle fonctionne dans la pièce où il se trouve (…). Le meilleur des jouets, c’est celui que l’enfant se fabrique, le meilleur des écrans, c’est le visage de l’adulte » résume Serge Tisseron. Le psychiatre préconise les jeux traditionnels et les histoires lues en famille plutôt que la télévision et les DVD. Il préconise aussi de laisser à l’enfant le temps de s’ennuyer pour imaginer ses jeux. Et si tablette, il y a, il est préférable de l’utiliser et d’y jouer à deux.

>DE 3 À 6 ANS, PAS DE CONSOLE DE JEU PERSONNEL

L’enfant a besoin de découvrir toutes ses possibilités sensorielles et manuelles, il a besoin de temps pour imaginer, jouer, bricoler avec son environnement et ses dix doigts. Les parents doivent donc fixer « des règles claires sur le temps d’écran, respecter les âges indiqués sur les programmes ». Serge Tisseron déconseille à cet âge les consoles de jeu personnelles. Tablette, télévision ou ordinateur doivent être regardés dans le salon par l’enfant et pas dans sa chambre. Préférer, toujours, les jeux sur écrans à plusieurs.

>DE 6 À 9 ANS : DES ÉCRANS DANS LE SALON

L’enfant a besoin de découvrir les règles du jeu social. Les règles sur les temps d’écrans fixés avec les parents doivent être respectées, mais il faut aussi parler avec l’enfant de ce qu’il voit et fait. Les écrans doivent encore rester dans le salon et il est nécessaire de sensibiliser l’enfant au droit à l’intimité, au droit à l’image et aux trois grands principes d’internet (tout ce que l’on y met peut tomber dans le domaine public, peut y rester éternellement et il ne faut pas croire tout ce que l’on y trouve).

>DE 9 À 12 ANS : UN TEMPS D’ÉCRAN À ÉTABLIR

« L’enfant a besoin d’explorer la complexité du monde ». Il est nécessaire de déterminer avec lui l’âge à partir duquel il aura droit à un téléphone mobile. L’enfant a le droit d’aller sur internet (les trois grands principes du web devant lui être rappelés) seul ou accompagné, et les parents doivent décider avec l’enfant du temps qu’il peut consacrer aux différents écrans. Enfin, il est nécessaire, toujours de parler avec lui de ce qu’il voit et fait.

>APRÈS 12 ANS : COUPER LE WIFI LA NUIT

« L’enfant commence à s’affranchir des repères familiaux ». Il surfe seul sur la toile, mais il est nécessaire de fixer avec lui des horaires à respecter, de parler des téléchargements, du plagiat, de la pornographie et du harcèlement. Derniers conseils : la nuit, couper le wifi et éteindre les mobiles, et refuser d’être l’ami de son enfant sur Facebook (il faut légalement 13 ans minimum pour aller sur ce réseau social).

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